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Chapitre 5

مؤلف: Léo
last update آخر تحديث: 2026-02-08 20:20:41

Le lendemain de sa nuit blanche, Aurora descend prendre son petit-déjeuner avec un visage lisse, presque serein. Elle a tiré ses cheveux en un chignon sévère, choisi une robe sobre de couleur crème l’image même de la jeune fille rangée. Enzo est déjà là, lisant le journal financier, un café noir devant lui. Il lève à peine les yeux quand elle entre.

— Bonjour, père.

Sa voix est douce, soumise. Enzo pose lentement son journal, l’observant avec cette intensité qui la perce toujours. Il cherche les signes de rébellion, les fissures dans son masque. Elle soutient son regard sans défi, les mains posées calmement sur ses genoux.

— Tu as l’air reposée, finit-il par dire, le ton neutre, expérimental.

— J’ai réfléchi, répond-elle en baissant légèrement les yeux, un geste calculé de déférence. Tu as raison. Je suis une Moretti. Mes désirs personnels… ne doivent pas passer avant la famille.

Un silence. Enzo ne sourit pas, mais une lueur de satisfaction traverse son regard d’acier.

— Je suis content que tu commences à voir les choses avec clarté. Le dîner de ce soir est crucial. Ta tenue est déjà dans ta chambre. Je veux que tu sois irréprochable.

— Je le serai, promet-elle en portant sa tasse de thé à ses lèvres, les doigts stables, sans un tremblement. Je comprends l’importance de cette alliance. Je… je veux faire honneur à notre nom.

Elle hausse légèrement les épaules, un mouvement feutré de résignation acceptée.

— Marcello est un homme de valeur. Peut-être que… je l’ai mal jugé. La peur de l’inconnu, sans doute.

Enzo hoche la tête, dupé par la performance. Il reprend son journal, le sujet clos.

— Tu feras la connaissance de ses parents ce soir. Souviens-toi : chaque mot, chaque geste compte.

— Oui, père.

Elle termine son thé en silence, le plan se cristallisant dans son esprit. La soumission est son arme. L’inattention qu’elle génère, son bouclier.

De retour dans sa chambre, Aurora referme la porte doucement et s’y adosse un instant, écoutant battre son cœur contre ses côtes. Le temps presse. Elle passe à l’étape pratique de son plan, méthodique et froide.

Elle ouvre d’abord son coffret à bijoux sur la coiffeuse, un écrin en velours noir rempli de pierreries héritées de sa mère. Elle ne prend pas les pièces les plus voyantes le collier de diamants, les boucles d’oreilles en émeraude trop reconnaissables et difficiles à revendre discrètement. Ses doigts agiles sélectionnent plutôt des bijoux de valeur mais plus discrets :

Une bague en or avec un saphir ovale, qu’elle a rarement portée.

Un bracelet en platine serti de petits diamants, facile à casser et à vendre pierre par pierre.

Une paire de boucles d’oreilles en perles fines avec fermoir en or.

Une montre de femme Cartier, classique, qu’elle glisse directement à son poignet.

Elle les enveloppe dans un mouchoir en soie et les cache au fond d’un flacon de parfum vide, dans sa salle de bain. L’argent liquide viendra de Sofia. Pour le reste, elle doit agir par elle-même.

Elle change de robe, enfile une tenue simple en laine grise qui lui permet de se fondre dans les murs, et sort de sa chambre. Dans le couloir, elle adopte une démarche lente, distraite, l’air d’une jeune femme rêveuse préparant son mariage. En réalité, ses yeux enregistrent tout.

Elle descend l’escalier principal, feintant de s’intéresser aux décorations florales.

— Magnifiques, les lys, n’est-ce pas ? lance-t-elle avec un sourire au fleuriste qui s’affaire.

L’homme, surpris d’être adressé par l’héritière, bredouille un remerciement. Pendant qu’il baisse les yeux, timide, elle observe l’entrée. Deux gardes sont postés de part et d’autre de la porte principale. Ils ne quittent pas leur position. Un troisième fait les cent pas dans le hall, sa radio crissant par intermittence. 

Elle se dirige vers la bibliothèque, prétextant chercher un livre. En passant devant le bureau de son père, fermé, elle note que Giovanni vient d’en sortir, une liasse de papiers à la main. La porte n’est pas verrouillée. Faille numéro un : l’accès au bureau est possible lorsqu’il est vide, mais risqué en journée.

Au passage, elle glisse sa main dans le manteau d’un invité accroché au portemanteau du vestibule. Ses doigts rencontrent un portefeuille en cuir. Elle en extrait deux billets de 100 euros avec une dextérité de pickpocket née de l’observation des meilleurs voleurs à la tire employés par son père. Elle replace le portefeuille, le cœur calme. La victime ne s’apercevra de rien avant ce soir, trop occupée par les festivités.

Elle pénètre dans la bibliothèque, immense pièce silencieuse. Ici, les murs sont épais, les fenêtres hautes. Elle se dirige vers l’angle le plus éloigné, derrière une étagère de livres de droit anciens. C’est là que se trouve le passage secret. Elle pousse légèrement sur un panneau de boiserie qui cède imperceptiblement, révélant un interstice sombre et poussiéreux. Faille numéro deux : ce passage est intact, mais son existence semble oubliée de tous, sauf d’elle et peut-être de son père. Elle le referme aussitôt.

En sortant de la bibliothèque, elle bifurque vers les cuisines, sous prétexte de vérifier le menu. La chaleur et le bruit y sont assourdissants. Des cuisiniers crient, des plats claquent. C’est le chaos parfait. Elle sourit poliment au chef, demande si les truffes sont bien arrivées de Toscane, tout en observant la porte de service qui donne sur l’arrière-cour.

Deux autres gardes y sont postés, mais ils sont distraits, discutant avec un livreur qui apporte des caisses de champagne. La porte reste ouverte par intermittence. Faille numéro trois : la surveillance est relâchée au point d’entrée le plus achalandé en période d’affluence.

Un jeune commis, chargé d’une pile d’assiettes, la bouscule légèrement.

— Pardon, Signorina !

— Ce n’est rien, répond-elle doucement, et pendant qu’il se rattrape, sa main plonge dans la poche de sa veste de service pendue à un portemanteau. Elle en retire un passe-partout métallique, froid et simple. Un outil volé cent fois, perdu cent fois dans le désordre des cuisines.

Elle le glisse dans sa manche et quitte les cuisines, remontant par l’escalier de service cette fois. Ici, les marches craquent, l’éclairage est faible. Elle croise une femme de chambre, tête baissée, qui murmure un « Signorina » respectueux. Aurora lui rend un léger sourire.

Elle retourne enfin dans sa chambre, verrouille la porte derrière elle. Elle respire profondément.

Sur son lit est étalée la robe du dîner : une création de soie ivoire, sévère et somptueuse, symbole de sa condamnation. Elle la caresse du bout des doigts, un sourire ironique aux lèvres.

Elle ouvre le tiroir secret de son secrétaire, y prend une petite liasse de billets qu’elle y cache toujours pour les pourboires et les achats discrets. Elle l’ajoute à la petite somme volée plus tôt.

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