LOGINIl me regarde. Ses yeux sont humides, eux aussi. Putain, on est pathétiques. Et c'est magnifique.
Il me fait l'amour. Lentement. Profondément. Comme si on avait tout le temps du monde. Chaque mouvement est une promesse, chaque gémissement un serment. Quand on jouit ensemble, c'est dans un cri étouffé, nos fronts collés, nos souffles mêlés.
Après, on reste là, emmêlés, à ne rien
Ma robe.Fluide, couleur crème. Les manches longues que j'ai voulues, parce que j'ai toujours froid, depuis l'enfance. Pas de voile – juste un serre-tête discret, avec des petites perles. Je n'ai jamais aimé les voiles. Ça cache le visage. Moi, je veux qu'il me voie. Qu'il me voie enfin. Après toutes ces années à me cacher, à me diminuer, à me faire discrète.Aujourd'hui, je ne veux plus être discrète. Je veux être vue.Clara m'ajuste le serre-tête, recule d'un pas pour admirer le résultat.— T'es magnifique, dit-elle. Vraiment.— T'en fais trop.— Non. Tu l'es. Il va pleurer.— Bastian ne pleure jamais.— Il va pleurer. Tu vas voir.La musique commence. Un piano, tout simple. Pas de marche nuptiale pompeuse – juste un morceau que j'aime, que Bastian a choisi sans me
Je pose mon menton sur ses cheveux.— Je n'ai jamais voulu de la normalité, Eira. J'ai voulu toi. Avec tes cadavres, tes cicatrices, tes cauchemars. Parce que c'est ça qui te rend réelle. C'est ça qui te rend belle.Elle ne répond pas. Mais sa main serre la mienne, plus fort.À mon tour, je lui raconte. La première fois que j'ai tiré sur quelqu'un. La culpabilité qui m'a rongé pendant des années. Les missions pourries, les nuits à boire tout seul pour oublier. Le mur que j'avais construit autour de moi, et comment elle l'a fait tomber, brique par brique.— Tu es mon premier amour, lui dis-je. Mon seul vrai amour.— Je ne te crois pas. Tu as eu d'autres femmes avant moi.— Des femmes, oui. Mais pas l'amour. Toi, tu es la première.Elle lève la tête. Ses yeux sont humides.— Alors je
Je traverse la ville à pied. La pluie fine, celle qui n'aboie pas mais qui mord, s'infiltre dans mon sweat, colle à ma peau. Les rues sont désertes. Quelques voitures, un chat qui traverse, un couple qui rentre en titubant.Je marche vite. J'ai besoin de bouger, de sentir mes muscles, de m'épuiser. L'adrénaline du mariage – ou plutôt la peur, la vraie, celle qui vous tord les entrailles – me pousse en avant.J'arrive chez elle en vingt minutes. La lumière est allumée.Bien sûr qu'elle est allumée. Elle non plus ne dort pas.Je toque. Pas trop fort, juste assez pour qu'elle entende.La porte s'ouvre. Elle est en robe de chambre, les cheveux en bataille, les pieds nus. Ses yeux sont cernés. Elle n'a pas dormi non plus.— Je croyais qu'il ne fallait pas se voir, elle dit.— Je m'en fous.— Moi aussi.Elle s
Le soir de l'enterrement de vie de garçon, je suis seule.Assise sur le canapé, un plaid sur les jambes, un film qui tourne en boucle sans que je le regarde vraiment. Les sushis sont froids. Le thé aussi. Je n'ai faim de rien.Mon téléphone vibre.Un message de Bastian.— « C'est nul. Je m'ennuie. Ils parlent que de foot. »Je ris. Il est le seul à pouvoir me faire rire quand je suis triste.— « Reste. Profite. Tu n'auras plus jamais l'occasion d'être con entre mecs. »— « Je préférerais être con avec toi. »— « Tu le seras. Toute ta vie. Maintenant bois un coup et arrête de m'écrire. »— « Oui madame. »Je repose le téléphone.Le silence est là, autour de moi. Pas de voix, pas de mortes. Juste le silence.C'est
Eira---Je n'avais jamais imaginé mon mariage.Quand on passe son enfance à entendre les morts, à voir des visages décomposés dans son sommeil, à sentir l'odeur de la terre humide et du formol dans ses rêves, on n'a pas vraiment le temps de rêver à une robe blanche et à une église pleine de fleurs.Le mariage, c'était pour les autres. Les normaux. Ceux qui ne portaient pas le poids des âmes perdues. Ceux qui pouvaient dormir sans cauchemars. Ceux qui n'avaient jamais senti une main morte leur caresser la joue dans l'obscurité.Et pourtant, me voilà.Debout devant un miroir à trois pans, dans une boutique qui sent la lavande et le vieux tissu. Une vendeuse souriante, des aiguilles plein les mains, fait glisser une robe sur mes épaules. Son nom est Élodie. Elle a la trentaine, des taches de rousseur, et elle est tellement
Eira---Il est nerveux. Je le vois depuis ce matin.Il tourne en rond dans l'appartement. Il regarde sa montre toutes les deux minutes. Il ouvre et referme son téléphone sans raison. Il a bu trois cafés d'affilée, ce qui est mauvais pour son estomac et pour son humeur.Je lui demande ce qui ne va pas.Il me dit que rien.Je sais que c'est un mensonge. Je le connais, maintenant. Je connais chaque pli de son visage, chaque variation de sa voix. Il a un tic quand il ment – il se passe la main dans les cheveux, vers la gauche. Il vient de le faire.Mais je ne le pousse pas. Certains secrets doivent garder leur mystère.— On va se promener ? il demande soudain, comme s'il venait de prendre une décision.— Où ça ?— Près du canal. Là où on est allés… tu sais.Je sais. Le square. Notre
BastianLa porte de mon bureau claque derrière moi, un point final brutal à une nuit de merde. Je jette mon manteau trempé sur le portemanteau qui penche dangereusement. L’odeur du café rance et de la poussière m’accueille comme une gifle. Mon sanctuaire. Mon cachot.Je m’effondre dans mon fauteuil
EiraMes pas résonnent trop fort dans la nuit, comme si la ville retenait son souffle pour mieux m’entendre. Chaque ombre semble vivante, chargée des murmures que je tente désespérément d’ignorer. La vision de la femme , Élodie, son nom me vient maintenant, un chuchotement dans le néant , me colle
La pierre est froide et humide sous mes paumes. Je suis assise par terre, le dos contre la porte de mon appartement, comme si je pouvais physiquement bloquer l’extérieur. Mais l’extérieur est déjà en moi. L’image , la sensation , ne veut pas partir.— Du métal froid. L’odeur du cuivre. Une chute.C
Le brouillard est mon manteau, une étreinte humide et familière qui colle à ma peau comme un présage. Il s’accroche aux briques rouges des immeubles, étouffe le bruit de la circulation lointaine et transforme les réverbères en halos spectrals. Je marche, les yeux grands ouverts, mais je ne vois pas