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La nuit où j'ai épousé un inconnu
La nuit où j'ai épousé un inconnu
Author: Darkness

CHAPITRE 1 — LE RÉVEIL

Author: Darkness
last update publish date: 2026-09-22 20:52:53

Emma

La lumière me transperce les paupières avant même que j'ouvre les yeux. Une lumière blanche, agressive, qui ne ressemble à rien de ce que je connais. Pas la lumière douce de ma chambre à Paris. Pas la lumière grise de San Francisco. Quelque chose de clinique, d'artificiel, de brutal.

J'essaie de bouger. Mon corps entier proteste. Ma tête pulse comme si quelqu'un frappait l'intérieur de mon crâne avec un marteau. Ma bouche est sèche. Pâteuse. Un goût métallique sur la langue. Je reconnais cette sensation. J'ai trop bu. Beaucoup trop bu. Mais ce n'est pas juste la gueule de bois. C'est pire. C'est un trou. Un vide. Un blanc total.

J'ouvre les yeux. Péniblement. La chambre est immense. Plafond haut. Murs gris anthracite. Baies vitrées qui donnent sur une ville que je ne reconnais pas. Las Vegas. Je le sais sans savoir comment. Les lumières, les néons, les buildings démesurés. Vegas. Qu'est-ce que je fous à Vegas ?

Je tourne la tête. Lentement. Doucement. Et je le vois.

Un homme. Torse nu. Profondément endormi. À côté de moi. Dans le même lit. Le drap a glissé sur ses hanches. Sa peau est mate. Ses épaules larges. Des muscles dessinés, pas ceux d'un homme qui passe sa vie dans une salle de sport, plutôt ceux d'un homme qui a construit son corps par nécessité. Une cicatrice fine barre son flanc gauche. Un tatouage discret sur l'omoplate droite. Je ne devrais pas regarder. Je ne devrais pas laisser mes yeux descendre le long de son dos. Mais je le fais. Et mon corps réagit. Une chaleur. Une tension. Quelque chose que je ne comprends pas.

Je ne le connais pas.

Je ne l'ai jamais vu.

Et pourtant, mon corps le reconnaît.

Je me redresse brusquement. Trop vite. Ma tête tourne. Je manque de tomber. Je m'agrippe au bord du lit. Mes mains tremblent. Je regarde autour de moi. La chambre d'hôtel. Luxueuse. Trop luxueuse. Un costume d'homme jeté sur un fauteuil. Ma robe de la veille en tas par terre. Une bouteille de champagne vide sur la table de nuit. Deux verres. Des pétales de rose sur le sol. Des pétales de rose. Sérieusement ?

Et puis je le vois.

Sur ma main gauche. À l'annulaire.

Une bague.

Un diamant. Gros. Trop gros. Une bague que je n'ai jamais vue. Une bague que je n'ai jamais voulue. Une bague qui brille sous la lumière blanche de Vegas comme une accusation.

Mon cœur s'arrête. Puis repart. Trop vite. Trop fort. Je sens le sang battre dans mes tempes. Mes oreilles bourdonnent. Je fixe la bague. Je fixe l'homme. Je fixe la chambre. Je fixe ma vie qui vient de basculer sans que je m'en rende compte.

Qu'est-ce qui s'est passé hier soir ?

Je cherche. Je cherche dans ma mémoire. Je cherche désespérément. Un bar. Des rires. Une voix grave. Des lumières de néon. Un baiser. Non. Rien. Le vide. Un trou noir. Un putain de trou noir.

Je me lève. Mes jambes sont molles. Je manque de tomber. Je m'accroche au mur. Je cherche mes affaires. Mon sac. Mon téléphone. Mes clés. Je trouve mon téléphone dans la poubelle. Dans la poubelle. L'écran est brisé. La carte SIM a été retirée. Retirée. Pas cassée. Retirée. Quelqu'un l'a retirée. Moi ? Lui ? Qui ?

Je trouve ma valise. Dans le coin de la chambre. Faite. En urgence. Des affaires empilées n'importe comment. Des vêtements que je ne me souviens pas avoir emballés. Et au fond. Au fond de la valise. Un lacet de cuir noir. Un masque de satin. Un flacon d'huile de massage. Je ne me souviens pas de les avoir achetés. Je ne me souviens pas de les avoir utilisés. Mais une chaleur monte en moi. Une chaleur que je ne peux pas nier. Une chaleur entre mes cuisses. Je les range précipitamment. Mes mains tremblent.

Un billet d'avion. Pour Vegas. Acheté hier. Hier. La veille. Je suis arrivée hier. Et je me suis mariée hier. Avec un inconnu. Un putain d'inconnu.

Je regarde l'homme. Toujours endormi. Sa respiration est calme. Régulière. Il dort comme un homme qui n'a rien à se reprocher. Comme un homme qui sait ce qu'il fait. Comme un homme qui a l'habitude.

Qui es-tu ?

Je m'approche. Malgré moi. Je m'approche du lit. Je regarde son visage. Ses cheveux bruns. Sa mâchoire carrée. Ses lèvres. Ses lèvres qui ont embrassé les miennes. Je le sais. Je le sens. Mon corps le sait. Mes lèvres le savent. Elles brûlent. Elles se souviennent. Pas moi.

Je tends la main. Je ne sais pas pourquoi. Je veux le toucher. Je veux savoir si c'est réel. Si lui est réel. Si cette nuit est réelle. Ma main tremble. À quelques centimètres de son épaule.

Et il ouvre les yeux.

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