LOGINChapitre 68
Rahim
Je la guide.
Mes yeux cherchent les repères à travers le rideau de sable. La visibilité est nulle. Parfois, j'entrevois une crête, une ombre, une forme. Puis tout disparaît. Mais je connais cet endroit. Ces dunes que j'ai parcourues enfant, lors de chasses avec mon père, dans le silence et la chaleur. Ces vallées que j'ai traversées avec Idris, l
Chapitre 70ClaraLa nuit tombe sur l'oasis.La tempête s'est éloignée. Je ne l'entends plus. Les hurlements se sont tus, remplacés par un silence si profond qu'il semble peser sur mes oreilles. Parfois, une dernière rafale attardée fait vibrer les murs, mais elle est faible, lointaine, presque timide. La muraille de sable a continué sa route vers le sud, avalant d'autres horizons, d'autres cieux.Le silence est revenu.Un silence épais, lourd, presque palpable. Je peux le sentir sur ma peau, comme une seconde couche. Il appuie sur mes tympans, fait vibrer mes os, pèse sur ma poitrine. Chaque inspiration est une lutte contre cette masse invisible, cette présence absente.Dehors, le désert s'est apaisé.Les dunes, remodelées par le vent, ont chang&eac
Chapitre 69ClaraLa tempête fait rage.Dehors, le vent hurle. Il frappe les murs de pierre, de grandes claques sourdes qui résonnent dans la pièce. Il siffle par les fissures, par les interstices entre les blocs, minces filets d'air glacé qui traversent la maison. Il soulève des tourbillons de poussière au sol, fait danser des volutes grises dans la lumière tamisée. Les fenêtres vibrent, leurs vitres poussiéreuses menacent de voler en éclats. Les carreaux tremblent, claquent, tintent. Le toit de chaume grince, ses brins frottent les uns contre les autres, un bruit étrange, presque animal.Le bruit est assourdissant. Un rugissement continu, grave, profond. Parfois, il s'interrompt. Une accalmie. Une respiration. Puis il reprend, plus fort, plus déchaîné. Le désert se venge de notre prés
Chapitre 68RahimJe la guide.Mes yeux cherchent les repères à travers le rideau de sable. La visibilité est nulle. Parfois, j'entrevois une crête, une ombre, une forme. Puis tout disparaît. Mais je connais cet endroit. Ces dunes que j'ai parcourues enfant, lors de chasses avec mon père, dans le silence et la chaleur. Ces vallées que j'ai traversées avec Idris, lors de nos cavalcades adolescentes, à fuir les précepteurs, à inventer des royaumes imaginaires. Ces rochers, ces arbres morts, ces lits d'oued asséchés.Chaque détail est gravé dans ma mémoire. La crête là-bas, à gauche, qui ressemble à un dos de chameau couché. La vallée devant, qui s'ouvre entre deux dunes comme une plaie. Le rocher en forme de poing levé, que les ancie
Chapitre 67ClaraLe ciel s'obscurcit.Je galope depuis des heures. Je ne sais plus combien. Le temps s'est étiré, distendu, a perdu son sens. Les minutes sont devenues des heures, les heures des éternités. Mon dos est courbaturé, une douleur sourde qui part des reins, remonte le long de ma colonne vertébrale, s'enracine dans ma nuque. Mes cuisses brûlent, les muscles tiraillent à chaque mouvement du cheval, là où la selle a frotté la peau à vif.Mes mains sont crispées sur les rênes. Les doigts sont engourdis, les jointures blanches, les ongles s'enfoncent dans le cuir tressé. La paume droite est écorchée, une longue entaille laissée par une tension trop forte, le fil du cuir a coupé la chair. Le sang a séché, brun sur ma peau pâle.
Chapitre 66RahimLe messager entre en trombe dans mon bureau.Il ne frappe pas. Il ouvre la porte d'un geste brusque, violent, presque rageur. Les battants de cèdre heurtent les murs de pierre. Les gonds crient. Le loquet claque. Les tentures de velours frémissent, leurs plis s'agitent, leurs franges d'or dansent.Ses bottes claquent sur le marbre. Chaque pas résonne comme un coup de marteau. Il traverse la pièce en trois enjambées. Son visage est blême. Pas pâle. Blême. Cette couleur grisâtre que prend la peau quand le sang se retire, quand l'angoisse serre les artères. Ses joues sont creusées, ses pommettes saillantes. Ses lèvres tremblent, sèches, craquelées. Ses yeux sont écarquillés, le blanc zébré de rouge.Il ouvre la bouche. Sa voix est étrangl
Chapitre 65ClaraLes écuries sont silencieuses.La grande porte en bois de cèdre est entrouverte. Un battant est poussé, l'autre reste fixe, laissant passer un rai de lumière bleutée. Je me glisse dans l'entrebâillement, mes épaules frôlant les montants, mes hanches effleurant le bois rugueux. Le vieux cèdre sent la résine, la poussière, les années.L'obscurité est épaisse. Mes yeux mettent quelques secondes à s'habituer. Des taches noires dansent devant ma rétine, s'estompent, disparaissent. Peu à peu, les formes émergent de la pénombre.Les boxes. Alignés de chaque côté de l'allée centrale. Leurs portes en bois clair, leurs serrures de fer forgé, leurs plaques de cuivre où sont gravés le
Chapitre 15ClaraMon cœur s'arrête.Il sait que je suis là. Il l'a toujours su. Depuis le début. Depuis que mes pas ont résonné dans les couloirs déserts, depuis que mon ombre a traversé la galerie, depuis que je me suis arrêtée devant cette loggia.Et pourtant, il n'a pas bougé. Il n'a pas relevé
Chapitre 14ClaraIl est là.Assis sur le rebord de la loggia, les jambes pendantes dans le vide, les mains posées à plat sur la pierre froide. Sa silhouette se découpe sur le ciel étoilé, immense, solitaire, comme un roi déchu regardant son royaume s'effondrer.Rahim.Le Sultan.L'homme qui m'a pi
Chapitre 13ClaraJe n'arrive pas à dormir.Le lit de Leïla est trop grand, trop doux, trop imprégné de ce parfum de jasmin et de rose qui colle à ma peau, à mes cheveux, à mon souffle. Je me retourne entre les draps de soie, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, les oreilles tendues vers les b
Chapitre 12ClaraC'est le troisième jour de mon enfermement quand on m'apporte la robe.Deux servantes entrent dans mes appartements sans frapper, silencieuses comme des ombres, portant entre elles un mannequin de bois recouvert d'un drap de soie blanche. Elles le déposent au milieu du salon, s'in







