MasukLe bruit du métal glissant sur le tissu déchira le silence, un son définitif, irréversible.
Je sentis le corsage de ma robe se desserrer. Par réflexe, je portai mes mains à ma poitrine, retenant le tissu précieux qui menaçait de tomber, dernier rempart entre ma dignité et le regard prédateur de Damon.
— S'il vous plaît… ne faites pas ça, implorai-je, ma voix brisée par les sanglots qui montaient. Je ne suis pas Sophia. Je n'ai jamais voulu ça.
Damon s'arrêta. Ses mains étaient encore dans mon dos, ses doigts effleurant ma peau nue. Je sentais la chaleur de ses paumes me brûler, un contraste violent avec la climatisation glaciale du penthouse.
Il se pencha vers mon oreille, si près que ses lèvres frôlèrent le lobe.
— Tu crois que tes larmes m'émeuvent, Elena ?
Sa voix était basse, dénuée de toute chaleur.
— Ta sœur a pleuré aussi, la dernière fois qu'elle a essayé de me doubler. C'est un trait de famille, cette capacité à jouer les victimes ?
Il retira ses mains brusquement, comme si mon contact le dégoûtait soudainement.
— Laisse tomber cette robe.
Je secouai la tête frénétiquement, serrant le tissu contre moi comme une bouée de sauvetage.
— J'ai dit : lâche-la.
Le ton était un ordre absolu, une commande qui ne tolérait aucune désobéissance. Une lueur dangereuse s'alluma dans ses yeux bleus. Je compris alors que si je résistais, il la déchirerait. Et je ne voulais pas qu'il me touche avec violence. Je préférais l'humiliation à la brutalité.
Lentement, les mains tremblantes, je desserrai mes doigts.
La lourde soie blanche glissa le long de mon corps, s'effondrant en une flaque luxueuse à mes pieds. Je me retrouvai en lingerie fine, de la dentelle couleur ivoire choisie par les stylistes pour la nuit de noces. Je me sentais nue, minuscule, exposée sous les lumières crues du salon.
Je fermai les yeux, incapable de soutenir son regard, attendant qu'il me touche, qu'il me prenne ce qu'il pensait avoir acheté.
Le silence s'étira, insoutenable.
J'entendis un bruit de verre qui s'entrechoque, puis le son d'un liquide versé.
J'ouvris un œil.
Damon s'était éloigné. Il se tenait près du bar en marbre noir, se versant un verre de whisky ambré. Il me tournait le dos, ses épaules larges tendues sous sa chemise blanche. Il but une gorgée, puis se retourna lentement pour me faire face.
Il me scanna de la tête aux pieds, un regard clinique, évaluateur. Pas de luxure incontrôlable, juste une froide appréciation de sa propriété.
— Tu es belle, admit-il froidement. C'est indéniable. C'est sans doute la seule chose vraie chez les Vance. L'emballage est parfait. C'est l'intérieur qui est pourri.
Il s'avança vers moi, le verre à la main. Je reculai jusqu'à heurter à nouveau la vitre froide.
— Rhabillez-vous, dit-il soudainement en me lançant sa veste de smoking qu'il avait posée sur le fauteuil plus tôt.
La veste atterrit sur mon visage, m'enveloppant de son odeur : tabac, cuir, et cette essence masculine qui me terrifiait et m'intriguait malgré moi.
Je l'enfilai à la hâte, mes doigts maladroits cherchant à fermer les boutons pour cacher ma peau. La veste m'arrivait à mi-cuisses, me donnant l'air ridicule, mais je me sentis un peu moins vulnérable.
— Vous… vous ne allez pas… ? commençai-je, confuse.
Damon eut un rire bref et cinglant.
— Te baiser ? Ici, contre la vitre, comme une fille facile ?
Il s'approcha, posant une main à plat sur la vitre au-dessus de ma tête, m'enfermant à nouveau.
— Ne te méprends pas, Elena. J'en ai envie. Je suis un homme, et tu es ma femme. Mais je ne suis pas un animal. Et surtout…
Il prit une mèche de mes cheveux et la fit rouler entre ses doigts.
— … Je veux que tu sois consciente quand je te briserai. Je veux que tu comprennes pourquoi tu souffres. Le sexe serait trop facile. Trop rapide.
Il recula, me libérant de son aura oppressante.
— Ce soir, c'est ta première leçon.
Il marcha vers une table basse en verre et y déposa un dossier noir épais qu'il sortit d'une mallette.
— Viens ici.
J'hésitai, puis m'approchai prudemment, serrant les pans de sa veste contre moi.
— Qu'est-ce que c'est ? demandai-je en regardant le dossier.
— La réalité, répondit-il. Ouvre-le.
Je tendis une main tremblante et ouvris la couverture en cuir. À l'intérieur, il y avait des photos. Des documents bancaires. Des rapports de police.
Mes yeux s'écarquillèrent en voyant la première photo. C'était mon père, plus jeune, serrant la main d'un homme que je ne connaissais pas. Un homme qui ressemblait étrangement à Damon.
— C'est mon père, dit Damon, sa voix devenue aussi tranchante qu'une lame de rasoir. Il a fondé Kross Tech avec le tien il y a vingt ans. Ils étaient amis. Associés.
Il tourna la page brutalement. Une coupure de journal : SUICIDE DU CO-FONDATEUR DE KROSS TECH APRÈS UN SCANDALE FINANCIER.
— Ton père l'a piégé, Elena. Il a détourné des millions, a falsifié les signatures, et a fait porter le chapeau à mon père. Mon père a tout perdu. Sa réputation, sa maison… et sa vie. Il s'est pendu dans son bureau quand j'avais douze ans.
Je portai la main à ma bouche, l'horreur me submergeant.
— Non… C'est impossible. Papa a dit que c'était un accident…
— Ton père est un menteur et un assassin ! rugit Damon, frappant du poing sur la table. Le verre trembla.
Je sursautai, reculant de deux pas. Je n'avais jamais vu une telle haine dans les yeux de quelqu'un.
Damon prit une profonde inspiration, reprenant son contrôle glacial.
— J'ai passé vingt ans à reconstruire l'empire que ton père a volé. J'ai racheté ses dettes. Je possède sa société. Je possède sa maison. Et maintenant…
Il me pointa du doigt.
— … Je possède sa fille. Tu es la dernière pièce du puzzle, Elena. Le dernier actif qu'il lui restait. Il t'a vendue pour éviter la prison.
Il s'approcha de moi, son visage à quelques centimètres du mien.
— Tu n'es pas une épouse. Tu es un dommage collatéral. Tu es ma garantie. Tant que tu es ici, dans mon lit, sous mon toit, ton père souffre. Il sait que j'ai sa précieuse fille entre mes mains.
— Mais je ne suis pas sa précieuse fille, chuchotai-je, les larmes coulant librement. C'est Sophia qu'il aime. Moi, je ne suis rien pour lui.
Damon me fixa un instant, une lueur indéchiffrable traversant son regard. Surprise ? Doute ? Il balaya l'émotion d'un revers de main.
— Ça ne change rien. Tu portes son sang. Tu paieras sa dette.
Il se dirigea vers la sortie du salon.
— Tu dormiras ici, sur le canapé. La chambre est fermée à clé. N'essaie pas de sortir, l'ascenseur nécessite un code et les escaliers sont sous alarme.
Il s'arrêta sur le seuil, sans se retourner.
— Demain, le vrai travail commence. Repose-toi, ma petite imposteur. Tu vas en avoir besoin.
Il disparut dans le couloir, me laissant seule dans l'immensité noire du penthouse, enveloppée dans sa veste, avec pour seule compagnie les fantômes du passé et la certitude terrifiante que ma vie m'appartenait plus.
Mon regard tomba sur le dossier ouvert. Une dernière feuille dépassait. C'était une facture médicale récente. Clinique Mont-Sinaï. Patiente : Margaret Vance. Solde impayé : 250 000 $.
En bas de la page, une note manuscrite de l'écriture anguleuse de Damon : Payé en totalité. En attente de remboursement par "services rendus".
Je compris alors l'ampleur du piège. Il tenait la vie de ma mère entre ses mains. Je ne pouvais pas fuir. Je ne pouvais pas me battre.
J'étais à lui.
Je me réveillai seule dans l'immense lit à baldaquin de Sophia.La chambre était baignée par la lumière du matin. C'était la première fois que je passais la nuit dans cette maison, et l'opulence me semblait étouffante. Tout sentait ma sœur : un parfum coûteux, de la laque, et cette froideur distante que j'avais toujours ressentie chez elle.Mon corps était lourd et endolori. La nuit avait été une tempête d'émotions contradictoires. Damon m'avait pris comme une brute, mais m'avait embrassé comme un amant. J'avais haï chaque instant de son contrôle, et j'avais détesté encore plus l'incendie dans mon propre corps qui répondait au sien.Je me levai, enroulant le drap de soie autour de moi. La chemise de Damon traînait sur le sol à côté de son smoking. Il était parti.Je sentis un frisson froid me parcourir. Je n'étais pas sa femme. J'étais la femme qu'il avait violée avec son consentement tacite.Une note était posée sur la table de chevet, scotchée à la clé USB en métal. C'était l'écritu
La limousine nous déposa devant l'immeuble. Cette fois, Damon ne me prit pas la main pour la galerie. Il m'attrapa par le poignet et m'entraîna dans l'ascenseur privé, son silence plus menaçant que n'importe quel cri.— La montre, dit-il en désignant mon bras.Je m'aperçus que je portais toujours la sienne – la Rolex en or qu'il m'avait prêtée pour la réception. Je la lui rendis immédiatement.— L'ordinateur de Sophia. Où exactement ?— Dans le bureau de mon père. Derrière le portrait du Général Wallace.Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le penthouse. La lumière était faible, et le luxe froid de la pièce semblait encore plus écrasant après la chaleur des lumières du bal.Damon ne perdit pas une seconde. Il m'attrapa par la main et nous mena dans son bureau personnel, une pièce sombre pleine d'écrans et d'une seule table de travail en acier brossé.Il sortit son téléphone et composa un numéro.— C'est Kross. Je veux que tu aies accès à un ordinateur sécurisé. Code vocal. Le son
Le Grand Salon de l’hôtel Waldorf Astoria scintillait sous des milliers de bougies et de cristaux. C'était la soirée annuelle de la Fondation Sterling, le sommet social des milliardaires.Damon tenait fermement mon bras, me guidant à travers la foule de smokings et de robes de bal. Le collier de saphirs pesait lourdement à mon cou, brillant de feux bleus et blancs qui attiraient tous les regards. Il me donnait l'air de la proie la plus précieuse et la plus dangereuse de la salle.— Tu es parfaite, me murmura Damon à l'oreille, un compliment froid, dénué d'émotion. Tu as l'air assez stupide et riche pour ne pas être soupçonnée de manipulation.— Merci pour le compliment, répliquai-je entre mes dents, tout en arborant un sourire extatique pour les photographes qui crépitaient derrière les cordons de velours.— Concentre-toi. Maître Dubois est là-bas, près du bar. Grand, mince, regard de fouine. Rappelle-toi : Titan Corp. Fais-le passer pour une confidence, pas pour une information.Il m
La portière se referma sur nous avec un bruit sourd et définitif. L'espace feutré de la limousine, qui était censé être un havre de paix, se transforma en une cage sous pression.Damon frappa le panneau de verre séparant le chauffeur d'un coup de poing sec. Le panneau remonta en silence. Nous étions seuls.Sa rage était une force physique qui remplissait l'habitacle.— Qui a envoyé ça ? me demanda-t-il, sa voix tremblante d’une fureur froide. Parle, Elena.Je serrai les mains, les phalanges blanches.— Je vous jure, Damon, je n’ai aucune idée. Je n’ai parlé à personne. Je ne sais pas qui est cette personne… Je ne savais même pas que Sophia avait un téléphone secret !Il jeta le téléphone sur le siège en face de moi, la photo de Sophia et de l'homme à l'aéroport crue et accusatrice. L'homme aux cheveux longs… C’était bien le professeur de tennis dont mon père m'avait parlé. L’amant de Sophia.Damon ne s’intéressa pas à l’amant. Il s’intéressa au message.— Ce n'est pas une menace publi
La limousine glissait silencieusement dans les rues de Manhattan, mais à l'intérieur, l'air crépitait encore de l'électricité de notre baiser.Je passai machinalement le bout de ma langue sur ma lèvre inférieure. Elle était sensible, presque douloureuse. Damon avait marqué son territoire avec une violence calculée.Assis en face de moi, il avait déjà ouvert son ordinateur portable, érigeant une forteresse numérique entre nous.— Nettoie ton visage, ordonna-t-il sans lever les yeux de l'écran. Tu as du rouge à lèvres sur le menton. Tu ressembles à une traînée après une passe difficile.La crudité de ses mots me fit l'effet d'une gifle. Je sortis un mouchoir de ma pochette et frottai ma peau avec rage, voulant effacer non seulement le maquillage, mais aussi la sensation de sa bouche sur la mienne.— Vous êtes ignoble, murmurai-je.Il s'arrêta de taper. Il leva lentement les yeux, ce bleu polaire me fixant avec une intensité qui me cloua sur place.— Je suis efficace, Elena. Nuance.Il r
Je fus réveillée par une odeur de café fraîchement moulu et le bruit sec d'une page qu'on tourne.Pendant une seconde bénie, je crus être chez moi, dans mon petit appartement du Queens, prête à aller en cours. Puis, la douleur dans ma nuque me rappela le canapé en cuir trop ferme. Le luxe froid de la pièce me revint en pleine figure. La robe de mariée froissée sur le tapis. Le dossier sur la table.Damon.Je me redressai brusquement, ramenant la veste de smoking autour de moi comme un bouclier dérisoire.Il était là.Assis dans un fauteuil face à la baie vitrée, baigné par la lumière grise du matin new-yorkais. Il était déjà douché, rasé de près, et portait un costume gris anthracite qui devait coûter plus cher que mes frais de scolarité de quatre ans. Il lisait le Wall Street Journal sur une tablette, une tasse de café fumante à portée de main.Il ne me regarda pas.— Tu baves quand tu dors, dit-il d'une voix neutre, sans quitter l'écran des yeux. Sophia ne ferait jamais ça. Elle dor







