Accueil / Mafia / La princesse et le parrain / CHAPITRE 1 : L'ATTERRISSAGE

Partager

La princesse et le parrain
La princesse et le parrain
Auteur: Eternel

CHAPITRE 1 : L'ATTERRISSAGE

Auteur: Eternel
last update Date de publication: 2026-03-14 17:22:41

LEILA

L'avion amorce sa descente vers Marseille et mon estomac se noue comme un poing.

Par le hublot, je vois la Méditerranée s'étendre en dessous de moi, bleue, éternelle, indifférente. Les vagues crèvent contre les rochers blancs des calanques, jettent leur écume dans l'air salé. La côte défile  les criques cachées où je me baignais enfant, les pins parasols qui montent vers le ciel, les villages accrochés aux collines comme des nids d'aigles. Puis les immeubles, les toits ocre, les ruelles étroites que j'ai parcourues en cachette, les places où j'ai joué, les églises où j'ai prié pour une vie différente.

Tout est là. Familier. Étranger.

Comme si j'avais rêvé cette ville pendant deux ans et qu'elle me révélait soudain sa vraie nature, débarrassée du voile de l'enfance, de l'insouciance, de l'ignorance.

Plus crue. Plus dure. Plus dangereuse.

L'hôtesse de l'air passe dans l'allée, son sourire professionnel frôle mon épaule sans m'atteindre. Ses cheveux blonds sont impeccablement attachés en chignon bas, pas une mèche ne dépasse. Son uniforme bleu marine est immaculé, ses mains gantées de blanc sont croisées devant elle. Elle est parfaite. Elle est normale. Elle ne sait pas qui je suis. Elle ne sait pas que derrière le visage pâle de la jeune femme assise au hublot se cache le nom qui fait trembler Marseille.

— Mademoiselle Belmecher ? Nous atterrissons dans vingt minutes. Attachez votre ceinture, s'il vous plaît.

Je hoche la tête, incapable de parler. Mes lèvres sont scellées, ma gorge serrée, ma langue comme un bloc de plomb.

Belmecher.

Mon nom.

Le nom de mon père.

Celui qui fait trembler les uns et baisser les yeux des autres. Celui qui ouvre des portes et en ferme définitivement d'autres. Celui qui m'a poursuivie jusqu'à New York, jusqu'à cette chambre d'étudiante que je partageais avec une fille qui ne savait rien de moi, rien de mon passé, rien du sang qui coule dans mes veines.

Pendant deux ans, j'ai été normale.

Pendant deux ans, j'ai cru que je pourrais échapper à mon destin. Que je pourrais devenir quelqu'un d'autre. Que je pourrais oublier les nuits de garde, les portes qui claquent, les hommes en noir qui parlent à voix basse dans le salon. Que je pourrais oublier l'odeur de la peur, le goût du sang, le poids du nom.

Je serre mes mains l'une contre l'autre sur mes genoux. Mes jointures blanchissent, mes doigts tremblent, une goutte de sueur perle à ma tempe et coule lentement le long de ma joue. Pourquoi est-ce que je tremble ? Je suis une Belmecher. On nous apprend à ne pas trembler. On nous apprend à sourire, à tenir nos épaules droites, à regarder nos ennemis dans les yeux, à marcher comme si le sol nous appartenait. On nous apprend à être des rois et des reines dans un monde de pions.

Mais là, à vingt minutes de retrouver mon père, ma mère, cette vie que j'ai fuie comme on fuit un incendie, je tremble comme une feuille emportée par le vent d'automne.

L'avion tangue un peu dans les turbulences. La ceinture me comprime le ventre, mes dents s'entrechoquent, mes mains agrippent les accoudoirs en cuir. Le gars à côté de moi , un homme d'affaires en costume, la cinquantaine, alliance en or, cheveux grisonnants , me jette un regard en coin. Il me sourit. Un sourire commercial, intéressé. Je ne lui rends pas son sourire. Mes yeux restent fixés sur le hublot, sur la terre qui se rapproche, sur le destin qui m'attend.

Je ferme les yeux.

Tu es Leila Belmecher. Tu as survécu à deux ans d'exil. Tu as traversé l'Atlantique toute seule. Tu n'as peur de rien.

C'est un mensonge.

J'ai peur de tout.

Surtout de lui. De mon père. De ce qu'il va m'annoncer. De cette lettre qu'il m'a envoyée il y a trois semaines, aux mots si froids qu'ils auraient pu geler l'encre sur le papier. Je l'ai lue cent fois. Je la connais par cœur, chaque mot, chaque virgule, chaque silence.

Ma chère Leila,

Il est temps de rentrer. Les affaires de la famille exigent ta présence. J'ai arrangé les choses. Ne discute pas. Ne tarde pas. Nous t'attendons.

Ton père.

Arrangé les choses.

Continuez à lire ce livre gratuitement
Scanner le code pour télécharger l'application

Dernier chapitre

  • La princesse et le parrain    ÉPILOGUE 2 : LA NUIT TORRIDE 2

    Il s'effondre sur moi, haletant, tremblant, ruisselant de sueur. Son poids m'écrase, mais c'est un poids rassurant, une ancre qui me retient à la réalité, une preuve qu'il est là, qu'il est à moi, qu'il est vivant.— Je t'aime, murmure-t-il contre ma peau.— Je t'aime, réponds-je.Mais la nuit ne fait que commencer.Nous reprenons notre souffle, nos corps encore enlacés, nos peaux collées par la transpiration. La lune éclaire la chambre de sa lumière argentée, les étoiles scintillent au-delà de la fenêtre, la mer chante sa berceuse infinie.— Tu n'as pas fini, dit-il soudain, une lueur malicieuse dans les yeux.— Quoi ?— Tu n'as pas fini avec moi. Je te veux encore. Et encore. Et encore.Il roule sur le côté, me tirant avec lui, me faisant basculer sur lui. Me voil&agr

  • La princesse et le parrain    ÉPILOGUE : LA NUIT TORRIDE 1

    LEILALa villa est silencieuse.Les derniers invités sont partis il y a quelques heures, emportant avec eux les rires, les chansons, les éclats de joie du premier anniversaire de Stella. Les ballons flottent encore au plafond, les guirlandes lumineuses dansent doucement dans la brise nocturne, les restes du gâteau attendent sur la table de la cuisine.Matteo a emmené Stella pour la nuit. Il a insisté, avec un sourire discret et une lueur malicieuse dans les yeux.— Vous avez besoin de repos, Signora. Laissez-moi m'occuper d'elle. Je la ramènerai demain matin.J'ai voulu protester, mais Yanis m'a prise par la taille, ses lèvres contre mon oreille, sa voix un murmure chaud et prometteur.— Laisse-le faire, Leila. On a toute la nuit. Rien que nous.Maintenant, je suis dans notre chambre, debout devant la fenêtre, les yeux fixés sur la Méditerran

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 156 : LA NAISSANCE

    À l'hôpital, tout s'accélère. Les infirmières, les médecins, les moniteurs, les perfusions. Yanis est partout, aux côtés des médecins, à poser des questions, à exiger des réponses, à s'assurer que tout est parfait pour moi et pour notre bébé.— Vous pouvez rester avec elle, dit une infirmière. Dans la salle d'accouchement.— Je reste, dit Yanis. Je ne la quitte pas.L'accouchement est long et douloureux.Les contractions se rapprochent, s'intensifient, me déchirent de l'intérieur. Je crie, je transpire, je serre la main de Yanis si fort que je sens ses os craquer.— Je suis là, Leila. Je suis là. Ne me lâche pas.— Je te lâche pas, dis-je, ma voix brisée par la douleur.— Pousse, dit le médecin. Pousse, Leila. Le bébé

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 155 : LE TEST POSITIF

    Les semaines suivantes, Yanis devient un papa poule angoissé et protecteur.Il m'interdit tout effort, toute fatigue, tout danger. Il me porte dans ses bras, me prépare des repas équilibrés, me masse les pieds quand ils gonflent. Il me couvre de coussins, de couvertures, de soins attentifs.— Tu es enceinte, Leila. Il faut que tu te reposes, que tu manges bien, que tu prennes soin de toi.— Je sais, Yanis. Mais je ne suis pas malade, je suis enceinte. C'est normal, ce n'est pas une maladie.— Pour moi, c'est un miracle. Et je veux que tout soit parfait pour toi et pour notre bébé.La chambre du bébé devient son obsession.Il a choisi lui-même le mobilier, les couleurs, les accessoires. Le bleu, comme la Méditerranée qu'il aime. Des nuances douces, apaisantes, sereines.Mais le montage des meubles est un combat épique.

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 154 : LE DÉSIR D'ENFANT

    Je prends son visage entre mes mains, mes pouces caressant ses joues, mes yeux plongés dans les siens. Je veux qu'il voie la vérité dans mon regard, la certitude, la confiance, l'amour.— Tu n'es pas ton père. Tu es un homme bon. Un homme aimant. Un homme qui a appris à surmonter ses démons, à guérir ses blessures, à devenir meilleur. Tu es l'homme que j'aime, Yanis. L'homme qui me protège, qui me respecte, qui me chérit. Et tu seras un père merveilleux. Je le sais. Je le sens. Je le crois de tout mon cœur.— Mais si je le frappe ? Si je lui fais du mal ? Si je le détruis ?— Tu ne le feras pas. Parce que tu es conscient de tes peurs, de tes faiblesses, de tes limites. Parce que tu as appris à les maîtriser. Parce que tu es plus fort que ton passé, plus fort que tes démons, plus fort que tes peurs. Et parce q

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 153 : LA LUNE DE MIEL 2

    Il choisit une chanson, une vieille chanson d'amour, un classique que nous connaissons tous les deux. Il se met à chanter, sa voix rauque et fausse, déchirant les notes avec un enthousiasme désarmant.— La vie en rose, ouais ! chantonne-t-il.— Tu chantes horriblement, dis-je, hilare.— Je sais. C'est pour ça que je te demande de m'accompagner.Je me lance, ma voix hésitante, fausse, ridicule. Et pourtant, c'est magique. Nos voix se mêlent, se heurtent, se soutiennent, dans un chaos musical qui nous fait rire aux larmes.— On est les pires chanteurs du monde, dit-il.— Les pires, confirmé-je.— Mais les plus heureux.— Les plus heureux.Le barman nous offre une tournée en nous félicitant pour notre "performance". On se regarde, émerveillés par ce moment de pureté, de légè

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 72 : FRUSTRATION DES DEUX CÔTÉS

    LEILALe reste de la journée est une torture.Une torture douce, raffinée, incroyablement délicieuse, mais une torture quand même, qui joue sur mes nerfs à vif.Nous restons sur la plage, enveloppés par le bruit apaisant

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 49 : IL LA REGARDE DORMIR, PREMIÈRE FAILLE

    YANISJe ne devrais pas être là.Je devrais être dans ma chambre, de l'autre côté de la villa, à fixer le plafond comme je l'ai fait pendant les premières heures de la nuit avant que le sommeil ne me prenne en traître

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 6 : LES RETROUVAILLES

    Il me regarde de haut en bas.Ses yeux parcourent mon visage défait, mes cheveux en bataille, ma robe froissée, mes mains qui tremblent.— Tu es revenue, dit-il. C'est bien.— Je n'avais pas le choix, apparemment.— Tu as toujours le choix, Leila. Mais les choix ont des conséquences. Je te propose u

  • La princesse et le parrain    CHAPITRE 5 : LES RETROUVAILLES 2

    Le masque Belmecher.Celui qu'elle m'a appris à porter.— Leila. Ma chérie.Elle pose sa tasse sur la soucoupe avec un tintement délicat, presque inaudible. Elle se lève. Lentement. Dignement. Comme une reine qui accueille une ambassadrice. Elle tend les bras.Je m'avance.Je me laisse embrasser.So

Plus de chapitres
Découvrez et lisez de bons romans gratuitement
Accédez gratuitement à un grand nombre de bons romans sur GoodNovel. Téléchargez les livres que vous aimez et lisez où et quand vous voulez.
Lisez des livres gratuitement sur l'APP
Scanner le code pour lire sur l'application
DMCA.com Protection Status