LOGINChapitre 53
Rahim
Un bruit.
Des pas. Dans le couloir. Rapides. Pressés. Plusieurs paires de bottes, à en juger par le martèlement irrégulier sur les dalles de marbre. Un bruit métallique, des éperons qui s'entrechoquent, des ceinturons qui claquent contre des cuissards de cuir.
Je ne veux pas les entendre. Je ne veux pas les écouter.
Je veux
Chapitre 69ClaraLa tempête fait rage.Dehors, le vent hurle. Il frappe les murs de pierre, de grandes claques sourdes qui résonnent dans la pièce. Il siffle par les fissures, par les interstices entre les blocs, minces filets d'air glacé qui traversent la maison. Il soulève des tourbillons de poussière au sol, fait danser des volutes grises dans la lumière tamisée. Les fenêtres vibrent, leurs vitres poussiéreuses menacent de voler en éclats. Les carreaux tremblent, claquent, tintent. Le toit de chaume grince, ses brins frottent les uns contre les autres, un bruit étrange, presque animal.Le bruit est assourdissant. Un rugissement continu, grave, profond. Parfois, il s'interrompt. Une accalmie. Une respiration. Puis il reprend, plus fort, plus déchaîné. Le désert se venge de notre prés
Chapitre 68RahimJe la guide.Mes yeux cherchent les repères à travers le rideau de sable. La visibilité est nulle. Parfois, j'entrevois une crête, une ombre, une forme. Puis tout disparaît. Mais je connais cet endroit. Ces dunes que j'ai parcourues enfant, lors de chasses avec mon père, dans le silence et la chaleur. Ces vallées que j'ai traversées avec Idris, lors de nos cavalcades adolescentes, à fuir les précepteurs, à inventer des royaumes imaginaires. Ces rochers, ces arbres morts, ces lits d'oued asséchés.Chaque détail est gravé dans ma mémoire. La crête là-bas, à gauche, qui ressemble à un dos de chameau couché. La vallée devant, qui s'ouvre entre deux dunes comme une plaie. Le rocher en forme de poing levé, que les ancie
Chapitre 67ClaraLe ciel s'obscurcit.Je galope depuis des heures. Je ne sais plus combien. Le temps s'est étiré, distendu, a perdu son sens. Les minutes sont devenues des heures, les heures des éternités. Mon dos est courbaturé, une douleur sourde qui part des reins, remonte le long de ma colonne vertébrale, s'enracine dans ma nuque. Mes cuisses brûlent, les muscles tiraillent à chaque mouvement du cheval, là où la selle a frotté la peau à vif.Mes mains sont crispées sur les rênes. Les doigts sont engourdis, les jointures blanches, les ongles s'enfoncent dans le cuir tressé. La paume droite est écorchée, une longue entaille laissée par une tension trop forte, le fil du cuir a coupé la chair. Le sang a séché, brun sur ma peau pâle.
Chapitre 66RahimLe messager entre en trombe dans mon bureau.Il ne frappe pas. Il ouvre la porte d'un geste brusque, violent, presque rageur. Les battants de cèdre heurtent les murs de pierre. Les gonds crient. Le loquet claque. Les tentures de velours frémissent, leurs plis s'agitent, leurs franges d'or dansent.Ses bottes claquent sur le marbre. Chaque pas résonne comme un coup de marteau. Il traverse la pièce en trois enjambées. Son visage est blême. Pas pâle. Blême. Cette couleur grisâtre que prend la peau quand le sang se retire, quand l'angoisse serre les artères. Ses joues sont creusées, ses pommettes saillantes. Ses lèvres tremblent, sèches, craquelées. Ses yeux sont écarquillés, le blanc zébré de rouge.Il ouvre la bouche. Sa voix est étrangl
Chapitre 65ClaraLes écuries sont silencieuses.La grande porte en bois de cèdre est entrouverte. Un battant est poussé, l'autre reste fixe, laissant passer un rai de lumière bleutée. Je me glisse dans l'entrebâillement, mes épaules frôlant les montants, mes hanches effleurant le bois rugueux. Le vieux cèdre sent la résine, la poussière, les années.L'obscurité est épaisse. Mes yeux mettent quelques secondes à s'habituer. Des taches noires dansent devant ma rétine, s'estompent, disparaissent. Peu à peu, les formes émergent de la pénombre.Les boxes. Alignés de chaque côté de l'allée centrale. Leurs portes en bois clair, leurs serrures de fer forgé, leurs plaques de cuivre où sont gravés le
Chapitre 64ClaraJe ne peux pas rester. Pas après ses mots. Pas après ses regards glacés. Pas après ce baiser partagé puis renié. Pas après que ses mains aient parcouru mon corps comme on explore un territoire conquis, puis qu'il ait prétendu que je n'étais qu'un exutoire, un corps acheté, une chose.La chambre est encore dans la pénombre. Les premières lueurs de l'aube filtrent à peine à travers les moucharabiehs, dessinant sur le sol de marbre des losanges pâles, bleutés, presque irréels. Les motifs sont nets au centre, flous sur les bords, étirés par l'angle du soleil qui se lève à peine derrière les dunes.Les murs de zelliges, d'habitude si vibrants sous la lumière du jour, sont ternes, grisâtres, comme recouverts d'u
Chapitre 45ClaraElle est assise sur une banquette de velours, au fond de la salle, à l'écart des autres invités. Sa robe est grise, d'un gris souris, sans bijoux, sans apparat. Ses cheveux blancs sont tirés en u
Chapitre 44ClaraLes invités blêmissent.Je le vois sur leurs visages, derrière leurs masques. Leurs yeux s'écarquillent. Leurs bouches s'ouvrent. Leurs mains se portent à leur gorge, comme pour rete
Chapitre 43RahimJe ne la quitte pas des yeux.Elle est entrée dans la salle il y a quelques instants, vêtue de la robe verte de Leïla, le voile de dentelle flottant derrière elle, les perles de
Chapitre 42ClaraLes invités arrivent.Je les entends avant de les voir. Un murmure lointain, qui enfle peu à peu, devient bourdonnement, puis cacophonie. Des voix d'hommes graves, des rires de femmes cris







