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Ce Que La Boîte Contient

Author: Mafiel
last update publish date: 2025-12-15 19:51:06

La nuit avait été blanche.

Un léger brouillard flottait toujours au-dessus du lac, pareil à un air doux collé à la surface.

Dans la maison, tout était calme.

Camille a marché doucement vers la cuisine, elle a mis en route la bouilloire, mais n’attendit pas qu’elle sifflé.

Elle fixa la table, là où traînait toujours l’écrin en bois, légèrement ouvert, pareil à une blessure au milieu du décor.

Elle s’assit, tira la boîte vers elle, et sortit son contenu avec précaution. Des photos, puis des lettres froissées, aussi un cahier d’écolier habillé de tissu bleu fané.

Son nom apparaît griffonné, presque timide : Camille D.

Elle l’ouvrit.

Les premières pages étaient remplies de dessins naïfs — des maisons, des arbres, un grand cercle qui ressemblait à un soleil.

Mais en avançant dans les pages, les lignes devenaient tendues, presque lourdes.

Les maisons voyaient leurs toitures s’envoler, les arbres se tordaient dans tous les sens, puis au bout d’un moment, tout n’était que inondation.

De l’eau partout.

Une gamine se tenait là, les mains en avant, plantée au centre.

Sous le croquis final, une ligne tracée par une gamine, avec des caractères inclinés :

« Elle a dit : "Ne me suis pas". Pourtant j’y suis allé quand même. »

Camille avait la chair de poule sur les bras.

Elle a relu le texte encore et encore, on aurait dit qu’elle cherchait un sens caché.

Mais non.

C'était bien son style d'écriture, celui qu'elle avait petit.

Elle n’avait aucun doute là-dessus.

Puis cette parole – « Elle m’a dit de ne pas la suivre. » tournait dans sa tête, pareille à un air oublié qu’on sent mais qu’on ne situe pas.

Louise poussa la porte, sa robe de chambre mal fermée traînant derrière elle.

- Tu n'es pas resté au lit, Tu n’as pas dormi, toi non plus, remarqua-t-elle tout bas.

Camille a fermé le cahier.

- Tu en étais au courant, pour ça ?

- Ta mère me l’avait montrée un jour. Elle a dit que t'avais commencé ces croquis juste après ta chute.

- T’as jamais trouvé ça bizarre ?

- Oui, bien sûr. Mais ta maman ne voulait pas en discuter. Selon elle, c’était « l’eau qui parlait à ta place ».

Camille a levé les sourcils.

- L’eau ?

- Oui. Elle croyait à ces choses-là, tu le sais. Elle disait que le lac gardait la mémoire de ce qu’il avait vu.

Louise esquisse un petit sourire, presque pour adoucir ce qu’elle venait de dire.

- Tu veux un peu de café ?

Mais Camille resta silencieuse.

Elle a rouvert la boîte, puis les papiers, elle est tombée sur une photo jamais vue avant.

Elles étaient là près de l’eau – reconnaissable à sa tresse et à ses bottes, et une autre fille, un peu plus jeune, tenant une peluche.

Leur regard se posait sur le rivage.

Derrière elles, une silhouette d’adulte, floue, presque effacée.

- Elle est où cette gamine ? demanda Camille.

Louise se figea.

Laquelle ?

Camille lui tend la photo.

Louise s'en empare, fronça les sourcils, devint blême.

- Je ne la connaissais pas, fit-elle tout bas.

Elle ne dit rien pendant un bon bout de temps, les yeux rivés sur la photo.

Puis elle murmura tout doux

- C’était probablement… non, ça n’a pas de sens.

- Dis-le.

- Une copine, qui sait ? Ma mère s’occupait parfois de gamins du coin.

Mais en la voyant serrer la mâchoire, Camille devint que Louise racontait des bêtises.

Peu après, elle eut envie de monter au grenier.

Elle gardait un vague souvenir des après-midi passés, gamine, à traîner là-bas au milieu de vieilles armoires. Pourtant, tout semblait flou maintenant.

Le battant a craqué, la poudre s'est levée au travers du rai lumineux.

Elle grimpa doucement, le souffle court.

L'odeur du bois brûlé mêlée à des souvenirs flottait dans l'air.

Là-haut, il y avait des coffres empilés, avec quelques cadres à côté ; dessous, des trucs cachés sous des tissus usés.

Et, dans un coin, un carton portant l’étiquette “Années 1990”.

Elle l’ouvrit.

Des papiers, puis un cahier ouvert. Des photos anciennes traînent là.

Parmi celles-ci, plusieurs négatifs emballés avec précaution dans du papier fin.

Elle les a mis sous la lumière – des formes près de l’eau, une petite embarcation, un bout de pierre.

Et sur l’un des clichés, la même petite fille que sur la photo — avec elle.

Mais ici, seule.

Sur la plage, debout.

Elle regarde droit dans la caméra, son visage face à l’objectif.

Un air qui restait gravé.

En bas, Louise a crié son nom.

Sa voix hésitait un peu.

- Camille ? Le téléphone… c’est pour toi.

- Qui ?

- Je crois que c’est… ton père.

La peur s'empare de Camille.

Depuis bien longtemps, elle ne l’avait pas écouté - ça faisait plus de quinze ans.

Elle est descendue doucement, puis a saisi le téléphone.

Une respiration à l’oreille, ensuite un ton bas, usé

- Camille… j’ai appris que tu étais revenue.

Un silence.

- Tu n’aurais pas dû ouvrir cette boîte.

Un frisson lui glaça la nuque soudain.

- Au fait, tu étais au courant ?

Oui. Après tout, inutile de trop réfléchir là-dessus.

- Pourquoi ?

- Puisque des fois, dire ce qui est vrai fait trop mal.

La ligne coupa.

Camille est restée sans bouger, le téléphone collé à l'oreille.

Dehors, la brume grimpait de nouveau vers le lac, cachant peu à peu les berges.

Elle a senti qu’un truc, ici, allait bientôt apparaître - contre leur volonté.

À partir de maintenant, elle ne pourrait plus reculer.

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