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CHAPITRE 3 — LE SOUFFLE DU NÉANT 3

作者: L'invincible
last update 公開日: 2026-10-19 18:22:23

Ma nuque se dénoue d'un rien puis se bloque aussitôt. À l'intérieur, le rire recommence et je ne me débats plus contre lui. Je le laisse arriver à l'endroit où il me prend — ce tout petit endroit sous le sternum. Je serre les dents et je reste assis. Il peut prendre cet endroit. Pas mes mains. Pas mon souffle. Pas le téléphone. Pas le jour qui s'affiche. Je veux tout jeter contre le mur ; je veux vérifier si les choses cassent de la même manière dans cette vie. Je ne bouge pas. La colère n'a pas encore assez de force pour devenir un geste. Elle est lourde. Elle reste dans le ventre avec le reste.

J'abaisse enfin l'écran, sans l'éteindre. Je regarde le plafond, puis le sol, puis mes genoux. Je reviens au présent par petites surfaces : on fait avec ce qui tient — une peau sans plaie, un pied au sol, un souffle après le souffle. Je voudrais pouvoir me dire que je suis sauvé et me coucher dans ce mot. Mais le nombre attend. Il ne diminue pas parce que je détourne les yeux. Il y a la morsure d'un côté et le jour de l'autre. Entre les deux, toute cette place — toute cette place dont je ne sais pas quoi faire. Je la sens dans mes poumons à chaque inspiration. Elle est presque trop grande pour moi. Quatre fois le calcul, et ce même vide à remplir.

Je soulève le téléphone une dernière fois. Je lis. Je ne recommence pas. Je garde le nombre. Je le laisse peser jusqu'à ce que mon dos cesse de chercher à fuir. Je ne suis pas sorti de la mort ; je suis assis avant elle. Je n'ai pas la moindre idée de la différence, et pourtant mon corps la sait. Mes mains descendent de ma gorge. Mes doigts s'écartent. Je prends enfin un peu d'air sans le voler.

Il me reste quatre-vingt-dix jours avant l'apocalypse.

— Adam.

Le cahier ne s'ouvre pas à plat ; il veut se refermer et je lui écrase le dos avec la paume. Ce petit refus de carton me donne envie de le déchirer. Je ne le déchire pas. Je garde la main dessus jusqu'à ce que les pages cessent de remonter. Le papier est blanc — pas tout à fait blanc, un blanc qui tire sur le gris là où mon poignet fait de l'ombre. Je prends le stylo et je ne trace rien. Ma main reste suspendue. J'ai ce qu'il faut devant moi : le cahier, le stylo, le temps — surtout le temps. Et je n'arrive pas à commencer. Il y a trop de choses pour une première ligne, trop de façons de mettre la fin du monde sur une feuille et de la rendre ridicule. Si je commence par un nom, tout ressemble à une lettre. Si je commence par un lieu, cela peut encore être une adresse, une sortie, quelque chose qu'on choisit. Je ne choisis rien de ce qui me remplit la tête. Je veux seulement le faire passer de l'autre côté de ma peau.

Je pose la pointe. Elle laisse une marque sans former de lettre — une petite piqûre noire. Je la regarde s'élargir à peine et je déplace enfin la main. J'écris le nombre de jours qui restent, en toutes lettres. Je prends assez de place pour ne pas pouvoir faire semblant de ne pas le lire. Ma main force sur le papier ; je sens les fibres sous la pointe. Je m'arrête au bout de la ligne et je relis. Le nombre n'a pas moins de poids ici. Il en a plus. Il appartient maintenant à une chose que je peux laisser sur une table. Quelqu'un peut le lire — moi demain, moi dans une heure. Il me faut une preuve pour cet autre moi qui va peut-être vouloir dormir, oublier la sueur, trouver une explication assez douce pour retourner dans sa vie.

Je penche la tête. Ma gorge tire. Je n'ai pas besoin de la toucher ; elle est entière. Le cahier ne l'est plus : une page blanche de moins, un endroit où je ne peux plus revenir. Je trace sous le nombre une ligne de mots plutôt qu'un trait. Les dates d'abord — pas les raisons. Les raisons ne me nourrissent pas et ne retiennent pas une porte. Je commence par ce qui arrive, ce que je sais, ce que je crois savoir. Ma main veut courir ; je la retiens. Je refuse de mettre une certitude là où il n'y a qu'une peur bien habillée. Cette vie m'appartient à peine et je cherche déjà à lui faire signer des papiers.

Je souffle par le nez. Le stylo grince. J'inscris le jour de la rupture — le début, le moment où le monde ne tient plus son rôle de monde. Je ne cherche pas un beau nom. Je veux une date lisible, je veux pouvoir la retrouver même quand je tremble. Les chiffres se serrent les uns contre les autres. Je laisse une marge. J'en ai besoin — pas pour faire joli, pour revenir, corriger, voir ce qui manque sans couvrir ce qui est là. Je me surprends à penser à la place qui reste sur le papier et cela me fait froid : une marge à la fin de tout. J'en suis là. Je règle la fin du monde comme un devoir que personne ne va ramasser.

Je mets la paume sur la page ; le bord me gratte la peau. J'écris encore. Le rythme de la pointe fait un bruit de pas très fins ; il passe sous ma respiration et je m'y cale — un mot, l'air qui sort ; un autre, l'air qui rentre. Ma main trouve une vitesse que mon corps peut suivre. Je n'ai plus besoin de me dire de respirer. Je n'ai plus besoin de tenir ma gorge. Il y a ce bruit qui me garde assis.

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