LOGINChapitre 52
Clara
Il est là. Devant moi. À quelques centimètres.
Ses yeux noirs brillent dans la pénombre, encore humides des mots qu'il vient de prononcer. "Je ne peux pas vous perdre." Les mots résonnent encore dans ma tête, dans ma poitrine, dans mon ventre. Ils sont là, gravés, inoubliables. Je les répète en silence, comme une prière, comme un secret,
Chapitre 71RahimJe m'occupe d'elle en silence.Le feu est allumé. Les flammes dansent, réchauffent l'air, repoussent l'obscurité qui cherche à nous engloutir. Le cercle de lumière s'étend peu à peu, gagne du terrain sur les ombres, caresse les murs, révèle les fissures. La fumée monte vers le plafond, cherchant une issue, tournoyant, s'élevant. Elle trouve une fissure entre deux pierres, s'y engouffre, s'évapore dans la nuit. Une fine volute grise, à peine visible, qui se perd dans le noir.Mes gestes sont précis. Mes mouvements mesurés. Je ne dois pas faire de bruit. Je ne dois pas la troubler. Elle est comme une biche blessée, prête à s'enfuir au moindre craquement.Je me lève.Mes jambes sont lourdes. Les heure
Chapitre 70ClaraLa nuit tombe sur l'oasis.La tempête s'est éloignée. Je ne l'entends plus. Les hurlements se sont tus, remplacés par un silence si profond qu'il semble peser sur mes oreilles. Parfois, une dernière rafale attardée fait vibrer les murs, mais elle est faible, lointaine, presque timide. La muraille de sable a continué sa route vers le sud, avalant d'autres horizons, d'autres cieux.Le silence est revenu.Un silence épais, lourd, presque palpable. Je peux le sentir sur ma peau, comme une seconde couche. Il appuie sur mes tympans, fait vibrer mes os, pèse sur ma poitrine. Chaque inspiration est une lutte contre cette masse invisible, cette présence absente.Dehors, le désert s'est apaisé.Les dunes, remodelées par le vent, ont chang&eac
Chapitre 69ClaraLa tempête fait rage.Dehors, le vent hurle. Il frappe les murs de pierre, de grandes claques sourdes qui résonnent dans la pièce. Il siffle par les fissures, par les interstices entre les blocs, minces filets d'air glacé qui traversent la maison. Il soulève des tourbillons de poussière au sol, fait danser des volutes grises dans la lumière tamisée. Les fenêtres vibrent, leurs vitres poussiéreuses menacent de voler en éclats. Les carreaux tremblent, claquent, tintent. Le toit de chaume grince, ses brins frottent les uns contre les autres, un bruit étrange, presque animal.Le bruit est assourdissant. Un rugissement continu, grave, profond. Parfois, il s'interrompt. Une accalmie. Une respiration. Puis il reprend, plus fort, plus déchaîné. Le désert se venge de notre prés
Chapitre 68RahimJe la guide.Mes yeux cherchent les repères à travers le rideau de sable. La visibilité est nulle. Parfois, j'entrevois une crête, une ombre, une forme. Puis tout disparaît. Mais je connais cet endroit. Ces dunes que j'ai parcourues enfant, lors de chasses avec mon père, dans le silence et la chaleur. Ces vallées que j'ai traversées avec Idris, lors de nos cavalcades adolescentes, à fuir les précepteurs, à inventer des royaumes imaginaires. Ces rochers, ces arbres morts, ces lits d'oued asséchés.Chaque détail est gravé dans ma mémoire. La crête là-bas, à gauche, qui ressemble à un dos de chameau couché. La vallée devant, qui s'ouvre entre deux dunes comme une plaie. Le rocher en forme de poing levé, que les ancie
Chapitre 67ClaraLe ciel s'obscurcit.Je galope depuis des heures. Je ne sais plus combien. Le temps s'est étiré, distendu, a perdu son sens. Les minutes sont devenues des heures, les heures des éternités. Mon dos est courbaturé, une douleur sourde qui part des reins, remonte le long de ma colonne vertébrale, s'enracine dans ma nuque. Mes cuisses brûlent, les muscles tiraillent à chaque mouvement du cheval, là où la selle a frotté la peau à vif.Mes mains sont crispées sur les rênes. Les doigts sont engourdis, les jointures blanches, les ongles s'enfoncent dans le cuir tressé. La paume droite est écorchée, une longue entaille laissée par une tension trop forte, le fil du cuir a coupé la chair. Le sang a séché, brun sur ma peau pâle.
Chapitre 66RahimLe messager entre en trombe dans mon bureau.Il ne frappe pas. Il ouvre la porte d'un geste brusque, violent, presque rageur. Les battants de cèdre heurtent les murs de pierre. Les gonds crient. Le loquet claque. Les tentures de velours frémissent, leurs plis s'agitent, leurs franges d'or dansent.Ses bottes claquent sur le marbre. Chaque pas résonne comme un coup de marteau. Il traverse la pièce en trois enjambées. Son visage est blême. Pas pâle. Blême. Cette couleur grisâtre que prend la peau quand le sang se retire, quand l'angoisse serre les artères. Ses joues sont creusées, ses pommettes saillantes. Ses lèvres tremblent, sèches, craquelées. Ses yeux sont écarquillés, le blanc zébré de rouge.Il ouvre la bouche. Sa voix est étrangl
Chapitre 23ClaraLes jardins suspendus d'Al-Mansour sont une légende à eux seuls.Je les ai vus en peinture, dans des manuscrits du quinzième siècle conservés sous verre dans les bibliothèques parisiennes. Je les ai vus en gravure, dans des livres de voyage poussiéreux que je consultais en cachett
Chapitre 22ClaraLa règle est idiote. Absurde. Humiliante.Je la regarde, cette porte, à quelques mètres de moi. Une simple porte en bois de cèdre sculpté, avec ses motifs géométriques qui dansent sous la lumière des lampes à huile. Elle donne sur la cour intérieure, celle avec la fontaine en étoi
Chapitre 21RahimJe la regarde pénétrer dans la salle de calligraphie, et quelque chose se serre dans ma poitrine. La lumière de la verrière zénithale tombe sur ses cheveux, les auréole d’un halo doré, et pour une fraction de seconde, mon cœur s’arrête. Leïla. Puis elle lève les yeux vers moi, et
Chapitre 20ClaraJe la remarque pour la première fois à l'heure du thé.La loggia où l'on sert les rafraîchissements l'après-midi est baignée d'une lumière douce, tamisée par les moucharabiehs. Des coussins de soie sont disposés en cercle autour d'une table basse en laque rouge, chargée de plateau







