MasukLe monde tournait autour de moi, une spirale vertigineuse de couleurs et de bruits, mais la seule chose que je sentais, c'était la pression brûlante de la main de Damon sur ma taille.
Il rompit le baiser, mais ne s'éloigna pas. Son front resta appuyé contre le mien, créant une bulle d'intimité trompeuse aux yeux de la foule qui applaudissait à tout rompre.
— Respire, Elena, chuchota-t-il, sa voix glissant sur ma peau comme de la soie rugueuse. Tu ne voudrais pas t'évanouir avant la nuit de noces. Ce serait… décevant.
Mon cœur rata un battement. Il avait prononcé mon nom. Pas Sophia. Elena.
Je tentai de reculer, la panique me submergeant comme une vague glacée, mais sa poigne se resserra. C'était un avertissement. Tu ne bouges pas tant que je ne te l'ordonne pas.
— Je… Je ne sais pas de quoi vous parlez, balbutiai-je, tentant désespérément de reprendre le masque de ma sœur. Je suis Sophia. Vous délirez.
Damon eut un petit rire sombre, un son qui vibra directement dans ma poitrine. Il se redressa, offrant à la foule son profil de dieu grec, le sourire du marié parfait placardé sur son visage impitoyable.
— Continue de mentir, dit-il assez fort pour être entendu des premiers rangs, mais avec un ton qui semblait affectueux. J'adore quand tu es tenace.
Il m'entraîna vers la sortie de l'église. J'avançais comme un automate. Mes jambes flageolaient. Chaque "Félicitations !" lancé par les invités sonnait comme une condamnation. Je cherchai mon père du regard dans la foule. Richard Vance souriait, triomphant. Il ne savait pas. Il ne savait pas que je venais de marcher droit dans la gueule du loup.
La réception se tenait au Plaza Hotel. Le luxe était obscène. Des fontaines de champagne, des murs de roses blanches, un orchestre symphonique. Mais pour moi, c'était une prison dorée.
Pendant deux heures, Damon joua le rôle à la perfection. Il me présenta à ses associés, posa sa main possessivement sur mes reins, m'embrassa la tempe pour les photographes. À chaque contact, je sursautais.
Il s'amusait. Je le voyais dans ses yeux. Il savourait ma terreur comme un vin millésimé.
— Et maintenant, la première danse des mariés ! annonça le DJ.
Damon me tendit la main. Je n'eus pas le choix. Je glissai mes doigts tremblants dans les siens et il m'attira contre son corps dur comme la pierre.
La musique commença, une valse lente. Nous tournions sous le lustre en cristal.
— Tu es raide comme un piquet, murmura-t-il à mon oreille tout en nous guidant avec une grâce experte. Détends-toi. Je ne vais pas te manger… pas ici, en tout cas.
Je levai les yeux vers lui, cherchant une once de pitié. Je n'y trouvai que de la froideur calculatrice.
— Que voulez-vous, Damon ? Si vous savez qui je suis, pourquoi m'avoir épousée ? Pourquoi ne pas m'avoir dénoncée à l'autel ?
Il fit tourner, sa main glissant dangereusement bas sur ma colonne vertébrale.
— Dénoncer la supercherie ? Et faire chuter le cours de mes actions à cause d'un scandale le jour de mon mariage ? Non, ma douce Elena. Je suis un homme pragmatique.
Il me rapprocha encore plus, si bien que nos corps se touchaient de la poitrine aux genoux. Je sentais la chaleur de ses cuisses à travers le tissu de ma robe.
— De plus, poursuivit-il, j'ai réalisé quelque chose d'intéressant à l'instant où tu es entrée dans l'église.
— Quoi ? soufflai-je.
— Ta sœur est une vipère ennuyeuse. Elle ne m'intéresse pas. Mais toi… la petite jumelle innocente qui se sacrifie pour sa famille ?
Il s'arrêta au milieu de la piste, la musique s'estompant pour moi. Il releva mon menton pour me forcer à le regarder.
— Toi, tu es un jouet beaucoup plus divertissant. Tu as quelque chose à perdre.
— Je ne vous laisserai pas faire de mal à ma mère, sifflai-je, trouvant un semblant de courage dans ma colère.
L'amusement quitta ses yeux pour laisser place à une noirceur totale.
— Tu n'es pas en position de négocier, épouse. Tu as signé un contrat. Tu as usurpé une identité. Je pourrais t'envoyer en prison ce soir et laisser ta mère mourir sans soins.
Une larme, une seule, échappa à mon contrôle et roula sur ma joue.
Damon suivit la trajectoire de la larme du regard. Il approcha son visage et, d'un geste d'une intimité choquante, il lécha la larme sur ma peau.
Je restai figée, choquée par la sensation de sa langue chaude et râpeuse.
— Salée, murmura-t-il contre ma peau. Délicieux.
La musique s'arrêta. Les invités applaudirent. Damon se recula, remettant son masque d'indifférence.
— Allons-y. La voiture nous attend.
— Où allons-nous ? demandai-je, la gorge nouée.
Il ajusta sa veste, me jetant un regard qui promettait une nuit blanche.
— Chez moi. Et crois-moi, Elena, la soirée ne fait que commencer. J'espère que tu as bien lu les petites lignes du contrat. Parce que ce soir, je compte bien réclamer ce qui m'appartient.
Je me réveillai seule dans l'immense lit à baldaquin de Sophia.La chambre était baignée par la lumière du matin. C'était la première fois que je passais la nuit dans cette maison, et l'opulence me semblait étouffante. Tout sentait ma sœur : un parfum coûteux, de la laque, et cette froideur distante que j'avais toujours ressentie chez elle.Mon corps était lourd et endolori. La nuit avait été une tempête d'émotions contradictoires. Damon m'avait pris comme une brute, mais m'avait embrassé comme un amant. J'avais haï chaque instant de son contrôle, et j'avais détesté encore plus l'incendie dans mon propre corps qui répondait au sien.Je me levai, enroulant le drap de soie autour de moi. La chemise de Damon traînait sur le sol à côté de son smoking. Il était parti.Je sentis un frisson froid me parcourir. Je n'étais pas sa femme. J'étais la femme qu'il avait violée avec son consentement tacite.Une note était posée sur la table de chevet, scotchée à la clé USB en métal. C'était l'écritu
La limousine nous déposa devant l'immeuble. Cette fois, Damon ne me prit pas la main pour la galerie. Il m'attrapa par le poignet et m'entraîna dans l'ascenseur privé, son silence plus menaçant que n'importe quel cri.— La montre, dit-il en désignant mon bras.Je m'aperçus que je portais toujours la sienne – la Rolex en or qu'il m'avait prêtée pour la réception. Je la lui rendis immédiatement.— L'ordinateur de Sophia. Où exactement ?— Dans le bureau de mon père. Derrière le portrait du Général Wallace.Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le penthouse. La lumière était faible, et le luxe froid de la pièce semblait encore plus écrasant après la chaleur des lumières du bal.Damon ne perdit pas une seconde. Il m'attrapa par la main et nous mena dans son bureau personnel, une pièce sombre pleine d'écrans et d'une seule table de travail en acier brossé.Il sortit son téléphone et composa un numéro.— C'est Kross. Je veux que tu aies accès à un ordinateur sécurisé. Code vocal. Le son
Le Grand Salon de l’hôtel Waldorf Astoria scintillait sous des milliers de bougies et de cristaux. C'était la soirée annuelle de la Fondation Sterling, le sommet social des milliardaires.Damon tenait fermement mon bras, me guidant à travers la foule de smokings et de robes de bal. Le collier de saphirs pesait lourdement à mon cou, brillant de feux bleus et blancs qui attiraient tous les regards. Il me donnait l'air de la proie la plus précieuse et la plus dangereuse de la salle.— Tu es parfaite, me murmura Damon à l'oreille, un compliment froid, dénué d'émotion. Tu as l'air assez stupide et riche pour ne pas être soupçonnée de manipulation.— Merci pour le compliment, répliquai-je entre mes dents, tout en arborant un sourire extatique pour les photographes qui crépitaient derrière les cordons de velours.— Concentre-toi. Maître Dubois est là-bas, près du bar. Grand, mince, regard de fouine. Rappelle-toi : Titan Corp. Fais-le passer pour une confidence, pas pour une information.Il m
La portière se referma sur nous avec un bruit sourd et définitif. L'espace feutré de la limousine, qui était censé être un havre de paix, se transforma en une cage sous pression.Damon frappa le panneau de verre séparant le chauffeur d'un coup de poing sec. Le panneau remonta en silence. Nous étions seuls.Sa rage était une force physique qui remplissait l'habitacle.— Qui a envoyé ça ? me demanda-t-il, sa voix tremblante d’une fureur froide. Parle, Elena.Je serrai les mains, les phalanges blanches.— Je vous jure, Damon, je n’ai aucune idée. Je n’ai parlé à personne. Je ne sais pas qui est cette personne… Je ne savais même pas que Sophia avait un téléphone secret !Il jeta le téléphone sur le siège en face de moi, la photo de Sophia et de l'homme à l'aéroport crue et accusatrice. L'homme aux cheveux longs… C’était bien le professeur de tennis dont mon père m'avait parlé. L’amant de Sophia.Damon ne s’intéressa pas à l’amant. Il s’intéressa au message.— Ce n'est pas une menace publi
La limousine glissait silencieusement dans les rues de Manhattan, mais à l'intérieur, l'air crépitait encore de l'électricité de notre baiser.Je passai machinalement le bout de ma langue sur ma lèvre inférieure. Elle était sensible, presque douloureuse. Damon avait marqué son territoire avec une violence calculée.Assis en face de moi, il avait déjà ouvert son ordinateur portable, érigeant une forteresse numérique entre nous.— Nettoie ton visage, ordonna-t-il sans lever les yeux de l'écran. Tu as du rouge à lèvres sur le menton. Tu ressembles à une traînée après une passe difficile.La crudité de ses mots me fit l'effet d'une gifle. Je sortis un mouchoir de ma pochette et frottai ma peau avec rage, voulant effacer non seulement le maquillage, mais aussi la sensation de sa bouche sur la mienne.— Vous êtes ignoble, murmurai-je.Il s'arrêta de taper. Il leva lentement les yeux, ce bleu polaire me fixant avec une intensité qui me cloua sur place.— Je suis efficace, Elena. Nuance.Il r
Je fus réveillée par une odeur de café fraîchement moulu et le bruit sec d'une page qu'on tourne.Pendant une seconde bénie, je crus être chez moi, dans mon petit appartement du Queens, prête à aller en cours. Puis, la douleur dans ma nuque me rappela le canapé en cuir trop ferme. Le luxe froid de la pièce me revint en pleine figure. La robe de mariée froissée sur le tapis. Le dossier sur la table.Damon.Je me redressai brusquement, ramenant la veste de smoking autour de moi comme un bouclier dérisoire.Il était là.Assis dans un fauteuil face à la baie vitrée, baigné par la lumière grise du matin new-yorkais. Il était déjà douché, rasé de près, et portait un costume gris anthracite qui devait coûter plus cher que mes frais de scolarité de quatre ans. Il lisait le Wall Street Journal sur une tablette, une tasse de café fumante à portée de main.Il ne me regarda pas.— Tu baves quand tu dors, dit-il d'une voix neutre, sans quitter l'écran des yeux. Sophia ne ferait jamais ça. Elle dor







