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CHAPITRE 4 : LA RENCONTRE

Author: Eternel
last update publish date: 2026-03-14 17:30:23

Je reste figée.

Comment il sait pour mes poings ? Je les desserre instantanément, trop tard. Un sourire — si on peut appeler ça un sourire étire ses lèvres.

— Tu vois ? Je regarde. Je vois tout.

— Tu es un monstre, dis-je sans réfléchir.

Il incline la tête, pas offensé. Amusé, peut-être.

— Oui. C'est ce qu'on dit.

Le silence retombe. La pièce est trop grande, trop vide, trop pleine de lui. J'avale une gorgée d'eau, la glace tinte contre le verre.

— Pourquoi ? demandé-je soudain.

— Pourquoi quoi ?

— Pourquoi ce mariage ? Tu pourrais avoir n'importe qui. Les femmes se jettent à tes pieds, je le sais. Pourquoi moi ? Pourquoi accepter de t'unir à la fille de ton rival ?

Il se lève, va vers la fenêtre. Son dos, ses épaules. Longtemps, il reste silencieux.

— Parce que je suis fatigué, dit-il enfin.

— Fatigué ?

— De la guerre. Du sang. Des morts. Ta famille et la mienne se battent depuis trente ans. Mon père est mort à cause de cette guerre. Mon frère aussi. Ma sœur... Il s'interrompt, sa nuque se raidit. Ta mère a dû te parler de ma sœur.

— Oui. Je suis désolée.

— Ne le sois pas. C'était il y a longtemps. Mais je ne veux pas que ça continue. Je ne veux pas que d'autres enfants grandissent sans père, sans mère, sans frères et sœurs. Alors oui, ce mariage est une transaction. Une trêve. Un marché.

Il se retourne. Ses yeux brillent dans la pénombre.

— Mais ne te méprends pas, Leila. Je ne ferai pas de toi ma prisonnière. Tu auras ta liberté, ton argent, ta vie. Je ne te toucherai pas si tu ne le veux pas. Je ne te demanderai rien. Juste ton nom sur un contrat. Rien d'autre.

Rien d'autre.

Ces mots devraient me soulager. Ils devraient me faire sourire, respirer, remercier. Au lieu de ça, ils me laissent étrangement... vide. Frustrée, même, sans que je comprenne pourquoi.

— Et si je veux plus ? demandé-je, défiant je ne sais quoi.

Il me regarde longuement.

— Tu ne voudras pas.

— Tu ne me connais pas.

— Je te connais assez.

Il revient s'asseoir en face de moi. Cette fois, il est plus près. Je sens son odeur — cuir, bois de santal, quelque chose de plus animal, de plus brut. Mon cœur s'emballe, traître.

— Tu me hais déjà, dit-il. C'est écrit sur ton visage. Dans tes yeux. Dans la façon dont tu te tiens, raide, prête à fuir. Tu me hais parce que je représente tout ce que tu méprises. La violence. Le pouvoir. L'obscurité. C'est normal. C'est sain, même.

— Alors pourquoi faire ça ? Pourquoi nous imposer ça à tous les deux ?

— Parce que la paix vaut plus que nos petits conforts personnels. Parce que des centaines de vies valent plus que ton dégoût et mon indifférence. Parce que...

Il s'arrête, ses mâchoires se serrent.

— Parce que je ne veux plus voir d'enfants pleurer leurs morts. Ça te suffit comme raison ?

Je le regarde. Vraiment. Pour la première fois, je le regarde sans le jugement instantané, sans la peur, sans la colère. Je vois ses yeux, oui, mais je vois aussi ce qu'il y a derrière. De la fatigue. De la douleur. Une solitude si immense qu'elle semble remplir toute la pièce.

— Ça me suffit, dis-je doucement.

Il hoche la tête, se lève.

— Nos familles arrivent. Prépare-toi. Le rôle de la fiancée heureuse va commencer.

Il me tend la main pour m'aider à me lever. Cette fois, quand je la prends, je ne la lâche pas tout de suite. Il fronce les sourcils, me regarde.

— Leila ?

— Tu as dit que tu ne me toucherais pas si je ne voulais pas.

— Oui.

— Et si je veux ?

Son regard change. Quelque chose vacille, une fraction de seconde. Puis son visage se referme.

— Tu ne veux pas. Tu crois vouloir, mais tu ne veux pas. Pas vraiment. Pas encore.

— Tu décides de ce que je veux, maintenant ?

Il se penche, tout près. Sa bouche frôle presque mon oreille.

— Je décide de ce que je te prendrai. Et aujourd'hui, je ne te prendrai rien. Quand je t'aurai, ce sera parce que tu supplieras. Parce que tu brûleras. Parce que tu ne pourras plus vivre sans mes mains sur toi. Pas avant.

Il recule, son regard plante le mien.

— Et ça, Leila, ça prendra du temps.

Je reste figée, le souffle coupé, le corps en feu. Il tourne les talons, sort du salon, me laissant seule avec mes poings serrés, mon cœur qui cogne, et cette horrible, cette dévastatrice certitude :

Il a raison.

Je brûle déjà.

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