LOGINJ'ai perdu Ivy, celle qui a juré vengeance, celle qui a porté la haine comme un bouclier, celle qui a traversé l'enfer pour en arriver là, et qui est morte dans cette chambre d'hôtel, dans cette bibliothèque, dans ce jardin, dans les bras de deux hommes qu'elle a détruits, qu'elle a aimés, qu'elle a perdus.
Je me lève enfin, je prends une douche, je m'habille, je sors, la lumière du jour me brûle l
AlexanderJe les regarde, ces deux êtres que j'aime, que j'ai aimés, que j'aimerai toujours, même après tout ça, même après toutes ces trahisons, toutes ces ruines, toutes ces cendres, et je vois, je vois dans leurs yeux la même force, le même courage, la même détermination, et je sais, je sais qu'ils ont raison, qu'ils ont toujours eu raison, que c'est la seule façon, la seule chance, la seule issue.— Comment ? demandé-je, et ma voix n'est qu'un souffle, une prière, un désespoir. Comment ne pas les haïr, comment ne pas vouloir les détruire, comment ne pas vouloir les tuer, après tout ce qu'ils ont fait, après tout ce qu'ils ont tenté, après tout ce qu'ils auraient pu faire ?— En les arrêtant, répond Dimitri, et ses yeux brillent, ses mains se serrent, sa voix devient fer
Elle prend son téléphone, elle compose le numéro qu'elle connaît par cœur, qu'elle connaît depuis toujours, qu'elle connaîtra toujours, et elle parle, elle parle à voix basse, elle explique, elle demande, elle supplie, et je la regarde, je la regarde parler à l'homme qu'elle a aimé, qu'elle a perdu, qu'elle a retrouvé, qu'elle a choisi de quitter, et je me demande si elle regrette, si elle souffre, si elle pense encore à lui, si elle l'aime encore, si elle l'aimera toujours.— Il vient, dit-elle, et elle repose le téléphone, elle se tourne vers moi, ses yeux sont calmes, ses traits sont apaisés, ses mains ne tremblent plus. Il vient, Alexander, il vient pour nous aider, pour les arrêter, pour nous sauver.— Pourquoi ? demandé-je, et ma voix est à peine un souffle, une question que je n'ose pas poser, une réponse que je n'attends pas, une vérité que je ne veux pas savoir. Pourquoi il vient, pourquoi il nous aide, pourquoi il nous sauve, après tout ce que je lui ai fait, après tout ce q
AlexanderLes semaines ont passé, les mois peut-être, je ne sais plus, je ne compte plus, j'ai appris à vivre sans regarder derrière moi, sans craindre les ombres qui rôdent, sans trembler devant les fantômes du passé. J'ai reconstruit mon empire, pierre après pierre, contrat après contrat, confiance après confiance, et pour la première fois de ma vie, je suis fier de ce que j'ai construit, non pas parce que c'est grand, puissant, redoutable, mais parce que c'est juste, humain, vrai.Mais les ombres du passé n'oublient jamais. Elles attendent, patientes, silencieuses, impitoyables, le moment où l'on baisse la garde, où l'on croit être en sécurité, où l'on pense avoir échappé à ce que l'on a fait, à ce que l'on a été, à ce que l'on a détruit.Un matin, alors que je travaille dans mon bureau, mon téléphone sonne. Un numéro que je ne connais pas, une voix que je ne reconnais pas, mais les mots, les mots sont une lame qui me traverse, qui me déchire, qui me tue.— Alexander Vance, dit la
La nuit, il me prend dans ses bras, il me fait l'amour, doucement, tendrement, infiniment, comme une renaissance, comme un recommencement, comme un pardon qu'on se donne, qu'on s'offre, qu'on partage, et je pleure dans ses bras, je pleure de joie, de soulagement, de reconnaissance, parce que c'est la première fois que je suis vraiment moi, vraiment libre, vraiment heureuse, pour de bon, pour toujours.Et pendant ce temps, je m'apprends à m'aimer, moi-même, pour la première fois de ma vie.Je n'ai jamais su m'aimer, je n'ai jamais su me regarder dans le miroir sans voir la femme laide que j'étais, sans voir la femme parfaite que j'étais devenue, sans voir la femme brisée que j'étais restée.Mais maintenant, je m'apprends, je m'accepte, je me pardonne.Je m'apprends à aimer mon corps, ce corps qui a été rejeté, qui a été sculpté, qui
— Prends soin d'elle, dit-il, et sa voix est douce, très douce, comme une prière, comme un adieu, comme un amour qui ne demande rien, qui n'attend rien, qui ne veut rien d'autre que d'être aimé, lui aussi, lui aussi, lui aussi. Prends soin d'elle, Alexander, prends soin d'elle, aime-la, protège-la, rends-la heureuse, pour de bon, pour toujours, parce qu'elle le mérite, parce qu'elle a assez souffert, parce qu'elle a assez perdu, parce qu'elle a assez détruit, parce qu'elle a assez aimé.— Je te le promets, dis-je, et je serre sa main, je serre sa main comme on serre un serment, comme on serre une promesse, comme on serre un amour qui ne demande rien, qui n'attend rien, qui ne veut rien d'autre que d'être aimé, lui aussi, lui aussi, lui aussi. Je te le promets, Dimitri, je prendrai soin d'elle, je l'aimerai, je la protégerai, je la rendrai heureuse, pour de bon, pour toujours,
Il sourit, un sourire triste, un sourire brisé, un sourire qui dit adieu, qui dit pardon, qui dit amour, et il se lève, il se lève lentement, très lentement, comme s'il n'avait pas la force, comme s'il n'avait pas le courage, comme s'il n'avait pas la volonté de partir, de s'en aller, de disparaître.— Adieu, Ivy, dit-il, et les mots sont une mort, une fin, un adieu que je n'aurais jamais voulu prononcer, que je n'aurais jamais voulu entendre, que je n'aurais jamais voulu vivre. Adieu, Ivy, adieu, mon amour, adieu, ma vie, adieu, tout ce que nous aurions pu être, tout ce que nous n'avons jamais été, tout ce que nous ne serons jamais.Il s'en va, il disparaît dans la foule, il s'efface de ma vie, de mon cœur, de mon avenir, et je reste là, assise dans ce café, à pleurer, à me souvenir, à me perdre, et je me demande si un jour, enfin, je pourrai
IvyLes jours qui suivent notre conversation sont tissés d’un silence différent.Un silence de conspirateurs, lourd de détails pratiques et d’horreurs tacites. Roy évite mon regard plus qu’avant, ses gestes sont plus mécaniques, comme s’il appliquait un protocole pour se protéger de la réalité de ce
IvyIl fait couler un filet d’eau tiède sur ma jambe, pour tester. Puis il commence à remplir la baignoire, doucement. L’eau monte autour de moi, enveloppante, lourde. C’est une sensation étrange, presque oubliée. Elle pèse sur ma peau, sur mes membres inertes. Elle ne nettoie pas encore, elle enve
RoySept mois.Sept mois de cet étrange purgatoire. Ma vie s’est organisée, calcifiée, autour de ce corps silencieux dans mon bureau. Le canapé-lit est devenu mon lit. Le bureau, ma salle de surveillance. La routine est épuisante. Réveil à six heures. Check des constantes. Changement de la sonde na
RoyJe retiens une exclamation. Elle n’est pas vieille. Trente-cinq ans, peut-être ? Mais son visage est ravagé. Des cernes profonds comme des blessures, des pommettes coupantes, une bouche entrouverte sur des dents abîmées, une lèvre fendue. Et pourtant… pourtant, il y a une étrange netteté dans s







