LOGINMais cette fois, j'ai peur. Plus peur que jamais. Parce que cette fois, ce n'est pas seulement moi qui suis menacée. C'est le Cercle tout entier, c'est Léna, c'est Marcus, c'est tous ceux qui m'ont fait confiance et qui risquent de tout perdre à cause de moi.Étienne a gagné. Il a réussi à ébranler les fondations de mon royaume, à semer la discorde parmi mes disciples, à transformer mon refuge en cible médiatique. Et ce n'est que le début. Je le connais, je sais qu'il ne s'arrêtera pas là. Il veut me récupérer, me posséder, me détruire. Et il ne reculera devant rien pour y parvenir.La nuit tombe sur Paris, lourde et menaçante. Je reste dans mon bureau, seule, à écouter le silence du Cercle, à guetter les bruits de pas dans les couloirs, à attendre le prochain coup qui ne manquera pas de venir.Et il vient. Plus tôt que je ne le pensais. Plus violemment que je ne le craignais.DamianaC'est au petit matin que la police débarque.
L'après-midi, une réunion d'urgence est convoquée dans la grande salle de cérémonie. Tous les membres présents sont invités à y participer, tous ceux qui n'ont pas fui, tous ceux qui sont restés fidèles malgré le scandale. Ils sont une cinquantaine, rassemblés en demi-cercle autour de l'estrade où je me tiens, le visage grave, les regards inquiets ou accusateurs.Léna et Marcus sont à mes côtés. Léna est pâle, les yeux cernés, les traits tirés par la culpabilité et le manque de sommeil. Marcus est tendu, les poings serrés, le regard acéré, prêt à défendre le Cercle contre quiconque oserait s'en prendre à nous.— Mes amis, dis-je d'une voix forte qui résonne dans le silence de la salle. Vous avez tous lu l'article du Parisien Libéré. Vous avez tous entendu les enregistrements, vous avez tous vu les accusations portées contre le Cercle et contre moi-même. Je ne vais pas vous mentir, la situation est grave. Très grave. Mais je veux que vous sachiez une chose : le
DamianaLa nouvelle éclate un mardi matin, alors que le soleil se lève à peine sur Paris. Je suis dans mes appartements, assise près de la fenêtre, un bol de thé à la main, quand Marcus fait irruption dans la chambre, le visage décomposé, un journal froissé dans la main.— Damiana, dit-il d'une voix étranglée. Regardez.Il me tend le journal. Je le prends, je le déplie, et je vois le titre, énorme, en première page, sur toute la largeur de la une.« LE SCANDALE DU CERCLE : UN RÉSEAU DE PERVERSION AU CŒUR DE PARIS »En dessous, un sous-titre, plus petit mais tout aussi dévastateur.« Les révélations exclusives de Léna Deschamps, la journaliste qui a infiltré le club clandestin de Damiana Moreau. »Je sens mon cœur s'arrêter de battre. Mes mains se mettent à trembler, si fort que je renverse un peu de thé sur ma robe de chambre, sans même m'en rendre compte. Je lis l'article, je le dévore, je le parcours avec une
Damiana s'approche de moi, me prend dans ses bras, me serre contre elle de toutes ses forces. Elle pleure, je le sens à ses épaules qui tremblent, à son souffle qui saccade contre mon cou. — Pardonne-moi, murmure-t-elle. Pardonne-moi de t'avoir entraînée dans tout cela. Pardonne-moi de t'avoir coûté ta carrière, ta réputation, ta vie. — Je ne regrette rien, Damiana. Rien. Si c'était à refaire, je le referais. Sans hésitation. Marcus nous rejoint, nous enlace toutes les deux, nous serre contre sa poitrine puissante. — Tu es libre, maintenant, dit-il. Libre de ce métier, libre de cette vie, libre de tout. Tu peux recommencer à zéro, devenir qui tu veux, faire ce que tu veux. — Je veux rester avec vous, dis-je. Je veux vivre avec vous, au Cercle, pour toujours. C'est tout ce que je veux. — Alors tu l'auras, dit Damiana en relevant la tête, les yeux rougis mais le regard déterminé. Tu l'
Martin Chaville nous observe en silence, les sourcils froncés, les lèvres pincées. Puis il hausse les épaules, comme s'il se désintéressait soudain de la conversation, comme si notre drame personnel n'était qu'un détail insignifiant dans la grande machine du journalisme.— Très bien, dit-il. Si tu veux te renier toi-même, libre à toi. Mais sache une chose, Léna. Si tu fais cette déclaration, tu ne travailleras plus jamais dans le journalisme. Aucune rédaction ne voudra d'une journaliste qui a avoué publiquement avoir menti, avoir inventé des accusations, avoir trahi la déontologie de la profession. Tu seras finie, grillée, morte professionnellement.— Je sais, Martin. Je sais tout cela. Mais je n'ai pas le choix.— Tu as toujours le choix, Léna. Tu choisis simplement de te sacrifier pour des gens qui ne le méritent peut-être pas.— Ils le méritent, dis-je en regardant Damiana et Marcus. Ils le méritent plus que tout au monde.Martin
Nous prenons place sur les chaises disposées devant le bureau. Damiana s'assoit avec une grâce étudiée, le dos droit, les mains posées sur les genoux. Marcus reste debout derrière elle, les bras croisés, le visage fermé.— Monsieur Chaville, commence Damiana d'une voix calme et posée, je suis venue vous parler d'Étienne Moreau. L'homme qui vous a envoyé ces documents. L'homme qui veut détruire le Cercle et me détruire avec lui.— Étienne Moreau, le député ? s'étonne Martin. Quel rapport avec cette affaire ?— Étienne Moreau est mon ex-mari. Pendant dix ans, il m'a battue, humiliée, violée. Il m'a brisé les os, il m'a enfermée dans une cave, il m'a traitée comme un animal. J'ai fui il y a vingt ans, j'ai changé de nom, j'ai refait ma vie. Et maintenant, il m'a retrouvée, et il veut me récupérer. Ces documents, ces enregistrements, il les a volés dans mon coffre personnel. Il les a envoyés à votre rédaction pour se venger de moi, parce que j'ai refusé d
Maya— La première clause, Maya, est la clause de silence, dit Victoria en se levant et en faisant le tour de son bureau, ses talons claquent sur le parquet comme des secondes qui s'égrènent dans un compte à rebours inexorable, et elle s'arrête devant moi, si proche que je peux sentir son parfum, u
MayaJe ne sais pas quelle heure il est, peut-être trois heures du matin, peut-être quatre, peut-être une heure qui n'existe pas, une heure inventée par l'insomnie pour me torturer.Le parquet a cessé d'être froid, il est juste dur, minéral, implacable, et mes hanches commencent à me faire mal, une
MayaSa maison est immense, une façade haussmannienne avec des fenêtres hautes comme des portes d'église, des balcons en fer forgé, un digicode avec des chiffres qui brillent dans la lumière grise du soir, et je sonne avec un doigt qui tremble.Une femme de ménage m'ouvre, une femme brune sans âge,
MayaLa signature a lieu dans son bureau, et Victoria a sorti une plume, une vraie plume, pas un stylo banal, avec une plume d'oie blanche comme neige et de l'encre noire dans un petit encrier de cristal taillé qui doit valoir plus que tout ce que j'ai possédé dans ma vie.— Parce que c'est plus sy







