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Chapitre 12 – Le baiser du maître

Author: Déesse
last update publish date: 2026-06-09 16:58:17

La liberté, c'est un mot de riches, un mot de ceux qui n'ont jamais compté leurs centimes pour un paquet de pâtes, un mot de ceux qui n'ont jamais vu leur mère dépérir sur un lit d'hôpital parce que les soins coûtent trop cher, un mot de ceux qui n'ont jamais dû choisir entre leur dignité et la vie de quelqu'un qu'ils aiment.

Alors oui, j'ai choisi, j'ai signé, j'ai dit oui, j'ai tendu mon cou pour le collier, j'ai écarté les jambes pour les caresses, j'ai compté les coups en disant merci, et je le referais, je le referais cent fois, je le referais mille fois, parce que ma mère est vivante, parce que les premiers dix mille euros arriveront bientôt, parce que la chimiothérapie commencera, parce que l'espoir existe, même s'il porte un collier d'acier.

La porte s'ouvre, Victoria entre sans bruit, elle a changé de tenue, elle porte un pantalon noir et une chemise blanche, ses cheveux sont attachés en queue de cheval, elle a l'air plus jeune, plus accessible, presque normale, mais ses yeux gris sont les mêmes, des yeux qui ne clignent presque jamais, des yeux qui voient tout, qui lisent tout, qui percent tout.

— Tu n'as pas bougé, dit-elle en s'approchant du lit, c'est bien, je suis fière de toi, tu as résisté à la tentation de te toucher, à la tentation de finir ce que j'ai commencé, à la tentation de désobéir.

— Merci, madame, dis-je, et ma voix est rauque, enrouée par les pleurs et les gémissements retenus.

Elle s'assoit sur le bord du lit, sa main se pose sur mon ventre, chaude et ferme, et elle dit :

— Maintenant, tu vas te lever, tu vas te mettre debout devant moi, et tu vas recevoir ton premier baiser.

Je me lève lentement, mes jambes sont faibles, mes fesses me lancent, mon sexe est encore humide, et je me tiens devant elle, nue, offerte, tremblante, et elle se lève aussi, elle se tient face à moi, si proche que je sens son souffle sur mes lèvres, son parfum de vanille et de cuir qui m'enveloppe, ses yeux gris qui plongent dans les miens.

— Un baiser, Maya, dit-elle en posant ses mains sur mes épaules, c'est la chose la plus intime qui soit, plus intime que le sexe, plus intime que la nudité, plus intime que tout, parce que quand on embrasse quelqu'un, on lui donne son souffle, on lui donne sa salive, on lui donne une partie de sa vie.

Ses mains remontent de mes épaules à mon cou, ses doigts trouvent le collier, le caressent, et elle attire mon visage vers le sien, lentement, très lentement, comme si elle voulait que chaque milliseconde dure une éternité.

— Et ce baiser, poursuit-elle, ses lèvres à quelques millimètres des miennes, ce n'est pas un baiser d'amour, ce n'est pas un baiser de tendresse, ce n'est pas un baiser de désir, c'est un baiser de possession, c'est le sceau sur le contrat, c'est la signature dans la chair, c'est la preuve que tu m'appartiens.

Ses lèvres touchent les miennes, et c'est comme une décharge électrique, comme un coup de foudre, comme une révélation.

Le baiser est brutal, ses lèvres sont dures contre les miennes, sa langue force le passage sans demander la permission, elle s'enfonce dans ma bouche, elle explore, elle prend, elle possède, et je ne peux rien faire d'autre que recevoir, que me laisser envahir, que m'abandonner à cette intrusion qui n'en est pas une parce que j'ai signé, parce que j'ai consenti, parce que je veux ce baiser depuis le premier regard, depuis la première seconde, depuis le premier ordre.

Ses mains quittent mon cou, elles descendent dans mon dos, elles attrapent mes fesses, ses doigts s'enfoncent dans ma chair encore brûlante, et je gémis dans sa bouche, un gémissement de douleur et de plaisir mêlés, un gémissement que je ne peux pas retenir, que je ne veux pas retenir.

Elle mord ma lèvre inférieure, une petite morsure, juste assez pour que je sente ses dents, juste assez pour que je goûte mon propre sang, un goût de fer et de sel qui se mêle au goût de sa salive, et puis elle recule, elle rompt le baiser, elle me regarde, et je vois dans ses yeux quelque chose que je n'avais jamais vu avant, quelque chose qui ressemble à de la faim, une faim immense, une faim qui ne sera jamais rassasiée.

— C'était mon premier baiser, Maya, dit-elle, et sa voix est plus basse que d'habitude, plus rauque, plus animale, et ce sera ton seul baiser, le seul que tu recevras de moi, le seul dont tu te souviendras toute ta vie, parce que chaque baiser dilue le précédent, et je ne veux pas que ce baiser soit dilué, je veux qu'il reste pur, intact, gravé dans ta mémoire comme mon nom est gravé dans ton cou.

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