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Chapitre 3

Penulis: Anatory
last update Tanggal publikasi: 2026-05-10 23:24:19

La cloche de fin de journée n’existait pas vraiment chez Empire News pas de sirène stridente comme dans les usines de son enfance à Manchester. À la place, c’était un exode progressif : les collègues qui rangeaient leurs affaires vers dix-sept heures trente, les lumières qui s’éteignaient une à une dans l’open space, le bourdonnement des ordinateurs qui s’apaisait. Lana attendit jusqu’à dix-huit heures quinze, comme toujours. Elle relut son article sur la disparition dans les Docklands une dernière fois, corrigea une virgule mal placée, et envoya le tout à Richard pour validation. Puis elle éteignit son écran, enfila son manteau, et quitta le bureau sans un regard en arrière.

Le trajet de retour était le miroir inversé du matin : même Northern Line bondée, même foule anonyme, mais avec une fatigue accumulée qui rendait tout plus pesant. Lana trouva une place assise par miracle une femme âgée descendit à Old Street, lui laissant le siège. Elle s’y effondra, la tête contre la vitre froide, et observa les tunnels défiler dans un flou sombre. Le métro londonien avait quelque chose d’hypnotique dans son ennui : les annonces robotiques (“Mind the gap”), les publicités délavées pour des spectacles ouest-endiens qu’elle ne verrait jamais, les odeurs de sueur et de fast-food. C’était un rituel quotidien, un purgatoire entre deux mondes le glamour distant d’Empire News et la réalité modeste de Croydon.

Croydon. Pas le quartier le plus glamour de Londres, avec ses tours grises, ses rues encombrées de bus et ses magasins discount. Mais c’était chez elle. Leur appartement était au deuxième étage d’un immeuble des années 70, avec un ascenseur qui grinçait et des voisins qui criaient parfois tard le soir. Lana poussa la porte d’entrée un peu après dix-neuf heures, les bras chargés d’un sac de courses qu’elle avait attrapé en chemin du lait, du pain, des légumes frais pour changer des conserves.

« Maman ? Je suis rentrée. »

Anne Foster était dans la cuisine minuscule, penchée sur la table encombrée de factures et de lettres. À cinquante-cinq ans, elle avait les cheveux grisonnants noués en un chignon pratique, des lunettes perchées sur le nez, et un sourire fatigué mais sincère qui illumina son visage quand elle vit Lana.

« Ma chérie ! Tu as l’air épuisée. Assieds-toi, je vais faire du thé. »

Lana posa les courses et embrassa sa mère sur la joue. Elles vivaient ensemble depuis que Lana avait décroché le poste à Empire News c’était plus pratique, plus économique, et surtout, ça permettait à Lana de veiller sur Anne. Les problèmes de dos de sa mère empiraient, et le travail à la supérette ne l’aidait pas. Lana s’attela aussitôt aux tâches : ranger les courses, trier les factures pendant que l’eau chauffait. C’était leur routine. Anne insista pour préparer le dîner un simple ragoût de légumes avec du riz, rien d’extravagant, mais fait avec amour.

Pendant qu’elles mangeaient, assises à la petite table coincée entre le frigo et le mur, la conversation glissa naturellement sur la journée de Lana. Elle évita les détails sur Clara pas besoin d’inquiéter sa mère avec ça. Au lieu, elle parla de son article sur la disparition, de la façon dont elle avait interviewé la sœur de la victime par téléphone, capturant la douleur dans ses mots sans exploiter la misère.

« Tu as toujours eu ce don pour les histoires, » dit Anne en servant une seconde portion à Lana. « Tu te souviens, quand tu étais petite ? Tu me racontais des contes inventés pour m’aider à oublier les mauvaises journées. »

Lana sourit, mais un pincement au cœur l’accompagna. L’enfance. C’était un sujet qu’elles effleuraient souvent, comme un vieux livre aux pages jaunies. Anne n’avait jamais pu avoir d’enfants naturellement des complications médicales, des rêves brisés. Elle avait travaillé dur comme infirmière auxiliaire, économisant chaque penny pour une vie stable. Puis, un jour, l’orphelinat de Manchester avait appelé. Une petite fille abandonnée, sans famille, sans passé. Anne avait vu en Lana une seconde chance, un miracle inattendu.

« Je ne pensais pas avoir d’enfants, » murmura Anne, les yeux lointains. « Ton père et moi, on se disputait souvent là-dessus. Mais quand je t’ai vue, avec tes grands yeux curieux… J’ai su que c’était toi. Je rêvais d’être journaliste, tu sais ? À l’époque, j’écrivais des articles pour le journal local, sur les événements du quartier. Mais la vie en a décidé autrement. Alors, je me suis dit : ma fille, elle, elle y arrivera. »

Lana posa sa fourchette, émue. Sa mère avait sacrifié tant de choses des nuits blanches à corriger ses devoirs, des économies pour des livres et des cours en ligne, même quand le père buvait l’argent du ménage. Anne avait été son ancre, sa protectrice, même pendant les pires tempêtes. Elles étaient proches, fusionnelles presque, un duo contre le monde. Lana n’imaginait pas une vie sans ces dîners simples, ces confidences tardives.

Après le repas, Lana insista pour faire la vaisselle pendant qu’Anne se reposait devant la télé un vieux feuilleton qu’elle suivait religieusement. Puis, vers vingt-et-une heures, Lana s’installa sur le canapé-lit de sa chambre , son ordinateur portable sur les genoux. Elle révisa des articles pas les siens, mais ceux des concurrents, analysant les styles, notant les angles innovants. C’était sa façon de progresser, de se coucher tard mais avec l’esprit affûté. Minuit approchait quand elle éteignit enfin, les yeux lourds.

Dans le noir, les pensées affluaient. La solitude la rongeait. Au bureau, pas d’amis. Clara avait veillé à ça : ses ragots subtils, ses exclusions des pauses café, avaient isolé Lana comme une paria. « Elle est bizarre, non ? Toujours seule, avec son passé d’orpheline… » Lana imaginait les murmures. Ça faisait mal, plus qu’elle ne l’admettait. Elle n’était pas antisociale au contraire. À l’université, elle avait eu un cercle d’amis fidèles. Mais ici, à Londres, le travail accaparait tout.

Son téléphone vibra sur la table de nuit. Un message de son meilleur ami, Jake, et de sa meilleure amie, Sophie. Ils formaient un trio inséparable depuis l'université : Jake, l’artiste excentrique qui peignait des murals dans les rues, Sophie, l’enseignante passionnée qui rêvait de voyages. Le groupe chat s’appelait “Les Évadés”.

Jake : Hé Lana ! Ce week-end, on se fait un truc ? Sophie propose un pique-nique à Hyde Park si le temps est clément. Ou un pub si ça pleut (comme d’hab). T’en es ?

Sophie : OUI ! Besoin de te voir, ma belle. Tu nous manques avec ton job de dingue. Raconte tout !

Lana sourit dans l’obscurité. Elle tapa une réponse rapide : Ça marche ! Pique-nique si possible. J’apporte les sandwiches. Bisous. C’était un baume sur sa journée. Au moins, en dehors du bureau, elle avait ça des amis vrais, qui ne jugeaient pas ses chaussures cheap ou son passé.

Elle s’endormit enfin, le cœur un peu plus léger.

Le lendemain matin, le réveil sonna à six heures trente. Lana se leva dans le froid de l’appartement, prépara un café rapide, et embrassa sa mère encore endormie. Elle arriva à Empire News à sept heures quarante-cinq, bien avant l’heure de pointe. L’idée était d’éviter Clara de s’installer tranquillement, d’avancer sur ses tâches avant que l’ouragan blonde n’arrive.

Mais Clara était déjà là.

Assise à son bureau, jambes croisées, un café fumant à la main, elle leva les yeux quand Lana entra. Un sourire carnassier illumina son visage.

« Lana ! Parfait, tu es tôt. J’ai une petite tâche pour toi. »

Lana s’arrêta net, le cœur serré. « Bonjour, Clara. Qu’est-ce que c’est ? »

Clara poussa un dossier épais vers elle. « Mes notes pour l’article sur les gangs de scooters. Elles sont un peu en désordre erreurs de frappe, phrases mal tournées. Corrige-les pour moi, veux-tu ? Deadline midi. Merci ! »

C’était ses erreurs à elle. Clara, avec son poste plus senior, déléguait souvent les basses besognes, mais là, c’était flagrant : Lana devrait passer des heures à polir le travail bâclé de quelqu’un d’autre, sans crédit. Elle prit le dossier, les doigts tremblants. « D’accord. Je m’en occupe. »

Clara hocha la tête, satisfaite, et se tourna vers son écran. Lana s’assit à son poste, le dossier ouvert. Les pages étaient un chaos : fautes d’orthographe, faits mal vérifiés, phrases ampoulées. La frustration monta comme une marée. Pourquoi moi ? pensa-t-elle. Parce qu’elle sait que je ne dirai rien. Les larmes piquèrent ses yeux. Elle se leva discrètement, fila aux toilettes.

Dans la cabine fermée, elle raval les larmes, les poings serrés. Frustration refoulée, impuissance totale. Clara était intouchable fille d’un magnat, connectée aux cadres, avec un nom qui ouvrait toutes les portes. Lana ? Une orpheline de Manchester, sans réseau. Elle respira profondément, se passa de l’eau sur le visage, et revint au bureau. La tâche ingrate l’attendait.

La matinée passa dans un brouillard de corrections. À dix heures, un e-mail arriva : Ethan Hale invitait l’équipe faits divers à une réunion privée pour un bilan le premier depuis l’arrivée de Lana. Richard confirma : salle de réunion à onze heures.

La pièce était intime, avec une table ronde pour une dizaine de personnes. Ethan présidait, détendu mais autoritaire. Il fit le tour des performances : bons chiffres, mais besoin d’innovation.

Quand vint le tour de Lana, elle parla de son idée de série sur les disparitions  celle que Clara avait volée la veille, mais qu’elle reformula avec plus de détails. « En se focalisant sur les familles, on pourrait explorer les angles psychologiques, peut-être collaborer avec des experts. »

Ethan l’écouta attentivement, ses yeux verts fixés sur elle. « C’est une excellente perspective, Lana. J’aime comment vous humanisez les sujets sans sensationnalisme. Développez ça je veux voir un pitch détaillé. »

La chimie était là : un regard prolongé, une écoute sincère. Pas romantique encore, mais électrique. Clara, assise en face, serra les lèvres, son sourire figé. Elle essaya d’intervenir : « J’ai une idée similaire… » Mais Ethan la coupa poliment. La jalousie brûlait dans ses yeux, mal cachée derrière un hochement de tête forcé.

La réunion s’acheva sur une note positive. Lana sortit, le cœur battant. Pour la première fois en cinq mois, elle se sentait vue.

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