ANMELDENÉabha
Plus que pathétique. Je suis une traîtresse. Une traîtresse à la mémoire de ma mère, qui est morte de faim, de froid, de chagrin, dans une cabane qui fuyait, parce que Liam et Saoirse nous avaient tout pris. Une traîtresse à mon père, qui se meurt sur sa paillasse, les yeux vides, l'esprit ailleurs, pendant que je fantasme sur le père de celle qui nous a volé notre maison, notre dignité, nÉabhaPlus que pathétique. Je suis une traîtresse. Une traîtresse à la mémoire de ma mère, qui est morte de faim, de froid, de chagrin, dans une cabane qui fuyait, parce que Liam et Saoirse nous avaient tout pris. Une traîtresse à mon père, qui se meurt sur sa paillasse, les yeux vides, l'esprit ailleurs, pendant que je fantasme sur le père de celle qui nous a volé notre maison, notre dignité, notre avenir. Une traîtresse à moi-même, à tout ce que j'ai juré de venger, à la promesse que j'ai faite sur la tombe de ma mère, à la rage qui m'a portée pendant les mois les plus sombres de ma vie.Et pourtant.Pourtant, quand je le vois, tout disparaît. La rage, la haine, la douleur, le chagrin. Tout s'efface, balayé par ce frisson qui naît au creux de mon ventre et se diffuse dans tout mon &e
ÉabhaSes yeux gris balaient l'obscurité, fouillent les ombres, s'arrêtent sur l'entrepôt où je me cache. Je retiens mon souffle, plaquée contre le mur de bois, le cœur battant à tout rompre. Il ne peut pas me voir. Il fait trop noir, et je suis trop loin, cachée dans l'ombre épaisse de l'entrepôt. C'est impossible. Les alphas ont des sens plus aiguisés que les humains, mais pas à ce point. Pas à cette distance.Mais ses yeux s'attardent. Une seconde. Deux. Trois. Une éternité. Je sens son regard comme une caresse sur ma peau, comme une main qui se pose sur ma joue, comme s'il savait exactement où je suis, comme s'il pouvait me voir à travers les murs, à travers l'obscurité, à travers tout ce qui nous sépare. Mon cœur bat si fort que je suis sûre qu'il l'entend, que tout le quai l'entend.Pu
ÉabhaJe lève les yeux.Il est là, à cheval, au bout de la rue du marché. Une monture immense, noire comme la nuit, dont les sabots frappent les pavés avec un bruit sourd et régulier qui résonne dans ma poitrine. L'animal est magnifique, puissant, le poil luisant, les muscles qui roulent sous la peau à chaque pas. Il porte son cavalier comme s'il ne pesait rien, comme s'ils ne faisaient qu'un, comme si l'homme et la bête étaient les deux moitiés d'une même créature.Cillian est vêtu simplement, mais chaque vêtement porte la marque de la qualité, de la richesse, du pouvoir. Une chemise sombre, ouverte au col, qui laisse deviner la puissance de son torse, les muscles qui jouent sous la peau, la toison sombre qui couvre sa poitrine. Un manteau de laine épaisse qui flotte derrière lui dans le vent, comme une bannière, co
ÉabhaJe ne pose pas de questions. Je prends l'argent, je le glisse dans ma poche, et je continue mon travail comme si de rien n'était. Je fais celle qui ne voit rien, qui ne comprend rien, qui ne sent pas le changement dans l'air. Mais au fond de moi, je sais. Je sais que ce n'est pas moi qu'ils respectent. Ce n'est pas moi qu'ils craignent. Ce n'est pas à moi qu'ils obéissent.C'est lui.C'est la protection invisible qu'il a posée sur moi ce soir-là, comme on pose un manteau sur des épaules tremblantes. Une protection qui n'a pas besoin de mots, qui n'a pas besoin de menaces, qui n'a pas besoin d'être rappelée. Elle est là, simplement, et tout le monde la sent. Tout le monde la reconnaît. Tout le monde s'y soumet.Je la sens, cette protection. Elle est là, autour de moi, comme une bulle invisible qui me sépare du reste du monde. Comme un bouclier transparent qui dévie les regards hostiles, les mains trop hardies, les paroles trop cruelles. Comme une seconde peau, chaude et rassurant
ÉabhaLes jours qui suivent sont étranges. Différents. Comme si le monde avait imperceptiblement changé pendant mon sommeil, et que je me réveillais dans une version légèrement décalée de la réalité, où les règles qui régissaient mon existence depuis des mois s'étaient soudainement dissoutes.Je continue d'aller à la blanchisserie le jour, au bar la nuit. Les mêmes gestes, la même fatigue, la même faim qui me tenaille le ventre et que les quelques pièces de cuivre de Mooney ne suffisent jamais tout à fait à apaiser. Je plonge mes mains dans l'eau bouillante jusqu'à ce que la peau se fendille et que le sang perle au bout des doigts. Je frotte le linge des autres, les draps des maisons propres, les chemises des hommes qui ne savent même pas mon nom. Je respire la vapeur âcre des lessives, cette odeur de savon noir et de cendre qui s'incruste dans mes vêtements, dans mes cheveux, dans ma peau, et qui ne part jamais vraiment, même après des heures passées loin des bassines.Mais quelque c
Je me détourne des grilles. Le garde restant ne me regarde toujours pas. Je m'éloigne le long du chemin, le manteau de Cillian serré contre moi, et je sens les larmes qui montent à mes yeux. Je les ravale. Je ne pleurerai pas. Pas ici. Pas maintenant. Pas pour lui.Le chemin descend vers le village, et mes pas sont lourds, comme si je portais un poids immense. Le vent glacé me fouette le visage, mais je ne le sens pas. Je ne sens que le vide en moi, ce vide que j'avais réussi à combler un instant avec l'odeur de Cillian, et qui s'ouvre à nouveau, béant, insondable.Je rentre chez moi sans rencontrer personne. Les rues sont désertes à cette heure, et c'est tant mieux. Je n'aurais pas supporté les regards, les
Éabla M. O'Flaherty rit, mais il n'y a pas de joie dans ce rire. Rien que de l'amertume.— Depuis quand la loi compte pour ceux qui ont le pouvoir, Declan ? Il est le futur gendre de Cillian O'Connor. Dans quelques mois, il sera intouchable. Tu crois que des petits commerçants comme nous peuvent l
Éabha...Le mot me frappe comme un coup de poing dans l'estomac. Je sais. Je sais avant qu'il ne le dise. Je sais depuis toujours, depuis cette nuit dans la forêt, depuis ce regard froid, depuis cette promesse de destruction.— Une société écr
Maman tremble. Elle tremble de tout son corps, un tremblement qui la secoue, qui la secoue, qui ne s'arrête pas. Ses dents claquent, ses mains sont froides comme la mort, ses lèvres sont bleues.— Prends ma couverture, dis-je. Je lui tends ce qui me reste.
ÉabhaLes premières neiges tombent un matin de décembre.Je suis à la blanchisserie quand je les vois par la fenêtre. De gros flocons blancs qui dansent dans le ciel gris, qui tournoient, qui s'amoncellent. Ils recouvrent les toits, le







