Mag-log inSOFIA
L’un des gardes du corps de Léo ouvre la portière arrière du SUV central. L’intérieur est un gouffre de cuir noir et d’ombre.
— Monte, ordonne Léo.
Je m’exécute, le corps rigide. Il s’engouffre derrière moi, refermant la portière avec un bruit mat qui scelle mon destin. Les serrures se verrouillent automatiquement. Clac.
La voiture s’ébranle. À travers la vitre teintée, je vois la silhouette de mes parents s’effacer sur le perron. Ils sont déjà en train de célébrer leur transaction.
Le trajet s’annonce long. Léo s’installe confortablement, étendant ses longues jambes. Il ne me regarde pas tout de suite. Il sort un couteau à cran d’arrêt de sa poche intérieure, fait jouer la lame avec un bruit sec, et commence à s’en curer les ongles avec une nonchalance terrifiante.
— On est seuls, maintenant, Sofia, murmure-t-il sans quitter sa lame des yeux. Tu peux arrêter de sourire. On va s’occuper de cette main qui a osé me frapper.
Le SUV glisse sur l’asphalte avec une régularité de prédateur. À l’avant, le chauffeur et le garde du corps sont deux statues de pierre, sourds et aveugles à ce qui va se passer à l’arrière. La vitre de séparation est montée. Nous sommes dans une bulle de cuir noir, saturée par l’odeur de Léo.
Il replie son couteau d’un coup sec. Le silence devient un poids sur mes poumons.
— Viens ici, ordonne-t-il sans même me regarder.
Je reste figée contre la portière, les doigts crispés sur l’accoudoir.
— Je suis très bien ici, Monsieur Vitiello.
Dans un mouvement d’une rapidité foudroyante, il attrape mon poignet. celui-là même qui l’a frappé et me tire violemment vers lui. Je pousse un cri alors que je bascule sur ses genoux. Sa main libre s’écrase sur ma nuque pour m’empêcher de me redresser, m’obligeant à rester courbée devant lui, le visage à quelques centimètres de sa braguette.
— Je n’aime pas me répéter, Sofia. Et je déteste qu’on me défie devant mes hommes.
Il prend mon poignet et le tord légèrement, juste assez pour me faire gémir de douleur. Il examine ma main comme s’il s’agissait d’un objet défectueux qu’il s’apprête à réparer.
— Cette main est bien trop fragile pour porter un coup si lourd. Tu as de la chance que je sois d’humeur généreuse aujourd’hui, sinon je l’aurais déjà brisée.
Il porte ma main à ses lèvres. Je m’attends à une morsure, mais il dépose un baiser glacial sur mes articulations, ses yeux d’orage fixés dans les miens. C’est plus effrayant qu’une gifle.
— Mais puisque tu es si pressée d’utiliser tes mains sur moi... on va commencer ton éducation tout de suite.
Il lâche ma nuque, mais sa main descend lentement le long de ma colonne vertébrale pour s’arrêter pile sur mes cuisses. À travers la soie fine de ma robe ivoire, ses doigts devinent les reliefs des zébrures laissées par mon père. Je tressaille violemment.
— Ton père t’a marquée comme du bétail, murmure-t-il, sa voix devenant soudainement plus basse, plus rauque. Mais il a fait un travail d’amateur. Il a frappé pour te faire mal. Moi, quand je te marquerai, ce sera pour que tu te souviennes à chaque seconde de ta vie à qui tu appartiens.
Ses doigts commencent à remonter le long de ma cuisse, soulevant le bord de ma robe avec une lenteur insupportable.
— Retire ta culotte, Sofia.
Mon sang ne fait qu’un tour. Je tente de me redresser, mais il me plaque à nouveau contre lui, son bras comme une barre de fer autour de ma taille.
— Quoi ? Non ! Jamais ici, je...
— J’ai dit : retire-la. Ou je demande au chauffeur de s’arrêter sur le bas-côté et je laisse mes hommes te tenir pendant que je te prends sur le capot. À toi de choisir le niveau d’humiliation que tu peux supporter aujourd’hui.
Ses yeux ne cillent pas. Il est sérieux. Mortellement sérieux. Ma dignité se bat contre mon instinct de survie, et pour la première fois de ma vie, la peur est la plus forte. Les mains tremblantes, je glisse mes doigts sous la soie de ma robe...
Mes doigts tremblent tellement que j’ai du mal à saisir la dentelle fine. L’humiliation me brûle plus que les coups de mon père. Sous le regard impitoyable de Léo, je soulève mes hanches, juste assez pour faire glisser le tissu le long de mes jambes. C’est un acte de reddition totale, un abandon de mon intimité dans ce cockpit de cuir et de verre.
Je dépose le morceau de tissu sur le siège, à côté de sa cuisse. Je me sens nue, exposée, malgré la robe qui me recouvre encore.
— Bien, murmure-t-il, un éclair de satisfaction sauvage dans le regard. Tu vois ? Quand tu ne discutes pas, les choses sont beaucoup plus simples.
Il ne me laisse pas le temps de respirer. Sa main, grande et chaude, se glisse sous ma robe, remontant avec une assurance qui me donne le vertige. Quand ses doigts effleurent la peau meurtrie de mes cuisses, je ne peux retenir un gémissement de douleur.
— Chhh... calme-toi, petite chose.
ÉPILOGUE : LA ROSE ET L’HORIZONLe soleil de la Méditerranée caresse le pont en teck du yacht avec une douceur presque irréelle, une chaleur dorée qui semble vouloir laver les derniers vestiges de noirceur ancrés dans ma mémoire. Ici, loin du tumulte de Palerme, des complots de couloir et des effluves métalliques du sang, l’air ne sent que le sel, l’iode et la liberté. Le navire fend les vagues avec un ronronnement apaisant, un rythme régulier qui cadence notre fuite vers un horizon où plus rien ne peut nous atteindre.Je suis installée dans un large fauteuil de cuir blanc, une brise légère jouant dans mes cheveux, emportant avec elle les derniers échos des hurlements de la clinique. Contre mon sein, un petit miracle de vie respire doucement. Son cœur bat cont
SOFIALa lame du scalpel brille sous les projecteurs du bloc, reflétant la terreur pure qui décompose le visage de Léo. Il pleure, il bave, il rampe comme le rat qu’il a toujours été derrière ses costumes à trois pièces.— Tu voulais me faire souffrir, Léo ? Mon murmure est un sifflement glacial qui semble pétrifier l’air. Regarde-moi bien. Tu te croyais supérieur à moi à cause de ça...Je sens le regard de Vince sur moi, son étonnement presque palpable lorsqu’il me voit m’agenouiller près de cet homme brisé. Ce n’est pas de la pitié. C’est de l’anatomie. D’un geste sec, d’une précision chirurgicale que la haine rend infaillib
SOFIALa lame du scalpel brille sous les projecteurs du bloc, reflétant la terreur pure qui décompose le visage de Léo. Il pleure, il bave, il rampe comme le rat qu’il a toujours été derrière ses costumes à trois pièces.— Tu voulais me faire souffrir, Léo ? Mon murmure est un sifflement glacial qui semble pétrifier l’air. Regarde-moi bien. Tu te croyais supérieur à moi à cause de ça...Je sens le regard de Vince sur moi, son étonnement presque palpable lorsqu’il me voit m’agenouiller près de cet homme brisé. Ce n’est pas de la pitié. C’est de l’anatomie. D’un geste sec, d’une précision chirurgicale que la haine rend infaillib
VINCELes portes de l’ascenseur de service s’ouvrent dans un sifflement hydraulique. Je sors le premier, mon arme au poing, le silencieux pointé vers l’avant. Luca est juste derrière moi, couvrant l’autre angle. L’odeur du désinfectant me brûle les narines, mais c’est l’adrénaline qui consume mes veines.Le couloir est désert, évacué par l’alarme que Luca a déclenchée. On avance comme des ombres. Les voyants de sécurité clignotent en rouge, baignant les murs blancs d’une lueur de boucherie.— Le bloc 4, souffle Luca.Je n’ai pas besoin qu’il me le dise. Je sens sa présence. Je sens l’odeur de la trahison d
SOFIA— Alors, ma chérie ? Prête pour le grand nettoyage ?Léo me lance cette question avec une désinvolture qui me glace le sang. Dans son regard, je ne suis déjà plus une femme, mais un chantier qu’on s’apprête à livrer.— Dans deux heures, tu seras enfin digne d’être ma femme, poursuit-il en caressant le revers de son costume coûteux. Mais je me demande si je ne vais pas demander à mon ami John de te marquer au fer rouge juste après... après ton réveil, évidemment. Je veux que tu sois bien consciente, que tu sentes précisément ce que cela fait de m’appartenir.L’idée de la brûlure, de cette nouvelle cicatrice qu’il veut imposer sur les débris de la précédente, devrait me faire hurler. Mais je reste de marbre. Je le regarde, et pour la première fois depuis des jours, je ne baisse pas les yeux. Je puise dans ma haine une force que je ne soupçonnais pas. Je ne suis plus la proie, je suis le témoin de sa fin prochaine.À quelques pas de nous, je vois l’infirmière vacataire vérifier dis
VINCELe moteur de la caisse ronronne dans le parking souterrain de cette planque anonyme que Luca a dégotée. C’est un sous-sol humide, qui pue le béton froid et l’essence, à moins de dix minutes de la clinique. Parfait pour un départ rapide. Parfait pour une exécution.Je descends de la voiture, chaque mouvement me rappelant que mon corps est encore une dentelle de points de suture. Mais l’adrénaline est un anesthésiant puissant. Je ne sens plus la déchirure dans mon épaule, je ne sens que le poids de mon arme contre ma hanche.Luca sort du coffre deux sacs de sport noirs. Il en jette un sur le capot.— Voilà ton équipement. Silencieux, munitions, et les plans que







