Se connecterChapitre 118
Rosa
Il choisit des prénoms, comme il le fait souvent depuis que mon ventre s'est arrondi, depuis qu'il a pris l'habitude de poser sa tête dessus le soir, d'attendre les mouvements de l'enfant, de lui parler dans le silence de la nuit, de lui faire des promesses que je recueille comme des trésors. Ce soir, il est assis près de la cheminée, dans le petit salon aux boiseries sombres, et il feuillette un vie
Chapitre 119LorenzoUne nuit, elle hurle dans son sommeil. Le cri déchire le silence de notre chambre comme une lame, comme un coup de tonnerre, comme un appel au secours lancé dans les ténèbres, et je me réveille en sursaut, le cœur battant à tout rompre, les mains qui cherchent déjà mon arme sur la table de chevet, l'esprit en alerte, prêt à affronter un ennemi, une menace, une intrusion. Mais il n'y a personne, il n'y a que Rosa, ma Rosa, qui se débat dans les draps, le visage couvert de sueur, les mains crispées sur son ventre arrondi, la respiration saccadée, hachée, désespérée. Elle rêve de Matteo, je le comprends immédiatement, je le devine dans les mots qu'elle murmure, dans les gémissements qui s'échappent de ses lèvres, dans la terreur qui déforme ses traits pourtant s
Chapitre 118RosaIl choisit des prénoms, comme il le fait souvent depuis que mon ventre s'est arrondi, depuis qu'il a pris l'habitude de poser sa tête dessus le soir, d'attendre les mouvements de l'enfant, de lui parler dans le silence de la nuit, de lui faire des promesses que je recueille comme des trésors. Ce soir, il est assis près de la cheminée, dans le petit salon aux boiseries sombres, et il feuillette un vieux livre de généalogie qu'il a trouvé dans la bibliothèque, un de ces registres reliés de cuir qui portent les noms de ses ancêtres depuis des siècles, et il me lit des prénoms à voix haute, comme on lit des poèmes, comme on récite des prières, comme on célèbre une litanie. Bianca, pour une fille, Bianca comme sa sœur jumelle, comme l'ange qui veille sur nous, comme la lumière qui ne s'&
Chapitre 117RosaMon ventre grossit. Chaque jour, il est un peu plus rond, un peu plus lourd, un peu plus présent, et je le regarde dans le miroir de la salle de bains avec un mélange d'émerveillement et d'étrangeté, comme si ce corps qui change n'était pas tout à fait le mien, comme si cette courbe qui s'arrondit était à la fois moi et quelqu'un d'autre, à la fois mon corps et celui de notre enfant qui grandit, qui se prépare, qui attend son heure. Ma peau est tendue, lisse, chaude, et je la caresse souvent, machinalement, avec cette tendresse instinctive des mères, avec cette curiosité des femmes qui découvrent en elles une force qu'elles ne soupçonnaient pas. Les robes que je portais autrefois ne me vont plus, elles sont trop étroites, trop serrées, trop anciennes, et Lorenzo a fait venir une couturière de Velasca
Chapitre 116RosaLe sang ne me fait plus peur. La mort non plus. Je les ai vus de trop près, trop souvent, trop longtemps, pour qu'ils puissent encore me terrifier, pour qu'ils puissent encore me faire trembler, pour qu'ils puissent encore me réduire au silence. Le sang de Rocco qui coulait sur les dalles de la cave, le sang du faux médecin qui s'étalait sur le parquet de la bibliothèque, le sang de Tommaso qui s'élargissait en une flaque sombre au centre de la grande salle, tout ce sang que j'ai vu couler, tout ce sang que j'ai appris à regarder sans ciller, sans reculer, sans détourner les yeux, tout ce sang est devenu une partie de moi, une partie de mon histoire, une partie de celle que je suis devenue. La mort ne me fait plus peur, ni celle que l'on donne, ni celle que l'on reçoit, ni celle qui rôde autour de nous comme un loup patient, ni celle qui frappe sans pr&eac
Chapitre 115LorenzoUn espion dans nos rangs. Je le découvre après des semaines de soupçons, de surveillance discrète, de recoupements silencieux, et la vérité éclate enfin dans mon bureau, un soir de novembre, alors que Marco pose devant moi les preuves irréfutables, les relevés téléphoniques, les photographies prises à son insu, les enregistrements qui ne laissent aucun doute, aucune échappatoire, aucune possibilité de pardon. C'est un homme que Rosa connaît, un ancien garde des Valente, un certain Tommaso, un homme qui patrouillait dans les couloirs du palais Valente quand elle était prisonnière dans l'aile sud, qui a assisté à ses humiliations sans jamais lever le petit doigt, qui a baissé les yeux quand Matteo la frappait, qui a détourné le regard quand Rocco la traînait dans les
Chapitre 114RosaJe deviens son égérie, son conseil, son bras droit, et cette transformation ne se fait pas en un jour, ni en une semaine, mais elle s'opère avec une évidence qui m'émerveille, avec une douceur qui me bouleverse, avec une force qui me transcende. Je lis les dossiers la nuit, pendant que Lorenzo dort contre moi, épuisé par les réunions, par les négociations, par les décisions, et je les lis à la lueur d'une lampe à huile, assise près de la fenêtre, les pieds nus posés sur le tapis, le dos calé contre les coussins de velours. Les dossiers sont épais, remplis de noms, de chiffres, de territoires, de trahisons passées, de menaces à venir, et je les parcours avec une concentration totale, avec une attention minutieuse, avec une soif de comprendre qui ne s'est jamais éteinte, même apr&egr
Chapitre 4RosaOn frappe à ma porte, et mon cœur cesse de battre pendant une seconde entière.Le bruit est à peine audible, trois petits coups espacés, le code que nous avons inventé il y a des années, Maria et moi, quand j'étais encore une enfant qui avait peur du noir et des ombres qui dansaient
Chapitre 3LorenzoLe bal bat son plein, et la rumeur de la fête m'enveloppe comme une seconde peau trop chaude, trop parfumée, trop vivante.Je suis au cœur de la salle, immobile au milieu du tourbillon des masques, et pourtant personne ne me regarde. C'est l'avantage du costume de velours noir, d
Chapitre 2RosaJe regarde le bal depuis ma fenêtre, comme je regarde toutes les choses de ma vie : de loin, en silence, les doigts serrés sur l'appui en pierre froide.La lumière jaillit des grandes fenêtres du palais Valente, là-bas, derrière les jardins intérieurs que je n'ai pas le droit de tra
Chapitre 1LorenzoJ'ajuste mon masque de faucon devant le miroir sans tain, et mon reflet me renvoie l'image d'un prédateur qui n'a plus rien à perdre.Les plumes d'acier brun qui ornent le bord du masque luisent sous la faible lueur des bougies, chaque rémige taillée dans un métal si fin qu'elle







