LOGINLEILA
Je ne sais pas combien de temps nous restons ainsi, au milieu de la piscine, nos corps enlacés, nos souffles mêlés, nos regards qui ne se quittent pas.
Le temps a cessé d'exister, ou peut-être qu'il s'est dilaté, étiré, transformé en cette substance élastique et indéfinissable qui caractérise les moments où tout bascule sans qu'on s'en rende compte.
L'eau est chaud
Sa voix est un grondement animal, terrifiant, inhumain. Ce n'est plus Yanis qui parle. Ce n'est plus l'homme qui m'a offert une rose, qui a pleuré dans mes bras, qui m'a murmuré "je t'aime" dans son sommeil.C'est le Serpent. Le prédateur. Le tueur.— Ne touche pas à mes affaires, Leila. Jamais. Tu m'entends ? Jamais.Je le regarde, horrifiée.Je ne vois plus mon mari. Je ne vois plus l'homme que j'aime. Je vois un étranger. Un monstre. Un danger.Et pour la première fois depuis très longtemps, depuis ce jour où j'étais sa captive, depuis ces nuits où je le haïssais, depuis ces moments où je rêvais de le tuer... j'ai peur de lui.Il le lit dans mes yeux.Il voit ma peur, ma terreur, mon recul. Il voit la façon dont je me recroqueville, dont je me replie sur moi-même, dont je cherche à mettre de la dist
LEILAQuand il rentre enfin, le soleil est déjà haut dans le ciel.Il est presque midi. J'ai passé la matinée entière assise au bord du lit, à fixer la porte, à attendre le bruit de ses pas dans l'escalier, à préparer les mots que j'allais lui dire. Des mots de colère, des mots de douleur, des mots de trahison. Des mots qui allaient tout briser, tout détruire, tout réduire en cendres.Je l'entends arriver. Le bruit sourd de la porte d'entrée qui s'ouvre et se referme. Ses pas dans le hall de marbre, lourds, fatigués, traînants. La voix de Matteo qui lui parle à voix basse, des mots que je ne distingue pas mais dont je devine l'urgence au ton employé.Puis ses pas dans l'escalier. Chaque marche qui craque sous son poids est un coup de poignard dans ma poitrine.La porte de la chambre s'ouvre. Il me voit.Et il s'
Je cherche la clé. Dans les autres tiroirs, sous le sous-main en cuir, derrière les livres de la bibliothèque, dans les pots à crayons. Rien.Puis je me souviens. Une nuit, il y a longtemps, ou peut-être pas si longtemps, je l'ai vu glisser une petite clé dans la poche intérieure de sa veste. Mais il y a un double. Il y a toujours un double. Quelque part.Je fouille. Fébrile. Désespérée. Mes doigts tremblent, mes gestes sont saccadés, ma respiration est courte et haletante.Et je trouve. Dans un pot à crayons, au milieu des stylos et des marqueurs, une petite clé argentée, discrète, presque invisible. Elle était là, sous mes yeux, depuis tout ce temps.Mes doigts tremblent en l'introduisant dans la serrure. Le métal froid glisse entre mes doigts, la clé tourne avec un déclic qui résonne dans
Jour après jour. Heure après heure. Regard après regard.Je vois dans ses yeux qu'il ne veut pas me mêler à cette part sombre de son existence. Qu'il veut me préserver, me garder pure, me maintenir dans la lumière pendant qu'il s'enfonce dans les ténèbres. Qu'il croit bien faire, qu'il croit me protéger, qu'il croit que son silence est un bouclier.Mais en m'excluant, il recrée la prison.Une prison de silence et d'inquiétude. Une prison plus terrible encore que la précédente, parce que cette fois, je sais ce qui existe au-delà des murs. Je sais ce que c'est que d'être aimée par lui, de rire avec lui, de jouir dans ses bras, de partager ses secrets et ses peurs. Je sais ce que je perds.Et cette perte est pire que tout.—Une nuit, il ne rentre pas.C'est la première fois depuis que nous somme
LEILAÀ partir de cet instant, Yanis change.Pas d'un coup. Pas de façon spectaculaire. Pas de déclaration solennelle, pas de crise, pas d'explication.Mais insidieusement. Lentement. Progressivement. Comme une marée qui se retire sans qu'on s'en aperçoive, laissant derrière elle des rochers nus et des algues mortes, des épaves échouées et des coquillages vides.Il redevient le Serpent.Distant. Préoccupé. Absent.Le matin, quand je me réveille, il est déjà parti. La place à côté de moi dans le lit est froide, les draps à peine froissés, comme s'il n'avait dormi que quelques heures, comme s'il avait passé le reste de la nuit ailleurs. Dans son bureau, à arpenter les couloirs de la villa, à préparer on ne sait quelle guerre contre on ne sait quel ennemi.Je ne sais
Matteo apparaît sur la terrasse.Il n'était pas là il y a une seconde, et soudain il est là, silhouette sombre et silencieuse qui se découpe dans l'encadrement de la porte-fenêtre. Son visage est impassible, comme toujours. Ses yeux sombres ne trahissent aucune émotion, aucun sentiment, aucune pensée. Mais je le connais maintenant, après toutes ces semaines passées dans cette villa, après tous ces regards échangés, toutes ces présences silencieuses. Et je vois ce que son visage impassible essaie de cacher.Une tension inhabituelle dans sa mâchoire. Une raideur dans ses épaules. Une lueur dans ses yeux, une lueur qui n'était pas là hier, qui n'était pas là avant-hier, qui n'est jamais là quand tout va bien.Il tient une enveloppe à la main.Une enveloppe en papier crème, épaisse,







