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Chapitre 11 : La traversée

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-19 21:58:32

Élia

Je me réveille avec le message encore brûlant derrière les yeux.

Ne viens pas.

Toute la matinée, il me suit. Dans la douche, dans le café que je bois à peine, dans le miroir où je m'entraîne à sourire sans trembler. Je me répète que ce n'est rien. Une erreur de numéro, une mauvaise blague, un fan dérangé. Mais je n'y crois pas. Les menaces, les vraies, celles qui comptent, ne sont jamais signées. Elles arrivent nues, comme des couteaux. Celle-là en était une.

Et pourtant, à dix-huit heures
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    ÉliaJe rentre dans la salle, les jambes en coton.Le collier pèse sur ma nuque, la robe m'enveloppe, mais je ne les sens plus. Je ne sens que la paume de cet homme sur ma main, le son de sa voix sous les arbres, ce mélange de menace et de velours qui continue de vibrer en moi comme une note tenue. Alessandro De Luca. La table une. Le message. La montre bleue.Je me répète ses mots en boucle, pour ne pas me perdre.Reste près des lumières.Je m'exécute. Je retourne dans la grande salle, sous les lustres, au milieu des rires et des coupes. Je me fonds dans la foule élégante, je souris, je serre des mains, je fais ce que je sais faire. Mais mes yeux balayent la pièce, et je vois tout autrement : les mains qui tiennent les verres, les visages qui se penchent, les montres, les regards. Je cherche la montre bleue. Je cherche Alessandro. Je ne vois ni l'un ni l'autre.— Élia ! Enfin, je te trouve.La voix de Lya m'agrippe comme un crochet. Je me retourne. Elle arrive vers moi, radieuse, une

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    ÉliaLa présentation s'achève. Les applaudissements crépitent, et je reste quelques secondes de plus sous la lumière, le collier brûlant contre ma peau, le souffle court. Puis je redescends de l'estrade, et le monde reprend ses droits autour de moi : les mains qui me pressent, les compliments qui pleuvent, les flashs qui me poursuivent. Je souris, je remercie, je me prête au jeu. Mais je cherche des yeux, sans me l'avouer, la silhouette de l'homme de la table une.Il a disparu.Je le cherche dans la foule, entre les épaules des invités, derrière les coupes de champagne. Rien. La table d'honneur est vide, comme si personne ne s'y était jamais assis. Pourtant, je l'ai vu. Je l'ai vu avec une précision qui me trouble : la coupe de ses cheveux, la carrure, cette immobilité de prédateur au repos. Et ce regard. Ce regard qui ne regardait pas le collier.— Élia ! Ma chérie, tu as été divine !La baronne Verneuil, surgie de nulle part, m'embrasse comme si nous étions de vieilles complices. De

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    ÉliaJe me réveille avec le message encore brûlant derrière les yeux.Ne viens pas.Toute la matinée, il me suit. Dans la douche, dans le café que je bois à peine, dans le miroir où je m'entraîne à sourire sans trembler. Je me répète que ce n'est rien. Une erreur de numéro, une mauvaise blague, un fan dérangé. Mais je n'y crois pas. Les menaces, les vraies, celles qui comptent, ne sont jamais signées. Elles arrivent nues, comme des couteaux. Celle-là en était une.Et pourtant, à dix-huit heures, je monte dans la voiture.La robe m'attend au gala. Je devais me changer sur place, dans l'espace réservé aux mannequins, sous l'œil des habilleuses. Je porte un fourreau noir simple, des talons vertigineux, et mon visage est déjà ce qu'il doit être : lisse, lointain, impossible à atteindre. Giulia m'appelle pendant le trajet.— La sécurité est partout, me dit-elle. Contrôle des invitations à trois points. On a vérifié ton nom sur la liste. Tout est prêt.— Très bien.— Tu es sûre que ça va ?

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    ÉliaLes jours qui suivent filent comme une bobine qu'on débobine trop vite.Le gala approche. Les essayages se succèdent, la robe prend forme, et je m'y accroche comme à la seule chose qui soit encore à moi. Dans l'atelier du couturier, entre les miroirs et les boîtes d'épingles, je ne suis plus la fille de la maison froide. Je suis Élia Moretti, celle qu'on ajuste, qu'on pare, qu'on prépare comme une œuvre. Les couturières parlent autour de moi dans un dialecte de chiffons et de points invisibles. La première d'atelier, une femme maigre aux mains de fée, me fait tourner lentement sur l'estrade et murmure, presque pour elle-même :— Tu vas tous les mettre à terre.Je souris. Mon sourire-verrou. C'est plus fort que moi.Le soir, je rentre rue de la Colline, dans cette maison que j'appelle chez moi par habitude et qui n'a jamais mérité ce mot. Lya est délicieuse. C'est mauvais signe. Quand Lya est délicieuse, c'est qu'elle a obtenu ce qu'elle voulait. Je l'entends parler au téléphone d

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    ÉliaLe matin, je descends à la cuisine pour un café, et je trouve Lya installée à l'îlot central, mon téléphone entre ses mains.Mon téléphone. Posé là, déverrouillé, offert comme une bête ouverte sur la table. Mon sang se fige. Je le verrouille toujours. Toujours. Sauf cette nuit, épuisée par six heures d'essayages, je me suis endormie sans le faire. Une négligence, une seule, et elle s'est engouffrée dedans comme l'eau dans une fissure.— Tu m'as volé mon téléphone, dis-je.Lya lève les yeux vers moi, et son sourire est un triomphe.— Je ne l'ai pas volé, fait-elle. Il était sur la table. Je voulais voir l'heure. Et puis j'ai vu ta messagerie ouverte. Un accident, vraiment.Elle tourne l'écran vers moi. L'invitation officielle du gala s'y affiche, avec le plan de la salle, la liste des invités, le protocole. C'est une pièce administrative, sans grand intérêt pour quiconque n'est pas concerné, mais pour Lya, c'est une porte. Une porte qu'elle vient de trouver entrouverte, et qu'elle

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    ÉliaMa chambre est au bout du couloir du deuxième étage, la plus éloignée de la suite parentale, et cette géographie-là, au moins, je la dois au hasard heureux de l'architecture.Ce soir, les essayages ont duré six heures. La robe du gala prend forme autour de moi, séance après séance : une coulée de satin sombre, presque noir, avec des éclats d'argent qui courent dessus comme de l'eau sous la lune. Les couturières murmurent entre elles. Elle la porte comme personne, a dit l'une d'elles en croyant que je n'entendais pas. Ce genre de phrase est mon salaire secret, celui que Viviane ne peut pas me confisquer.Il est tard quand je rentre. La maison dort. Je monte sans bruit, par habitude, par réflexe, par cette prudence devenue seconde nature, et je referme la porte de ma chambre derrière moi, et je tourne la clé.Le clic de la serrure. Mon son préféré au monde.De ce côté-ci de la porte, il n'y a plus de Viviane, plus de Lya, plus de compte commun, plus de regard qui évalue. Il y a ma

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