LOGINLa portière se referma sur nous avec un bruit sourd et définitif. L'espace feutré de la limousine, qui était censé être un havre de paix, se transforma en une cage sous pression.
Damon frappa le panneau de verre séparant le chauffeur d'un coup de poing sec. Le panneau remonta en silence. Nous étions seuls.
Sa rage était une force physique qui remplissait l'habitacle.
— Qui a envoyé ça ? me demanda-t-il, sa voix tremblante d’une fureur froide. Parle, Elena.
Je serrai les mains, les phalanges blanches.
— Je vous jure, Damon, je n’ai aucune idée. Je n’ai parlé à personne. Je ne sais pas qui est cette personne… Je ne savais même pas que Sophia avait un téléphone secret !
Il jeta le téléphone sur le siège en face de moi, la photo de Sophia et de l'homme à l'aéroport crue et accusatrice. L'homme aux cheveux longs… C’était bien le professeur de tennis dont mon père m'avait parlé. L’amant de Sophia.
Damon ne s’intéressa pas à l’amant. Il s’intéressa au message.
— Ce n'est pas une menace publique, remarqua-t-il, sa voix redevenant calculatrice. Si c’était un journaliste, la photo serait sur T*****r. C'est un avertissement. Un chantage discret. Quelqu'un sait que je t'ai épousée, et il sait aussi que l'héritière légitime s'est enfuie avec des informations confidentielles.
— Des informations ?
— Les brevets que j'ai acquis en "achetant" ta famille. Richard Vance a toujours gardé une copie des données sur un serveur non sécurisé. Sophia le savait. Elle a dû les prendre en partant.
Il passa la main sur son visage, un geste de frustration épuisée qui me montrait, pour la première fois, une faille dans son armure.
— Si ce secret fuite, l'accord de fusion s'effondre. Mon action chute. Et mes concurrents peuvent me poursuivre pour fraude et manipulation de cours. Je perds tout ce que j'ai reconstruit pour venger mon père.
Il leva les yeux vers moi. Il n’y avait plus de haine personnelle. Il y avait le besoin de survie.
— Le jeu a changé, Elena. Tu n'es plus mon jouet. Tu es mon atout le plus dangereux.
Il prit mon visage entre ses mains, son pouce caressant l'os de ma mâchoire. C'était un contact à la fois violent et étrangement protecteur.
— À partir de maintenant, tu es ma partenaire. Tu es Sophia, plus que jamais. Tu es celle qui va m'aider à identifier l'ennemi.
— Mais comment ? Je suis enfermée dans votre appartement !
— Non. Nous allons à la soirée de la Fondation Sterling. C'est là que tous les requins se retrouvent. Y compris les concurrents de Kross Tech. Et l'homme qui nous a envoyé cette photo est l'un d'eux. Il veut me voir paniquer, me voir annuler la fusion.
Il me rapprocha, son souffle chaud sur ma peau. Je sentais la tension de ses muscles, la détermination brute.
— Tu vas faire deux choses ce soir. Premièrement, tu vas agir comme la femme la plus amoureuse de New York. Tu ne me quitteras pas des yeux. Tu me toucheras. Tu me feras un baiser public qui fera rougir la presse.
Il me regarda dans les yeux.
— Deuxièmement, tu vas approcher Maître Dubois, l'avocat de l'entreprise. C'est un homme qui aime les ragots. Tu vas lui chuchoter que tu as vu des documents dans la résidence de ton père. Des documents sur la vente de ses brevets à un conglomérat du nom de Titan Corp.
J'étais complètement perdue.
— Titan Corp ? C'est qui ?
— Mon rival le plus féroce, l'homme qui veut ma peau. C’est la seule entreprise qui a les ressources et le motif pour manigancer ça. Je dois savoir s’ils sont le « Numéro Masqué ». Tes paroles vont créer un choc dans la salle, et le véritable coupable va réagir.
— Vous voulez que j'envoie un signal à vos ennemis ? Et si ça se retourne contre vous ?
— C'est le prix à payer pour survivre, Elena. Tu es la parfaite messagère : personne ne soupçonne l’épouse naïve.
Il se recula et me donna une petite tape sèche sur la joue.
— On te demandera si tu as vu ta sœur. Tu diras que non, que vous avez eu une violente dispute au sujet de la gestion de votre héritage et qu’elle a fui. Tu es la victime. Jamais la complice.
Il ouvrit une mallette d'où il sortit un écrin de velours. Il l'ouvrit. À l'intérieur reposait un collier de saphirs et de diamants. Des bijoux d’une valeur indécente.
— Mets ça. Il faut que tu aies l'air d'un milliard de dollars. Tu dois être si éblouissante que personne ne remette en question la bague à ton doigt.
Je pris le collier, mes doigts se refusant à le toucher.
— Damon, si je fais ça... je suis votre complice. Je ne pourrai plus jamais annuler ce mariage.
Il me regarda, un sourire lent et cruel se dessinant sur ses lèvres.
— Tu crois que tu avais encore une porte de sortie, Elena ? Depuis le moment où tu as enfilé cette robe de mariée, tu es une Kross. Et si tu penses me trahir, souviens-toi de ceci :
Il se pencha une dernière fois.
— Je t'ai dit que si tu me trahissais, je laisserais ta mère mourir sans soins. Je ne ferai pas ça. Je lui paierai les meilleurs traitements. Mais je ferai en sorte que ton père soit ruiné et en prison pour la fraude qu'il a commise. Et je m'assurerai que ta mère le sache tous les jours jusqu'à sa mort. Tu ne veux pas être la raison de la perte de ta mère et de ton père.
Il se redressa. Le chantage était parfait, diabolique. Il me liait à la fois par l'amour et par la peur.
— Alors, ma chère épouse. Prête à faire votre entrée ?
Les portes de la limousine s'ouvrirent. Des voituriers en livrée nous attendaient. Je mis le collier lourd et froid autour de mon cou. Il me paraissait être une chaîne.
Je pris le bras de Damon. Mon sourire était parfait. Mon cœur était un tambour battant à tout rompre. J'étais sur le point d'entrer dans la fosse aux lions.
Je me réveillai seule dans l'immense lit à baldaquin de Sophia.La chambre était baignée par la lumière du matin. C'était la première fois que je passais la nuit dans cette maison, et l'opulence me semblait étouffante. Tout sentait ma sœur : un parfum coûteux, de la laque, et cette froideur distante que j'avais toujours ressentie chez elle.Mon corps était lourd et endolori. La nuit avait été une tempête d'émotions contradictoires. Damon m'avait pris comme une brute, mais m'avait embrassé comme un amant. J'avais haï chaque instant de son contrôle, et j'avais détesté encore plus l'incendie dans mon propre corps qui répondait au sien.Je me levai, enroulant le drap de soie autour de moi. La chemise de Damon traînait sur le sol à côté de son smoking. Il était parti.Je sentis un frisson froid me parcourir. Je n'étais pas sa femme. J'étais la femme qu'il avait violée avec son consentement tacite.Une note était posée sur la table de chevet, scotchée à la clé USB en métal. C'était l'écritu
La limousine nous déposa devant l'immeuble. Cette fois, Damon ne me prit pas la main pour la galerie. Il m'attrapa par le poignet et m'entraîna dans l'ascenseur privé, son silence plus menaçant que n'importe quel cri.— La montre, dit-il en désignant mon bras.Je m'aperçus que je portais toujours la sienne – la Rolex en or qu'il m'avait prêtée pour la réception. Je la lui rendis immédiatement.— L'ordinateur de Sophia. Où exactement ?— Dans le bureau de mon père. Derrière le portrait du Général Wallace.Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le penthouse. La lumière était faible, et le luxe froid de la pièce semblait encore plus écrasant après la chaleur des lumières du bal.Damon ne perdit pas une seconde. Il m'attrapa par la main et nous mena dans son bureau personnel, une pièce sombre pleine d'écrans et d'une seule table de travail en acier brossé.Il sortit son téléphone et composa un numéro.— C'est Kross. Je veux que tu aies accès à un ordinateur sécurisé. Code vocal. Le son
Le Grand Salon de l’hôtel Waldorf Astoria scintillait sous des milliers de bougies et de cristaux. C'était la soirée annuelle de la Fondation Sterling, le sommet social des milliardaires.Damon tenait fermement mon bras, me guidant à travers la foule de smokings et de robes de bal. Le collier de saphirs pesait lourdement à mon cou, brillant de feux bleus et blancs qui attiraient tous les regards. Il me donnait l'air de la proie la plus précieuse et la plus dangereuse de la salle.— Tu es parfaite, me murmura Damon à l'oreille, un compliment froid, dénué d'émotion. Tu as l'air assez stupide et riche pour ne pas être soupçonnée de manipulation.— Merci pour le compliment, répliquai-je entre mes dents, tout en arborant un sourire extatique pour les photographes qui crépitaient derrière les cordons de velours.— Concentre-toi. Maître Dubois est là-bas, près du bar. Grand, mince, regard de fouine. Rappelle-toi : Titan Corp. Fais-le passer pour une confidence, pas pour une information.Il m
La portière se referma sur nous avec un bruit sourd et définitif. L'espace feutré de la limousine, qui était censé être un havre de paix, se transforma en une cage sous pression.Damon frappa le panneau de verre séparant le chauffeur d'un coup de poing sec. Le panneau remonta en silence. Nous étions seuls.Sa rage était une force physique qui remplissait l'habitacle.— Qui a envoyé ça ? me demanda-t-il, sa voix tremblante d’une fureur froide. Parle, Elena.Je serrai les mains, les phalanges blanches.— Je vous jure, Damon, je n’ai aucune idée. Je n’ai parlé à personne. Je ne sais pas qui est cette personne… Je ne savais même pas que Sophia avait un téléphone secret !Il jeta le téléphone sur le siège en face de moi, la photo de Sophia et de l'homme à l'aéroport crue et accusatrice. L'homme aux cheveux longs… C’était bien le professeur de tennis dont mon père m'avait parlé. L’amant de Sophia.Damon ne s’intéressa pas à l’amant. Il s’intéressa au message.— Ce n'est pas une menace publi
La limousine glissait silencieusement dans les rues de Manhattan, mais à l'intérieur, l'air crépitait encore de l'électricité de notre baiser.Je passai machinalement le bout de ma langue sur ma lèvre inférieure. Elle était sensible, presque douloureuse. Damon avait marqué son territoire avec une violence calculée.Assis en face de moi, il avait déjà ouvert son ordinateur portable, érigeant une forteresse numérique entre nous.— Nettoie ton visage, ordonna-t-il sans lever les yeux de l'écran. Tu as du rouge à lèvres sur le menton. Tu ressembles à une traînée après une passe difficile.La crudité de ses mots me fit l'effet d'une gifle. Je sortis un mouchoir de ma pochette et frottai ma peau avec rage, voulant effacer non seulement le maquillage, mais aussi la sensation de sa bouche sur la mienne.— Vous êtes ignoble, murmurai-je.Il s'arrêta de taper. Il leva lentement les yeux, ce bleu polaire me fixant avec une intensité qui me cloua sur place.— Je suis efficace, Elena. Nuance.Il r
Je fus réveillée par une odeur de café fraîchement moulu et le bruit sec d'une page qu'on tourne.Pendant une seconde bénie, je crus être chez moi, dans mon petit appartement du Queens, prête à aller en cours. Puis, la douleur dans ma nuque me rappela le canapé en cuir trop ferme. Le luxe froid de la pièce me revint en pleine figure. La robe de mariée froissée sur le tapis. Le dossier sur la table.Damon.Je me redressai brusquement, ramenant la veste de smoking autour de moi comme un bouclier dérisoire.Il était là.Assis dans un fauteuil face à la baie vitrée, baigné par la lumière grise du matin new-yorkais. Il était déjà douché, rasé de près, et portait un costume gris anthracite qui devait coûter plus cher que mes frais de scolarité de quatre ans. Il lisait le Wall Street Journal sur une tablette, une tasse de café fumante à portée de main.Il ne me regarda pas.— Tu baves quand tu dors, dit-il d'une voix neutre, sans quitter l'écran des yeux. Sophia ne ferait jamais ça. Elle dor







