Mag-log inSa mère les attend près de la voiture, elle a pris rendez-vous dans l’espace privé d’un grand magasin du boulevard Haussmann. Depuis leur installation en Suisse, elle porte les mêmes lignes sages, les mêmes couleurs neutres et les mêmes manteaux impeccablement coupés. Elle veut désormais essayer ce qu’elle n’aurait jamais choisi seule.— Quelque chose de différent, annonce-t-elle à la conseillère qui les accueille. Et si je demande du beige, vous faites semblant de ne pas m’entendre.La femme sourit et les conduit dans un salon du troisième étage.Plusieurs tenues ont déjà été préparées : un tailleur vert profond, une robe en soie imprimée, une veste courte couleur bordeaux et un pantalon large dont la coupe fait immédiatement hausser les sourcils à André.— Tu n’as encore rien dit, lui rappelle sa femme.— Je rassemble mes arguments.— Garde-les.Élodie s’installe près du miroir pendant que sa mère disparaît derrière le rideau. Le tailleur vert est le premier à sortir. La couleur lui
André pousse le dossier médical vers le centre de la table.— Vous avez utilisé ma maladie pour contraindre ma fille. Elle cherchait de l’argent pour me garder en vie, et vous avez décidé que cette peur pouvait servir vos affaires.Élodie sent son estomac se contracter.Elle ne veut pas revivre cette période. Pourtant, elle ne quitte pas la pièce. Son père lui a demandé de rester, et une partie d’elle veut entendre ce que Raphaël répondra lorsqu’il ne pourra accuser ni Camille, ni Dunois, ni les circonstances.Raphaël pose son manteau sur le dossier d’un fauteuil.— J’ai utilisé votre maladie pour la forcer à accepter ce dîner. Je savais qu’elle refusait. Je savais aussi qu’elle n’avait plus le temps de chercher l’argent ailleurs.Sa voix reste basse, chaque mot nettement prononcé.— J’ai pris cette décision parce que je voulais le contrat de Dunois. Personne ne m’y a obligé.Élodie relève les yeux.Raphaël a déjà reconnu sa responsabilité devant Dunois. L’entendre le répéter devant s
Le fonds Varenne est suspendu avant la fin de la journée.Les engagements sont annulés, les œuvres placées sous contrôle du comité et une nouvelle expertise doit être organisée. Madeleine a quitté l’hôtel avec l’avocat de Rochemont avant que quiconque puisse l’interroger.Élodie transmet au professeur Valcourt les photographies prises dans le couloir, puis retourne à Nova-Com. Elle a fait ce qu’elle pouvait pour empêcher les pièces de circuler. La suite prendra plusieurs semaines.Le lendemain matin, elle se rend dans une clinique privée près du parc Monceau.Ses parents sont arrivés de Suisse la veille au soir. Le cardiologue qui suit André a demandé une série d’examens auprès d’un confrère parisien. Rien d’alarmant, selon lui, mais Élodie préfère assister à chaque rendez-vous.Sa mère l’attend devant le service, deux cafés à la main.— Ton père est déjà à l’intérieur. Il a refusé que je l’accompagne.Élodie prend le gobelet qu’elle lui tend.— Il déteste qu’on le regarde pendant les
La pluie assombrit les pierres de l’hôtel de Varenne lorsque Élodie franchit l’entrée réservée au personnel.À l’étage, les salons destinés aux investisseurs sont encore fermés. Des employés alignent les catalogues sur les fauteuils dorés, règlent l’éclairage des vitrines et retirent les housses qui protègent les tableaux. La réception ne commence qu’à onze heures, mais les bouteilles reposent déjà dans les seaux d’argent et des bouquets blancs occupent chaque cheminée.Valentin attend Élodie devant une porte latérale.Son costume sombre se fond dans le décor. Seul le badge fixé à sa veste indique qu’il appartient au comité chargé d’examiner le fonds.— Le professeur est à l’intérieur.Il lui ouvre la porte.Le salon privé tranche avec le faste du reste de l’hôtel. Une table, trois ordinateurs et plusieurs dossiers imprimés ont remplacé le mobilier ancien. Le professeur Valcourt travaille près de la fenêtre, ses lunettes posées au bout du nez.Élodie retire son manteau.— Ils ont modi
Élodie termine les formalités de départ lorsque Raphaël entre dans le hall.Il porte un manteau noir sur une chemise sans cravate. La nuit a laissé une légère fatigue sur son visage, mais sa démarche garde la même assurance. Marc le suit avec deux téléphones et une pile de dossiers.Raphaël aperçoit la valise près d’Élodie.— Tu rentres à Paris ?— Oui.— Viens avec moi.Il fait signe à un employé de prendre son bagage.Élodie regarde à travers les portes vitrées. La voiture qu’elle a commandée n’est pas encore arrivée. L’hélicoptère de Raphaël l’attend déjà sur la plateforme.Elle tend son reçu au concierge.— D’accord.Raphaël ne laisse paraître aucune satisfaction. Il se contente de ralentir pour marcher à côté d’elle jusqu’à la voiture qui doit les conduire à l’appareil.Lucas se trouve encore près des anciennes écuries. Il parle au téléphone, entouré de deux membres de son équipe. Lorsqu’il voit Élodie monter avec Raphaël, il s’interrompt une fraction de seconde.La voiture démar
À dix heures, les employés démontent l’estrade installée devant le château.La veille, personne n’y prêtait attention. Elle semblait destinée à la remise des prix. Ce matin, les panneaux retournés contre le mur révèlent un autre décor : les emblèmes de Rochemont et de Mercier Automobiles, séparés par une date et les mots « partenariat compétition ».Une longue table attend encore sous la verrière. Trois stylos sont alignés devant des dossiers reliés de cuir. Les bouteilles de champagne repartent dans leurs caisses sans avoir été ouvertes.Élodie s’arrête en haut des marches.Rochemont se tient au milieu de la cour avec Hélène Kessler, la directrice de Mercier. Deux membres de son conseil l’accompagnent. Lucas attend un peu plus loin, les mains dans les poches de son manteau.— Vous n’allez pas suspendre trois années de négociations pour une seule course, dit Rochemont.Sa colère attire les regards malgré le ton contenu.Hélène Kessler ne se laisse pas impressionner.— Cette course dev
L'odeur. Ce n'était pas seulement celle du désinfectant industriel qui agresse les sinus, c'était ce relent de peur rance et de métal froid qui imprègne les murs des urgences. Élodie s'engouffra dans le hall de la Pitié-Salpêtrière, le souffle court, ses talons martelant le linoléum avec une régula
Le silence dans le bureau directorial du Groupe Dubois était devenu oppressant. Raphaël était debout devant l'immense baie vitrée, observant les artères de Paris qui commençaient à s'illuminer sous le crépuscule. Il ajusta ses boutons de manchette en onyx, un geste machinal qui trahissait une tensi
Élodie pressa le téléphone contre son oreille, ses doigts s'enfonçant dans le métal froid. — Léonard ? C'est Élodie... Elle se décolla du mur, le dos endolori par la violence de la scène précédente. En se retournant, elle fixa une dernière fois la porte close. C'était fini. Cinq ans d'efforts p
Élodie resta clouée au sol, les paumes à plat contre le carrelage dont le froid remontait jusqu'à sa poitrine. Camille s'avança, une couverture en cachemire négligemment posée sur ses épaules frêles. Elle affichait ce sourire de façade, ce masque de "douceur" qui masquait une lame de rasoir. Derri







