Share

Chapitre 4

Penulis: Anatory
last update Tanggal publikasi: 2026-05-10 23:25:41

Le métro brinquebalait dans les entrailles de Londres. Lana Foster s’accrochait à une barre poisseuse, le corps ballotté par les secousses, l’esprit encore prisonnier des murs de verre d’Empire News. La réunion avec Ethan Hale tournait en boucle dans sa tête son regard attentif, ses mots encourageants, cette étincelle fugitive qui avait percé la grisaille de sa journée. Mais même cela ne parvenait pas à dissiper l’ombre de Clara, qui planait comme un nuage toxique. La jalousie dans ses yeux, ce sourire forcé quand Ethan avait loué l’idée de Lana… C’était comme si chaque petite victoire était immédiatement piétinée.

Le train cracha Lana à la station de Croydon, et elle émergea dans l’air froid de la banlieue sud. Les rues étaient déjà sombres, éclairées par les halos orangés des lampadaires et les vitrines clignotantes des kebabs et des supérettes. Elle marcha d’un pas mécanique, son sac à bandoulière cognant contre sa hanche, les épaules voûtées sous le poids invisible de la journée. L’appartement était à dix minutes à pied un trajet qu’elle connaissait par cœur, pavé de pensées ruminées. Ce soir, elle se sentait plus vulnérable que jamais, comme si les murs qu’elle avait érigés autour d’elle commençaient à craqueler.

La clé tourna dans la serrure avec un clic rassurant. L’odeur familière de l’appartement l’enveloppa : un mélange de thé infusé, de linge propre et de cette humidité persistante des vieux bâtiments. « Maman ? » appela Lana en refermant la porte derrière elle. Pas de réponse immédiate. Anne devait être sortie peut-être chez la voisine d’en face, Mme Patel, pour un thé et des ragots de quartier. Lana posa son sac dans l’entrée étroite, enleva ses chaussures usées et se dirigea vers la cuisine. Le frigo ronronnait doucement, et sur la table, une note manuscrite : Suis chez Mme Penns . Je reviens vers 20h. Bises, Maman.

Lana soupira, un mélange de soulagement et de solitude. Elle avait besoin de ventiler, de laisser sortir un peu de cette pression accumulée, mais sans inquiéter Anne. Sa mère en avait déjà assez supporté au fil des ans ; pas la peine d’ajouter Clara à la liste des fardeaux. Elle décida de cuisiner un rituel simple, thérapeutique. Elle sortit des pommes de terre, des carottes et un oignon du placard, alluma la plaque et commença à éplucher. Le couteau glissait sur la peau des légumes avec un rythme régulier, presque méditatif. Bientôt, l’oignon fit perler des larmes à ses yeux ou du moins, c’est ce qu’elle se dit pour excuser les vraies qui menaçaient.

Pendant que les légumes mijotaient dans une casserole avec un bouillon cube bon marché, Lana attrapa son téléphone. Elle composa le numéro de sa mère, qui répondit à la deuxième sonnerie.

« Ma chérie ! Tout va bien ? Tu rentres tard ce soir. »

La voix d’Anne était chaude, inquiète comme toujours. Lana s’assit à la table, remuant la soupe d’une main distraite. « Oui, maman, juste une longue journée. Réunion avec l’équipe, des articles à boucler. Rien de grave. »

« Tu sembles fatiguée. Tu as manger , au moins ? »

Lana rit doucement, un rire forcé pour masquer la tension. « Je suis en train de faire de la soupe. Pommes de terre et carottes, comme tu aimes. Et toi, chez Mme Penns ? »

« Oh, les ragots habituels. Son fils se marie l’an prochain, tu imagines ? Alors le travail aujourd'hui ma chérie ? »

Lana hésita. Elle voulait tout déballer Clara, les sabotages, cette sensation d’être piégée dans un jeu dont elle ne connaissait pas les règles. Mais à la place, elle opta pour une version édulcorée. « C’était intense aujourd'hui tu sais. Il y a cette fille, Clara, une ancienne du lycée. Elle est… compétitive. Mais j’avance. Le directeur a aimé une de mes idées aujourd’hui. »

« C’est formidable ! Je suis si fière de toi, Lana. Tu mérites ça. Souviens-toi, tu as toujours été la plus intelligente. »

Les mots d’Anne touchèrent une corde sensible. Lana ferma les yeux, laissant la vapeur de la soupe monter jusqu’à son visage. L’image de son enfance resurgit, vive et douloureuse, comme un film qu’elle avait vu trop de fois.

C’était à Manchester, dans la petite maison mitoyenne où les murs étaient si fins qu’on entendait les voisins tousser. Lana avait huit ans la première fois qu’elle avait vraiment compris la violence. Son père, un ouvrier d’usine nommé Jack, rentrait ce soir-là plus tard que d’habitude. L’odeur de bière l’avait précédé un relent aigre qui imprégnait ses vêtements comme une seconde peau. Il avait claqué la porte, marmonnant sur son chef, sur les factures, sur le monde entier. Anne avait essayé de l’apaiser, servant le dîner avec un sourire tremblant. Mais quelque chose avait craqué. Une assiette volée, un cri, puis le premier coup.

Lana était cachée sous l’escalier, les genoux ramenés contre la poitrine, les mains sur les oreilles. Elle avait entendu le bruit sourd d’un poing contre la chair, les pleurs étouffés de sa mère. « Jack, arrête, s’il te plaît. Pour Lana. » Mais il n’avait pas arrêté. Pas cette nuit-là, ni les suivantes. Les coups étaient devenus une routine imprévisible, déclenchés par une bière de trop ou une journée ratée. Anne protégeait Lana autant qu’elle pouvait la envoyant dans sa chambre, la couvrant de son corps quand la rage se tournait vers l’enfant. « Cours, ma puce. Va lire un livre. Maman gère. »

Les livres. C’était l’échappatoire. Lana se réfugiait dans sa petite chambre, sous la couette, avec des volumes empruntés à la bibliothèque du quartier. Des histoires de mondes lointains, de héros qui triomphaient, de familles heureuses. Elle lisait tard, la lampe de chevet allumée, ignorant les bruits en bas. Les notes à l’école devinrent son arme. « Si je suis la meilleure, » se disait-elle, « peut-être que tout s’arrangera. Peut-être que papa sera fier. » Mais la fierté ne venait jamais. Seulement plus de cris, plus de bleus sur le visage d’Anne.

Un soir, après une dispute particulièrement violente Jack avait cassé une chaise contre le mur , Lana avait trouvé sa mère dans la salle de bains, nettoyant une coupure à la lèvre. « Pourquoi on reste, maman ? » avait-elle demandé, les larmes aux yeux. Anne l’avait serrée contre elle, son corps tremblant. « Parce qu’il n’est pas toujours comme ça. Et parce qu’on n’a nulle part où aller. Mais toi, Lana, tu vas t’en sortir. Étudie dur. Deviens journaliste, comme je l’ai toujours rêvé. Tu auras une vie meilleure. »

C’était ce moment qui avait scellé sa détermination. Lana s’était accrochée aux études comme à une bouée. Des nuits blanches à réviser, des bourses gagnées à la force du poignet, des rêves de Londres et de succès. Quand Jack était mort crise cardiaque dans un pub, seul avec sa pinte , Lana n’avait ressenti qu’un vide froid. Pas de tristesse, juste du soulagement. Elle et Anne avaient déménagé, recommencé. Mais les cicatrices restaient, invisibles mais profondes.

« Lana ? Tu es toujours là ? » La voix d’Anne la ramena au présent.

« Oui, pardon. Juste fatiguée. Je t’aime, maman. Rentre bien. »

« Je t’aime aussi, ma chérie. Repose-toi. »

Lana raccrocha, versa la soupe dans un bol et s’assit seule à la table. Le repas était simple, réconfortant, mais elle mangea mécaniquement, l’appétit coupé par les souvenirs. La vulnérabilité la submergeait cette sensation d’être toujours la petite fille sous l’escalier, attendant que la tempête passe. Clara n’était que la dernière en date, une écho de la violence paternelle, mais verbale cette fois. Lana rinça son bol, se prépara pour le lit. Demain serait un autre jour. Elle ne la laisserait pas gagner.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • L’héritière Cachée de l’empire Campbell   Je retourne au travail demain !

    Elles parlèrent encore longtemps, de tout et de rien des nouveaux voisins d’Anne, de la nouvelle boutique de thé ouverte au coin de la rue, des progrès de sa rééducation, de la façon dont elle avait réorganisé sa cuisine. Des petites choses ordinaires qui étaient le tissu même de la vie normale.Puis, alors que le thé refroidissait dans leurs tasses, Lana se leva.« Je peux regarder mes vieux carnets ? » demanda-t-elle.Anne sourit. « Bien sûr. C’est ta chambre. »Lana retourna dans la pièce qui était désormais la sienne, s’assit au petit bureau près de la fenêtre, et prit le premier carnet de la pile. Il était bleu, la couverture cartonnée usée aux coins, la spirale métallique rouillée par endroits. Elle l’ouvrit, et le temps sembla s’arrêter.L’écriture était enfantine, maladroite, les lettres rondes et appliquées d’une enfant qui apprenait tout juste à former des phrases.Le mystère du chien perdu de Mme Patel, titrait la première page, en majuscules soigneusement tracées. En dessou

  • L’héritière Cachée de l’empire Campbell   The Great Gatsby

    Ils étaient là, alignés sur les étagères, leurs dos fatigués témoignant d’innombrables lectures.The Great Gatsby, avec sa couverture usée et ses pages jaunies.To Kill a Mockingbird, l’exemplaire qu’elle avait acheté d’occasion à seize ans et dont elle avait recopié des citations dans son carnet. Des recueils de poésie Rilke, Neruda, Emily Dickinson achetés lors de ses années de fac. Des romans policiers, des classiques, des essais. Toute sa bibliothèque, celle qu’elle avait accumulée pendant des années, pièce par pièce, livre par livre, était là, rassemblée comme une armée de souvenirs.Sur la table de chevet, des photos d’enfance encadrées Lana à cinq ans, jouant dans un parc ; Lana à dix ans, lisant sur un canapé ; Lana à quinze ans, souriant timidement devant l’école. Sur le petit bureau près de la fenêtre, ses vieux carnets de notes étaient posés en pile, leurs couvertures fanées et leurs spirales tordues par les années. Et sur l’oreiller du lit, trônant comme un roi sur son trône

  • L’héritière Cachée de l’empire Campbell   J’ai préparé quelque chose pour toi

    Edward, fidèle à lui-même, ne posa aucune question. Il conduisait en silence, les mains à dix heures dix sur le volant, le regard fixé sur la route. Ce n’est qu’en s’engageant sur la voie rapide qu’il parla, sa voix grave et posée traversant l’habitacle.« Nous serons chez votre mère dans vingt-cinq minutes, mademoiselle. Moins s’il n’y a pas de bouchons. »« Merci, Edward. Vraiment. »Il hocha la tête dans le rétroviseur, un léger sourire aux lèvres. « C’est mon travail, mademoiselle. »Le trajet fut un pont entre deux mondes. Les avenues arborées de Kensington, avec leurs façades blanches et leurs jardins clos, leurs grilles en fer forgé et leurs plaques de cuivre indiquant les noms des résidences, cédèrent progressivement la place aux rues plus modestes de South Kensington. Ici, les immeubles modernes en brique rouge se mêlaient aux maisons victoriennes rénovées, certaines divisées en appartements, d’autres transformées en bureaux ou en commerces. Des cafés apparaissaient à chaque

  • L’héritière Cachée de l’empire Campbell    J’ai besoin de sortir d’ici

    Lana traversait le hall du manoir d’un pas mesuré, ses talons étouffés par l’épaisseur du tapis persan aux motifs évanescents qui courait sur le marbre comme une rivière de soie. Son manteau en cachemire taupe, un cadeau de son statut soudain qu’elle n’avait pas encore eu le courage de porter, était jeté sur ses épaules avec cette nonchalance étudiée qu’elle avait apprise en observant Isabelle lors du dîner. Un sac à main discret, en cuir souple couleur caramel, pendait au creux de son coude un modèle qu’elle avait choisi elle-même dans une petite boutique de Marylebone des mois plus tôt, bien avant que tout ne bascule.Le silence de la demeure l’enveloppait comme une cape invisible, épaisse et ouatée, seulement rompu par le tic-tac distant d’une horloge grand-père du XVIIIe siècle qui trônait dans le renfoncement de l’escalier d’honneur, et par le murmure étouffé des domestiques dans les couloirs adjacents froissements de tissu, tintements de vaisselle, chuchotements professionnels.

  • L’héritière Cachée de l’empire Campbell   Il t’a reconnu ?

    Lana observa. L’homme parlait vite, gesticulant légèrement, son front plissé par la concentration. « Banquier d’affaires, » dit-elle. « Il a une maîtresse à Mayfair et une femme qui ne comprend pas pourquoi il rentre si tard. Il pense à demander le divorce mais il a peur pour les enfants. »Noah écarquilla les yeux. « C’est sombre. Et précis. » Il réfléchit. « Moi je dirais : il vend des produits financiers qu’il ne comprend pas vraiment. Il déteste son boulot mais il est trop bien payé pour partir. Son vrai rêve, c’est d’ouvrir une librairie de quartier. Mais il n’en parlera jamais à personne. »Ils éclatèrent de rire, se bousculant gentiment comme des enfants.« Suivant, » dit Noah en pointant une jeune femme qui courait, écouteurs aux oreilles, queue-de-cheval dansant au rythme de ses foulées. « Elle. »Lana plissa les yeux. « Préparatrice mentale pour sportifs de haut niveau. Elle est célibataire, elle a trois chats, et elle écoute des podcasts de développement personnel en couran

  • L’héritière Cachée de l’empire Campbell   L’odeur même de la ville

    Noah sortit un costume de majordome avec la révérence d’un artiste dévoilant son chef-d’œuvre. Veste noire cintrée, pantalon droit tombant parfaitement, gilet rayé gris et blanc, chemise blanche empesée, cravate noire en soie. Il l’enfila par-dessus son pull sans même enlever ses baskets, ajusta la cravate de travers avec une désinvolture étudiée.« Et voilà, » annonça-t-il en prenant une pose théâtrale. « Je suis James. Majordome discret, presque invisible. Personne ne me verra. »Lana rit, choisit une tenue de gouvernante robe noire mi-longue, taille marquée. Elle l’enfila par-dessus son pull et son pantalon, se regarda dans un petit miroir écaillé accroché au mur.Le reflet était absurde. Elle avait l’air d’une actrice de série costumée, d’une figurante égarée sur le mauvais plateau. Mais sous l’absurdité, il y avait autre chose : un sentiment de liberté inattendu. Le costume la libérait de son propre rôle. Personne ne regarderait une femme de chambre. Personne ne verrait Lana Camp

  • L’héritière Cachée de l’empire Campbell   Chapitre 6

    Lana tapa les derniers mots de son document reconstruit, les doigts endoloris par l’effort continu. L’écran de son ordinateur brillait d’une lumière froide, reflétant son visage tendu dans la vitre de l’open space. Il était midi passé, et l’air de la rédaction bourdonnait d’une activité frénétique

  • L’héritière Cachée de l’empire Campbell   Chapitre 7

    Le soleil filtrait à travers les rideaux fins de la petite chambre de Lana, projetant des motifs tachetés sur le plafond craquelé. Il était six heures quarante-cinq, et le réveil sur son téléphone vibra doucement, émettant une mélodie neutre qu’elle avait choisie pour ne pas brusquer le silence mat

  • L’héritière Cachée de l’empire Campbell   Chapitre 5

    Le lendemain matin, le réveil arracha Lana à un sommeil agité, peuplé de rêves où des fichiers disparaissaient dans le vide et où des voix anonymes riaient dans l’ombre. Il était six heures quarante-cinq. Dehors, la bruine londonienne collait aux vitres comme une toile d’araignée grise. Elle se lev

  • L’héritière Cachée de l’empire Campbell   Chapitre 3

    La cloche de fin de journée n’existait pas vraiment chez Empire News pas de sirène stridente comme dans les usines de son enfance à Manchester. À la place, c’était un exode progressif : les collègues qui rangeaient leurs affaires vers dix-sept heures trente, les lumières qui s’éteignaient une à une

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status