Share

LA CIBLE.

Author: Alicante
last update publish date: 2026-09-26 20:48:17

"Ce n'est pas toi que le tireur visait."

Les doigts de Nadia se resserrèrent sur la couverture. La chaleur qu'elle avait ressentie plus tôt, assise à côté de Damien, s'échappa de la pièce comme si quelqu'un avait ouvert une fenêtre quelque part. Le visage de Damien bougea à peine, mais ses épaules se raidirent.

"Alors qui ?"

Le regard de Moretti se posa sur Nadia.

 "Votre femme."

Son estomac se noua, et les mots se répétèrent dans sa tête jusqu'à ne plus rien vouloir dire. Puis le mariage lui revint en mémoire, les coups de feu, les cris, la main de Damien la plaquant au sol, les balles déchirant les arbres au-dessus d'eux.

"Pourquoi voudrait-on me tuer ?"

La voix de Nadia sortit plus fragile qu'elle ne l'aurait voulu. Moretti jeta un coup d'œil à Damien, attendant la permission.

"Dis-moi ce que tu as trouvé", dit calmement Damien.

Moretti s'approcha du lit.

 "Nous sommes retournés sur le lieu du mariage une fois la zone sécurisée, et Matteo a trouvé trois positions de tir dans les arbres, avec une ligne de mire claire sur l'allée, mais pas sur vous, monsieur."

Les mains de Nadia restèrent immobiles sur la couverture, elle se mordait l'intérieur de la joue.

"Ils visaient moi", murmura-t-elle, et Moretti hocha la tête. Quelque chose passa sur le visage de Damien, et pendant une seconde cela ressembla presque à de l'inquiétude, puis ça disparut.

"Avez-vous retrouvé les tireurs ?"

"Non, monsieur. Seulement deux véhicules abandonnés, une arme, non enregistrée au nom de quiconque lié à la famille."

"Des empreintes ?"

"Rien d'exploitable."

La mâchoire de Damien se crispa. Sa voix resta calme, mais Nadia avait déjà appris que cela ne voulait rien dire.

"Le message ?"

Moretti sortit une petite enveloppe noire de son manteau et la posa sur la table de chevet comme si elle risquait d'exploser.

Nadia la regarda, puis se força à détourner les yeux. Elle voulait savoir ce qu'il y avait à l'intérieur. Elle avait encore plus peur de le découvrir.

Damien l'ouvrit sans un mot, ses yeux parcourant la page une seule fois. Puis il replia la feuille et la remit dans l'enveloppe, son visage ne trahissant rien.

"Qu'est-ce que ça disait ?"

"Rien qui doive t'inquiéter."

Elle baissa les yeux. Elle voulait insister, la question restait coincée juste derrière ses dents, mais quelque chose dans la façon dont il la regardait la fit ravaler.

"D'accord."

Son expression s'adoucit, à peine, avant qu'il ne se retourne vers Moretti.

"Trouve qui les a envoyés, et double la sécurité autour du domaine, surtout autour de Nadia."

"Je n'ai pas besoin…" Elle s'arrêta net, parce que Damien la regardait déjà, et lui dire qu'elle n'avait pas besoin de protection lui sembla soudain la chose la plus stupide qu'elle puisse dire. Il ne dit rien, et prit son silence pour une réponse.

Nadia remonta la couverture, mal à l'aise à l'idée d'être surveillée partout où elle irait, incapable pourtant de nier que l'idée d'être seule lui faisait encore plus peur.

Moretti sortit, refermant la porte derrière lui.

Dans le silence qui suivit, Nadia baissa les yeux sur ses propres mains et repensa à l'heure d'avant, quand elle était pressée contre le flanc de Damien, tenant un bandage en place, et à quel point la soirée avait semblé presque douce à ce moment-là. Elle avait presque oublié d'avoir peur de lui. Maintenant cette peur était revenue, non pas à cause de quoi que ce soit qu'il ait fait, mais parce qu'elle commençait à comprendre exactement dans quel monde elle venait de se marier.

"Damien ?"

Il était de nouveau à la fenêtre, les mains dans les poches, regardant dehors quelque chose qu'elle ne pouvait pas voir.

"Oui ?"

"Est-ce qu'ils vont revenir ?"

Il ne répondit pas tout de suite, et le silence lui serra la poitrine jusqu'à ce qu'il se retourne enfin.

"Je ne les laisserai pas t'approcher."

C'étaient des mots simples, mais ils apaisèrent quelque chose en elle.

"Merci."

Il s'avança vers le lit, s'arrêtant à quelques pas.

"Tu devrais dormir."

"Je ne pense pas y arriver."

"Il faut essayer."

Elle esquissa quelque chose qui ressemblait presque à un sourire.

"Tu rends ça facile, dit comme ça."

"Comment ça ?"

"Ferme les yeux."

Un rire lui échappa avant qu'elle ne puisse le retenir.

"Tu n'es pas très doué pour réconforter les gens."

"Je n'essayais pas."

"Je sais."

Leurs regards se croisèrent un instant de trop, puis Damien détourna les yeux le premier. Nadia se laissa retomber contre l'oreiller, et même les yeux fermés, elle sentait exactement où il se tenait dans la pièce. Quelques minutes plus tard, elle l'entendit bouger, et quand elle rouvrit les yeux, il était déjà près de la porte.

"Où vas-tu ?"

"J'ai du travail."

Elle comprit assez bien ce que cela signifiait pour ne rien demander de plus. Il s'arrêta à la porte, la peur encore visible sur son visage, apparemment, même de loin.

"Tu es en sécurité ici, Nadia."

La façon dont il murmura son prénom à la fin la réchauffa. Il soutint son regard une seconde de trop, puis partit, et la porte se referma doucement derrière lui.

Nadia la fixa longtemps, retournant ses mots dans sa tête. Elle connaissait à peine cet homme. Elle savait qu'il était puissant, savait que les gens tremblaient devant lui, avait déjà vu la douceur quitter son visage en l'espace d'un souffle. Et pourtant, une part obstinée d'elle-même l'avait cru, instantanément, sans même se demander pourquoi.

Elle ne se souvenait pas de s'être endormie. Un instant elle fixait la porte fermée ; l'instant d'après, le soleil inondait la pièce à travers les rideaux tandis qu'elle se retournait dans le lit. Elle se redressa, et sa bague accrocha la lumière. Elle tourna sa main d'un côté puis de l'autre, la regardant scintiller, sans tout à fait y croire encore.

Madame De Luca.

On frappa, et avant qu'elle ne puisse répondre, Moretti entra avec un plateau de petit-déjeuner.

"Bonjour, Mademoiselle…"

 Il s'arrêta net au milieu du mot, une gêne visible traversant son visage avant qu'il ne se reprenne.

"Madame De Luca. Pardonnez-moi, vieille habitude."

"Ce n'est rien", dit Nadia, et elle le pensait. Elle-même n'était pas sûre de s'être habituée à son nouveau nom.

Il posa le plateau.

 "Tu as bien dormi ?"

"Un peu."

"C'est déjà ça." Il sourit, et elle se surprit à lui rendre son sourire, reconnaissante.

"Moretti, est-ce que Damien va bien ?"

La question était sortie avant même qu'elle ne décide de la poser. Moretti le remarqua, mais ne se moqua pas d'elle.

"Il va bien."

Elle hocha la tête, comme si c'était tout ce qu'elle voulait savoir. Il se tourna pour partir, puis s'arrêta à la porte.

"La sécurité a été doublée autour du domaine. Monsieur De Luca a donné des ordres ; tu ne dois jamais rester seule."

Elle baissa les yeux, incapable de dire si la nouvelle la rassurait ou l'enfermait davantage. Avant qu'elle ne puisse demander autre chose, il était déjà parti.

Elle tendit la main vers le plateau, et s'arrêta.

Une petite enveloppe blanche reposait à côté de l'assiette.

Son nom était écrit sur le devant, en lettres capitales soigneuses.

NADIA.

Son pouls s'accéléra, et elle jeta un œil vers la porte, se demandant si Moretti l'avait laissée là par erreur. Puis, lentement, elle la ramassa. Pas de cachet, pas de nom au dos, rien pour dire qui l'avait envoyée.

Elle l'ouvrit d'une main tremblante et en sortit une photographie.

Elle était ancienne. Elle-même et Ethan enfants, debout devant leur ancienne maison, la silhouette de leur mère juste derrière eux. Elle connaissait cette photo. Sa mère l'avait gardée pendant des années dans une boîte en bois, cachée là où personne d'autre n'était censé la trouver. Elle la retourna, et quatre mots y étaient inscrits, d'une écriture qu'elle ne reconnaissait pas, maculés de sang.

TU AURAIS DÛ RESTER LOIN.

Les mains de Nadia devinrent glacées.

Quelqu'un avait pris cette photo parmi les affaires de sa mère.

Quelqu'un savait exactement qui elle était, et le savait bien avant qu'elle ne devienne l'épouse de Damien De Luca.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • LE CONTRACT DE LUCA.    LA CIBLE.

    "Ce n'est pas toi que le tireur visait."Les doigts de Nadia se resserrèrent sur la couverture. La chaleur qu'elle avait ressentie plus tôt, assise à côté de Damien, s'échappa de la pièce comme si quelqu'un avait ouvert une fenêtre quelque part. Le visage de Damien bougea à peine, mais ses épaules se raidirent."Alors qui ?"Le regard de Moretti se posa sur Nadia. "Votre femme."Son estomac se noua, et les mots se répétèrent dans sa tête jusqu'à ne plus rien vouloir dire. Puis le mariage lui revint en mémoire, les coups de feu, les cris, la main de Damien la plaquant au sol, les balles déchirant les arbres au-dessus d'eux."Pourquoi voudrait-on me tuer ?"La voix de Nadia sortit plus fragile qu'elle ne l'aurait voulu. Moretti jeta un coup d'œil à Damien, attendant la permission."Dis-moi ce que tu as trouvé", dit calmement Damien.Moretti s'approcha du lit. "Nous sommes retournés sur le lieu du mariage une fois la zone sécurisée, et Matteo a trouvé trois positions de tir dans les ar

  • LE CONTRACT DE LUCA.    LA PREMIÈRE NUIT.

    Nadia se tenait près de la porte et regardait Damien verrouiller. Le clic de la serrure fit se contracter son estomac.Il se retourna et la fixa. Sa cravate avait déjà disparu, sa chemise était encore légèrement ouverte, et pour une raison quelconque, Nadia prit soudain conscience qu’ils étaient seuls.Damien s’avança vers elle.Elle resta immobile jusqu’à ce qu’il soit assez près pour qu’elle doive lever la tête afin de le regarder.« Pourquoi as-tu peur de moi ? »Nadia lui lança un regard.« Tu m’as entraînée dans un mariage que je n’ai jamais voulu. »« Je ne t’ai pas entraînée. »« Tu as payé l’opération de ma mère avant de me demander de t’épouser. »« Tu as quand même signé le contrat. »« Parce que je n’avais pas le choix. »Sa voix était plus basse cette fois. Damien la regarda un instant. Il s’était attendu à ce qu’elle se dispute, mais quelque chose dans sa façon de le dire le fit s’arrêter.« Tu as raison. »Nadia cligna des yeux.Elle s’était attendue à une nouvelle menac

  • LE CONTRACT DE LUCA.    LE MARI QUE JE N'AI JAMAIS VOULU.

    La limousine s’éloigna à toute allure tandis que deux voitures noires les suivaient de près.Nadia s’était plaquée contre le siège, respirant bruyamment, les mains tremblantes. De la terre tachait sa robe de mariée, et ses doigts frémissaient lorsqu’elle toucha sa poitrine.Quelqu’un avait tiré sur eux. Non… quelqu’un avait tiré sur elle. Elle l’avait vu. L’un des hommes avait pointé son arme directement dans sa direction. Elle se tourna vers Damien.Il était assis calmement à côté d’elle, le dos contre le siège, les yeux fixés devant lui, comme s’ils venaient de quitter un mariage ordinaire.« Ça va ? »Il ne dit rien.« Damien ? »Il ne la regarda pas. Sa voix devint tremblante.« Quelqu’un vient d’essayer de nous tuer. »Silence.Sa mâchoire se crispa légèrement, mais il ne dit toujours rien. À la place, il sortit son téléphone et se mit à lire ses messages.Nadia le fixa, incrédule.« Tu ne vas vraiment rien dire ? »Damien finit par la regarder, mais ses yeux étaient froids. Nadi

  • LE CONTRACT DE LUCA.    VŒUX ET VENDETTA.

    Nadia s’éveilla au son du vent du matin. Pendant quelques secondes, elle ne bougea pas. Elle fixa le plafond inconnu au-dessus d’elle, essayant de se souvenir où elle se trouvait, puis tout lui revint.Damien. Le contrat. Et sa signature.C’était aujourd’hui son jour de mariage, et les préparatifs avaient déjà commencé. Deux domestiques circulaient dans la pièce, rangeant et nettoyant sans presque parler.Elle entendit Moretti entrer. On le lui avait présenté la veille, mais elle savait qu’il n’était pas qu’un simple majordome.Toujours face au miroir, elle demanda :« Pourquoi êtes-vous gentil avec moi ? »Il répondit immédiatement.« Parce que quelqu’un doit l’être. Venez, Mademoiselle Bennett. »« Attendez. »Moretti s’arrêta.« Ma mère sera-t-elle là ? »Son expression changea légèrement.« Et Ethan ? »Il garda le silence un instant. La poitrine de Nadia se serra.« C’est ma famille. Je ne veux pas me marier sans eux. »« Ils sont en sécurité. »« Ce n’est pas ce que j’ai demandé

  • LE CONTRACT DE LUCA.    LE CONTRACT DE MARIAGE.

    Damien tira les stores de son bureau et s’assit de l’autre côté du bureau noir, faisant tourner un stylo entre ses doigts. C’était devenu son geste préféré. La tasse de café noir apportée plus tôt était posée sur la table, intacte.Il avait relu le dossier de Nadia plus d’une fois, mais lire sur quelqu’un n’était pas la même chose que de la rencontrer. Il voulait voir qui elle était vraiment.Un léger coup retentit à la porte, qui s’ouvrit en grinçant. Nadia entra dans le bureau en rajustant son écharpe sur ses épaules. Elle se demanda pourquoi la pièce était si sombre.Un instant, elle s’arrêta, laissant ses pensées tourner. Alors c’était lui. Le propriétaire de l’académie. L’homme dont on parlait à voix basse.Damien ne dit rien. Il continua de faire tourner le stylo tout en la regardant droit dans les yeux, exactement comme il l’avait fait depuis le toit.Il prit une cigarette et la plaça entre ses lèvres. Nadia le fixait.« Le briquet. »Nadia le regarda, la peur dans les yeux, en

  • LE CONTRACT DE LUCA.    L’HOMME SUR LE TOIT.

    J’avais trois jours pour sauver ma mère, et un seul tableau pour y parvenir.Je marchais sous la pluie, un tableau dans les bras, en espérant qu’un groupe d’inconnus le trouverait assez bon pour la sauver. Si les juges me refusaient aujourd’hui, je ne savais pas ce que je ferais ensuite.L’Académie De Luca se dressait derrière d’énormes grilles noires, et j’ai dû légèrement lever la tête pour embrasser le bâtiment du regard. Les murs étaient en pierre sombre, percés d’immenses fenêtres de verre qui reflétaient le ciel gris. Tout semblait propre et cher, des poignées d’argent des portes d’entrée aux voitures noires parfaitement alignées dehors. Même les gens qui circulaient près de l’entrée se déplaçaient comme s’ils appartenaient à cet endroit.Leurs vêtements étaient impeccables, leurs chaussures cirées, et la plupart d’entre eux avaient l’air de n’avoir jamais eu à réfléchir deux fois avant de dépenser de l’argent. J’ai baissé les yeux vers ma robe. Elle était délavée, usée, un peu

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status