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Chapitre 6

Penulis: Anatory
last update Tanggal publikasi: 2026-05-10 23:49:53

Lana tapa les derniers mots de son document reconstruit, les doigts endoloris par l’effort continu. L’écran de son ordinateur brillait d’une lumière froide, reflétant son visage tendu dans la vitre de l’open space. Il était midi passé, et l’air de la rédaction bourdonnait d’une activité frénétique : téléphones qui sonnaient, claviers qui claquaient, conversations étouffées sur les scoops du jour. Elle avait passé les trois dernières heures à recréer de mémoire le pitch effacé les interviews planifiées, les angles psychologiques, les citations potentielles d’experts. Chaque ligne était une victoire minuscule, une affirmation silencieuse : Je ne la laisserai pas gagner. Mais la nausée persistait, un nœud acide au creux de l’estomac, rappel constant de l’humiliation de la réunion.

Elle sauvegarda le fichier trois fois, sur le serveur partagé, sur son disque dur personnel, et même sur une clé USB glissée dans son sac. Paranoïa ? Peut-être. Mais après le sabotage discret de Clara, elle ne prenait plus de risques. Clara, de l’autre côté de la pièce, discutait avec animation avec les deux juniors qui l’avaient adulée plus tôt. Son rire cristallin portait jusqu’à Lana, comme une aiguille plantée dans l’air. William Campbell a essayé de me draguer, avait-elle dit. Un mensonge, probablement, pour briller un peu plus dans ce monde de connexions et de noms illustres. Les Campbell un empire financier, des manoirs à Kensington, des titres en une des journaux. Lana n’avait pas suivi les détails sur la sortie d’hôpital du père, mais Clara en avait fait un étendard de son statut. Mon père est si proche de la famille. Comme si cela la rendait intouchable.

Lana secoua la tête, se força à se concentrer. Elle envoya le document révisé à Richard par e-mail, avec un message neutre : Pitch reconstruit et prêt pour revue. Puis elle se leva pour une pause un thé à la machine, juste pour étirer ses jambes et respirer. La kitchenette était vide, Dieu merci. Elle versa l’eau chaude sur un sachet de thé noir bon marché, observa les volutes de vapeur monter comme des fantômes. Pourquoi tout est si dur ? pensa-t-elle fugacement, mais elle chassa l’idée. Pas maintenant. Pas ici.

De retour à son bureau, elle remarqua un groupe de collègues agglutinés près de la photocopieuse pas inhabituel, mais leurs regards glissaient vers elle, furtifs, chargés de quelque chose qu’elle ne pouvait identifier. Un murmure, un éclat de rire étouffé. Son cœur accéléra. Elle s’assit, feignant l’indifférence, et rouvrit son navigateur pour vérifier des sources sur un nouvel article. C’est alors que l’e-mail anonyme arriva une adresse générique, probablement créée pour l’occasion : bureau.gossip@anonymous.com.

Le sujet :Lana Foster.

Elle cliqua, le souffle court. Le message était court, venimeux :

Saviez-vous que Lana Foster, notre nouvelle recrue si “talentueuse”, vient d’un passé trouble ? Abandonnée à la naissance, élevée par un père alcoolique et violent qui battait sa femme. Pas étonnant qu’elle soit si instable. Attention, les fichiers corrompus pourraient n’être que le début. Qui sait ce qu’elle cache d’autre ?

Une pièce jointe : une photo floue, probablement volée d’un vieux profil social, montrant Lana adolescente à Manchester, avec un bleu discret sur le bras souvenir d’une “chute” qu’elle avait inventée pour l’école.

Lana sentit le monde basculer. La nausée revint, plus violente, lui serrant la gorge comme un étau. Comment ? Qui ? Mais elle savait. Clara. Toujours Clara. Le ragot était faux dans sa formulation insinuant une instabilité qu’elle n’avait pas mais vrai dans les faits douloureux de son enfance. Diffusé à tout le département, probablement. Les regards, les murmures… Tout s’expliquait.

Elle se leva d’un bond, les jambes tremblantes, et fila vers les toilettes. Mais avant d’atteindre la porte, elle croisa le groupe près de la photocopieuse. Une collègue, Sarah, une femme d’une trentaine d’années qu’elle avait croisée en réunion, murmura assez fort pour être entendue : « Pauvre fille. Ça explique pourquoi elle est si renfermée. »

Lana s’arrêta net, les larmes montant aux yeux. Elle pivota, confronta le groupe du regard. « Qu’est-ce que vous avez dit ? »

Sarah rougit, mais une autre, plus audacieuse, haussa les épaules. « On a reçu un e-mail. C’est… triste. »

Triste. Comme si c’était de la pitié, pas du poison. Lana sentit les larmes couler, chaudes et incontrôlables. Elle craqua là, au milieu de l’open space, les épaules secouées de sanglots silencieux. Les collègues se figèrent, mal à l’aise. Personne ne bougea. Personne n’intervint.

Sauf Clara.

Elle surgit de nulle part, avec une expression de compassion feinte, posant une main sur l’épaule de Lana. « Oh, Lana, qu’est-ce qui se passe ? Viens, assieds-toi. C’est cet e-mail affreux, c’est ça ? Je l’ai reçu aussi. C’est horrible, qui pourrait faire une chose pareille ? »

Sa voix était douce, presque maternelle. Elle guida Lana vers une chaise, lui tendant un verre d’eau d’un distributeur proche. Les collègues observèrent, certains hochant la tête en admiration Regardez Clara, si gentille et d'autres avec méfiances car ils savaient de quoi elle était capable . Clara continua, mentant avec une aisance terrifiante : « Je n’ai aucune idée de qui a pu envoyer ça. C’est cruel. Tu sais, on est tous avec toi ici. »

Lana, entre deux sanglots, leva les yeux sur elle. Le regard de Clara était parfait inquiet, innocent. Mais derrière, une lueur de triomphe fugace. Lana retira sa main, murmura un « Laisse-moi » étouffé.

C’est alors qu’Ethan Hale apparut. Il traversait l’open space pour une réunion, mais s’arrêta net en voyant la scène. Son visage se durcit, ses yeux verts balayant la pièce. « Que se passe-t-il ici ? »

Clara recula, les mains levées. « Oh, monsieur Hale, c’est terrible. Lana a reçu un e-mail méchant, sur son passé. On essaie de la réconforter. »

Ethan ignora Clara, s’approcha de Lana avec une douceur inattendue. « Lana ? Venez avec moi. »

Il la guida vers son bureau, une pièce vitrée au fond de l’étage, avec vue sur la City. Les stores étaient baissés pour l’intimité. Il la fit asseoir sur un fauteuil confortable, sortit une boîte de mouchoirs d’un tiroir et les lui tendit sans un mot. Lana prit un, essuya ses yeux, les joues brûlantes de honte. Ethan s’assit en face, pas derrière son bureau un geste égalitaire qui la toucha plus qu’elle ne l’aurait cru.

« Vous n’avez pas à parler si vous ne voulez pas, » dit-il calmement. »

Il n’insista pas, ne posa pas de questions intrusives. Il attendit, présence solide et silencieuse, pendant qu’elle reprenait son souffle. Lana ne dit rien les mots étaient coincés, trop lourds. Mais son geste, cette simple humanité, perça une brèche dans sa muraille. Pour la première fois depuis des mois, elle se sentit vue, pas jugée. Touchée par cette gentillesse inattendue, elle murmura un « Merci » rauque.

Ethan hocha la tête. « Prenez le temps qu’il vous faut. Et si vous voulez en parler plus tard, ma porte est ouverte. »

La journée se poursuivit dans un brouillard. Lana revint à son bureau, ignora les regards curieux, termina ses tâches mécaniquement. À dix-sept heures trente, elle partit sans un mot, le cœur lourd.

Le métro du retour fut un supplice chaque secousse ravivant la nausée. À la maison, Anne l’attendait avec un dîner prêt : poulet rôti et légumes, son plat préféré. « Ma chérie, tu as l’air épuisée. Raconte-moi ta journée. »

Lana força un sourire, resta forte. « Juste du boulot intense, maman. Je vais bien. » Elle mangea peu, prétexta une migraine, sauta le reste du dîner pour se réfugier dans sa chambre. Effondrée sur le lit, les larmes revinrent, silencieuses cette fois. Elle questionna sa vie dans le noir : Pourquoi tout est si dur ? Pourquoi les gens comme Clara gagnent toujours ? Pourquoi je dois toujours lutter ?

Demain, une autre journée l’attendait. Mais pour l’instant, dans l’obscurité, elle se promit de tenir. Encore une fois.

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