LOGINChapitre 53 – Isolde
Je monte l'escalier sans me retourner, mes pas lourds sur les marches de marbre, mes mains qui glissent sur la rampe en fer forgé, mes doigts qui tremblent, mes jambes qui menacent de se dérober à chaque degré. Je sens son regard dans mon dos, je sens sa douleur qui monte vers moi comme une vague, comme un appel, comme une supplique que je ne peux pas entendre, que je ne veux pas entendre, que je ne dois pas entendre
Chapitre 57 – IsoldeLe téléphone vibre dans ma poche alors que nous traversons la forêt, loin de la villa en ruine, loin des flammes qui continuent de dévorer ce qui fut notre maison, notre refuge, notre prison peut-être, et je m'arrête sous un pin, le dos contre l'écorce rugueuse, l'ombre des branches qui danse sur mon visage comme une caresse incertaine. Kaelor est à quelques mètres, occupé à appeler son assistant, à donner des ordres, à organiser notre exfiltration, à faire en sorte que nous soyons en sécurité avant que Viktor ne puisse frapper à nouveau, et je profite de ce moment de solitude pour répondre, pour voir qui me contacte à cette heure, dans ce chaos, dans cette fuite qui n'en finit pas.— Allô ? dis-je, ma voix encore rauque de fumée, encore tremblante du dan
Chapitre 56KaelorL'incendie est encore fumant derrière nous quand j'emmène Isolde dans la résidence secrète, une petite maison de pierre perchée dans les collines, loin de tout, loin de tous, loin des flammes qui ont dévoré la villa, loin des caméras, des journalistes, des mensonges, des trahisons, de tout ce qui nous a séparés, détruits, perdus. La route est étroite, sinueuse, bordée de pins et de chênes-lièges dont les ombres dansent dans la lumière des phares, et je sens Isolde trembler contre moi, ses doigts serrés sur les miens, sa respiration saccadée, ses yeux fixés sur la route qui défile derrière la vitre, sur les ombres qui s'agitent comme des spectres dans la nuit, sur tout ce qui s'effondre derrière nous, tout ce que nous avons perdu, tout ce que nous avons abandonné, tout ce qu
Chapitre 55 – IsoldeLe pacte est à peine scellé, nos doigts encore entrelacés, nos regards encore mêlés dans la lumière dorée du matin, quand je sens l'odeur. Une odeur âcre, brûlée, qui s'infiltre par les interstices de la fenêtre, par les fissures du mur, par les conduits d'aération, une odeur qui n'a rien à voir avec le feu de cheminée ou le café du matin — une odeur de fumée, de bois qui se consume, de plastique qui fond, de tissu qui brûle, de vie qui se consume trop vite.— Qu'est-ce que… dis-je en tournant la tête vers la fenêtre, vers le jardin que je devine derrière les rideaux de dentelle, vers l'horizon qui semble s'assombrir d'un nuage gris que je n'avais pas vu quelques secondes plus tôt.— Isolde, dit Kaelor en se levant d'un bond, ses yeu
Chapitre 54IsoldeJe ne sais pas à quelle heure je me suis endormie, ni même si j'ai vraiment dormi les heures ont défilé dans un brouillard de larmes et de souvenirs, de questions sans réponses et de réponses qui n'étaient pas celles que j'espérais, et quand la lumière grise du matin filtre à travers les rideaux de dentelle, quand les premiers oiseaux se mettent à chanter dans les pins, quand le silence de la villa est troué par le bruit lointain de la mer, je suis déjà réveillée, les yeux secs, le corps engourdi, l'âme en lambeaux. Je me lève lentement, mes muscles endoloris par les heures passées dans la même position, ma nuque raide, mes épaules lourdes, et je traverse la chambre à pas lents, mes pieds nus sur le parquet froid, ma robe de chambre battant mes chevilles, mes doi
Chapitre 53 – IsoldeJe monte l'escalier sans me retourner, mes pas lourds sur les marches de marbre, mes mains qui glissent sur la rampe en fer forgé, mes doigts qui tremblent, mes jambes qui menacent de se dérober à chaque degré. Je sens son regard dans mon dos, je sens sa douleur qui monte vers moi comme une vague, comme un appel, comme une supplique que je ne peux pas entendre, que je ne veux pas entendre, que je ne dois pas entendre si je veux garder assez de force pour faire ce que j'ai à faire.La chambre est comme je l'ai laissée, les draps encore froissés de notre dernière nuit, ses affaires posées sur la commode, sa photo sur la table de chevet, cette photo de nous deux où je ris, où il me regarde, où tout semblait si simple, si pur, si innocent. Je la prends, je la regarde, et je la pose face cachée, comme on pose un mort dans sa tombe
Chapitre 52 IsoldeLe trajet du retour est un cauchemar éveillé, chaque kilomètre qui me rapproche de la villa me serre un peu plus la gorge, chaque virage pris un peu trop vite me donne l'impression que je vais m'écraser contre le garde-fou, que ma vie va s'arrêter là, maintenant, sur cette route qui ressemble tellement à celle où j'ai failli mourir un an plus tôt, à celle où notre enfant est mort dans mon ventre parce qu'un Draven a décidé que la vie des Vespera ne valait pas la peine d'être vécue. Mais je tiens le volant, je serre les doigts sur le cuir usé, je respire profondément pour ne pas m'effondrer avant d'être arrivée, avant de lui avoir dit ce que j'ai à lui dire, avant de voir ses yeux quand il entendra les mots de ma mère, quand il comprendra ce que sa famille a fait à la mienne.La villa est silencieuse quand je franchis la porte d'entrée, les domestiques sont déjà partis, Laurent a pris son congé pour la semaine, et je le trouve dans le salon, assis dans un fauteuil,
Chapitre 29IsoldeLa librairie ancienne se nichait au cœur d'une petite rue pavée d'Aix-en-Provence, à l'ombre d'un platane centenaire dont les branches noueuses s'étendaient au-dessus du toit comme des bras protecteurs. La rue était étroite, presque une venelle, bordée de maisons de pierre blonde
Chapitre 5IsoldeJe me dégage avec un mouvement sec, brutal, presque animal, et je fuis.Mes talons claquent sur le marbre du palais, ma robe émeraude tournoie autour de mes chevilles, et je traverse la salle de bal sans rien voir, sans rien entendre, le regard fixé sur les portes-fenêtres qui don
Chapitre 6IsoldeDès les premières lueurs de l'aube, j'ai composé le numéro de Cassian Vane, mon avocat. Il a décroché à la troisième sonnerie, la voix rauque mais déjà pleinement éveillé, comme s'il m'attendait.— La clause, ai-je dit sans préambule. Est-ce qu'elle tient ?Un silence. Puis :— Ou
Chapitre 4IsoldeLa salle de bal a retrouvé son bourdonnement mondain, ce ronronnement de conversations polies et de rires en cascade qui flotte sous les lustres comme une nappe de brume parfumée. Je me suis éloignée de la piste de danse, une coupe de champagne intacte à la main, le dos appuyé con







