LOGINIl s’assit à côté d’elle sur le banc, Ève toujours endormie contre lui. Le tournoi continuait, les cris des enfants résonnaient sur le terrain, le soleil de juin déclinait doucement derrière les immeubles.« On rentre ? demanda-t-il.— Oui. On rentre. »Elle se leva, lissa sa robe, et ils remontèrent ensemble l’allée qui menait à la sortie. Elle tenait la main de Serge, et lui portait leur fille endormie contre son épaule. Ils ne parlaient pas, mais ils n’en avaient pas besoin. Le silence entre eux était plein, habité, vivant.Derrière eux, le tournoi continuait. Markis était quelque part sur le terrain, en train d’arbitrer un match ou de consoler un enfant qui avait perdu. Il ne les regardait pas partir. Il ne savait même pas qu’ils étaient déjà loin.Et c’était mieux ainsi. Pour tout le monde.***Le tournoi s’achevait. Les derniers matchs avaient été joués, les récompenses distribuées, les stands démontés. Les familles quittaient le terrain par petits groupes, les enfants fatigués
Markis comprit que c’était tout ce qu’il obtiendrait. Il ne demanda rien de plus. Il se leva lentement, lissa son pantalon du plat de la main, et resta une seconde debout, hésitant.« Merci pour le partenariat. Pour le tournoi. Pour tout. »Lylie hocha la tête, sans le regarder.« C’est pour les enfants. »« Je sais. »Il tourna les talons et s’éloigna, les mains toujours dans les poches, le dos un peu voûté. Il ne se retourna pas. Il ne chercha pas son regard. Il savait que c’était fini. Que cette conversation, la première et la dernière depuis des années, était tout ce qu’il aurait jamais.Lylie resta seule sur le banc, les yeux fixés sur le terrain. Elle pensait à ce qu’il avait dit, à ce qu’il n’avait pas dit, à ce que ce moment signifiait. Rien de plus, sans doute, qu’une trêve entre deux anciens ennemis. Rien de plus qu’un constat : le temps avait passé, les blessures s’étaient refermées, et la vie avait continué.***Serge avait tout vu. Depuis le stand de glaces, pendant qu’Èv
Elle ne le rappela pas. Elle ne le remercia pas. Elle prit la main d’Ève, sourit à Serge, et ils s’éloignèrent tous les trois vers les stands de nourriture.La vie continuait. Le tournoi continuait. Et ce regard échangé, ce bref instant suspendu, s’effaça doucement dans le bruit et la fureur du jeu.Ce fut la dernière fois que Lylie regarda Markis. Vraiment. Après cela, il n’y eut plus que des réunions professionnelles, des poignées de main polies, des échanges de courriels. Rien de personnel. Rien d’intime.Elle avait détourné les yeux la première. Et en faisant cela, elle avait définitivement refermé la porte. Sans la claquer. Sans se retourner. En paix.***Le tournoi se poursuivit tout l’après-midi. Les plus grands avaient pris possession du terrain, et les matchs s’enchaînaient dans une ambiance bon enfant, ponctuée par les commentaires enthousiastes du speaker bénévole et les applaudissements des familles. Lylie était restée, contrairement à ce qu’elle avait prévu. Elle s’était
Le tournoi des tout-petits touchait à sa fin. Les enfants étaient fatigués, les joues rouges, les maillots trempés de sueur, mais aucun ne voulait s’arrêter. Ils continuaient de courir, de tomber, de se relever, dans un chaos joyeux que les parents suivaient depuis les gradins avec des cris d’encouragement et des éclats de rire.Ève n’avait pas marqué. Elle avait couru, poussé le ballon, frôlé le but une fois ou deux, mais le ballon refusait d’entrer. Elle ne se décourageait pas pour autant. Elle continuait de courir, les sourcils froncés, la langue tirée entre les dents, avec cette détermination farouche qu’elle tenait de Serge.Il restait deux minutes au chronomètre quand le miracle se produisit.Un petit garçon maladroit tira dans le mauvais sens, et le ballon roula doucement vers les pieds d’Ève. Elle le regarda arriver, les yeux écarquillés, comme si elle n’en croyait pas sa chance. Puis elle arma son pied, ferma les yeux, et frappa de toutes ses forces.Le ballon décolla du sol,
Markis se tenait sur le bord du terrain, un chronomètre à la main, officiant comme arbitre bénévole pour cette catégorie. Il regardait les enfants courir avec un sourire attendri. Il aimait cette partie du tournoi, la plus innocente, la plus pure. Les tout-petits ne jouaient pas pour gagner. Ils jouaient pour le plaisir, pour le mouvement, pour la joie de taper dans un ballon.Et puis son regard tomba sur une petite fille au maillot trop grand, aux cheveux bruns qui s’échappaient d’une couette mal faite. Elle courait après le ballon avec une détermination féroce, tombait, se relevait, repartait de plus belle. Elle avait les yeux de Lylie.Markis sentit quelque chose se briser en lui.Ce n’était pas une douleur vive, ni une tristesse profonde. C’était autre chose. Une fissure minuscule, presque imperceptible, dans l’armure qu’il s’était forgée depuis des années. Cette petite fille, c’était Ève. La fille de Lylie et de Serge. L’enfant qui aurait pu être le sien, s’il n’avait pas tout gâ
La porte se referma derrière lui, et le silence retomba dans la salle de conférence. Lylie resta seule un moment, les yeux dans le vague. Puis elle se leva à son tour, prit son sac, et sortit.Dehors, le soleil de juin brillait sur les façades haussmanniennes. La vie continuait, indifférente à ce qui venait de se passer — ou à ce qui ne s’était pas passé. Lylie marcha jusqu’à sa voiture, s’assit derrière le volant, et resta quelques minutes sans démarrer.Elle pensait à ce qu’elle avait ressenti. Pas de colère. Pas de tristesse. Pas de nostalgie. Juste une étrange sensation, comme lorsqu’on croise un ancien camarade de classe qu’on n’a pas vu depuis vingt ans et qu’on ne reconnaît qu’à moitié. L’homme qui était assis en face d’elle ce matin-là n’était plus le Markis qu’elle avait aimé, ni celui qui l’avait trahie. C’était un autre homme. Un homme qu’elle ne connaissait pas vraiment, et qu’elle n’avait pas envie de connaître.Elle démarra, quitta le parking, et rentra chez elle. Serge
Lylie sentit ses joues chauffer. Elle eut envie de baisser les yeux, évidemment. C’était son réflexe depuis vingt-deux ans : détourner le regard la première, s’effacer avant qu’on ne l’efface. Mais elle se força à tenir. Une seconde. Deux. Trois. Le type ne cillait pas. Il ne souriait pas non plus.
Ce soir-là, elle portait une robe bleu nuit que sa mère avait fait livrer sans lui demander son avis. La robe était splendide. Trop splendide. Lylie s’était plantée devant le miroir de sa chambre pendant une heure, à s’exercer à tenir un verre sans coincer la pochette sous son bras, à marcher sans
Clara fut là. Elle avait anticipé. Pas de discours, pas de « je te tiens ». Juste ses bras autour de Lylie, et sa pommette contre le crâne de Lylie, et le tissu du chemisier qui grattait un peu la joue. Le bouton qui pendait ballottait contre l’oreille de Lylie. Elle sentit le parfum de Clara, cett
Justine travaillait dans une blanchisserie industrielle. Elle partait à cinq heures du matin, rentrait à sept heures du soir, les mains rougies par les produits chimiques et le dos courbé par des années passées à porter des sacs de linge trop lourds. Elle ne se plaignait jamais. Elle disait à Markis







