MasukLe taxi roulait depuis vingt bonnes minutes quand Amanda sentit son corps se détendre, comme un ressort qu'on desserre. La ville défilaient derrière la vitre des immeubles gris qui s'allongeaient à l'infini, des arbres tout nus, des gens qui marchaient vite, le nez planqué dans leur écharpe. Le chauffeur, un type d'une cinquantaine d'années au visage creusé comme une vieille route, avait pas dit grand-chose depuis le départ. Quelques mots sur les bouchons, sur la pluie qui menaçait, sur rien d'important.Amanda répondait par oui ou par non, le regard perdu dans le paysage qui s'éloignait. Elle pensait à sa mère. À la maison. À ce silence doux qu'elle allait retrouver. Son cœur se serrait un peu, mais c'était une bonne douleur. Celle des retrouvailles.— Vous êtes pressée, Mademoiselle ? demanda soudain le chauffeur.— Ouais, un peu. J'ai un train à prendre.— Je vais faire au mieux. Mais avec ces bouchons de merde, on est jamais sûr de rien.Il marqua une pause, jeta un coup d'œil da
La voiture noire était garée en double file, moteur tournant, trois hommes à l'intérieur. Lewis était au volant, les doigts crispés sur le cuir du volant, les yeux rivés sur l'entrée de l'immeuble. La foule continuait de sortir, lente et désorganisée, comme un troupeau qu'on aurait poussé vers la sortie sans lui donner de direction. À côté de lui, Malik, un grand costaud au crâne rasé, tripotait nerveusement son téléphone. À l'arrière, Samir, le plus jeune de l'équipe, regardait par la vitre teintée sans rien dire, les traits tirés par la fatigue et l'inquiétude.— Merde, souffla Lewis. On va la perdre.— On l'a déjà perdue, rectifia Malik. Regarde-moi ce bordel. On ne peut même pas distinguer les visages.L'alarme hurlait toujours. Les pompiers venaient d'arriver, deux gros camions rouges garés en travers de la rue, des hommes en tenue qui couraient vers l'immeuble. Les gens se bousculaient, certains remontaient déjà, d'autres restaient là à filmer avec leur téléphone. C'était la pan
L'appartement était devenu une cage.Amanda le sentait dans ses os, dans sa respiration, dans cette façon qu'elle avait de tourner en rond sans jamais toucher les murs. C'était une lente agonie que cette vie de verre et de béton, ces journées qui se ressemblaient toutes, ces nuits où elle écoutait les bruits de la ville sans jamais y participer. Chaque objet, chaque meuble, chaque rayon de lumière qui filtrait à travers les rideaux lui rappelait qu'elle était surveillée, observée, enfermée.Les hommes de Cameron étaient postés dehors, elle le savait. Peut-être qu'ils avaient renforcé la surveillance après son coup du livreur. Peut-être qu'ils l'attendaient, sachant qu'elle recommencerait. Leurs visages étaient devenus familiers celui qui lisait son téléphone adossé au lampadaire, celui qui restait dans la voiture noire moteur tournant, celui qui faisait les cent pas devant l'entrée de service. Des gardiens. Des geôliers en costard.Elle ne pouvait plus utiliser la même ruse. Trop ris
L'homme sur la chaise leva la tête. Il avait la trentaine, un visage dur, marqué par des années de rue et de mauvais choix. Des cicatrices barraient son arcade sourcilière, et ses jointures étaient couturées de ces callosités que seul un homme qui frappe souvent acquiert. Ses vêtements étaient sales, déchirés à certains endroits, et ses mains étaient liées dans le dos avec des attaches en plastique. Il avait l'air d'un ennemi. Pas le pire que Cameron ait croisé, mais un soldat d'une bande rivale, ceux qui grignotaient du terrain sur les zones d'influence de Black Industries depuis des mois.Cameron s'accroupit devant lui, le regarda dans les yeux.— Tu sais pourquoi t'es là ? demanda-t-il, la voix calme, presque douce.L'homme soutint son regard, un reste d'arrogance dans la mâchoire.— Parce que vous avez peur, Hayes. Parce que ma bande vous grignote du territoire et que vous ne savez plus quoi faire.Cameron hocha lentement la tête, un sourire froid aux lèvres.— Pas mal. Mais non.
Le sous-sol de Black Industries avait une odeur que Cameron connaissait par cœur. Un mélange de béton humide, de métal froid et de désinfectant bon marché cette senteur particulière des endroits où la lumière ne pénètre jamais et où les secrets se payent en silence. Il avait arpenté ces couloirs des centaines de fois, à toutes les heures du jour et de la nuit, mais ce soir, chaque pas résonnait différemment. Plus lourd. Plus définitif.Il s'installa dans la petite salle de surveillance, celle que personne ne connaissait, pas même ses plus proches lieutenants. Un écran, un clavier, des haut-parleurs. Et sur l'écran, une interface qu'il connaissait trop bien le système de géolocalisation et d'écoute qu'il avait installé sur le téléphone d'Amanda sans jamais le lui dire.Ses doigts hésitèrent au-dessus du clavier. Ce qu'il allait faire était une violation. Il le savait. Mais il avait besoin de savoir. Il avait besoin de comprendre ce qu'elle tramait, ce qu'elle pensait, ce qu'elle ress
L'appartement était silencieux. Trop silencieux.Amanda était restée assise sur le canapé pendant près d'une heure après le départ de Cameron, le carnet ouvert sur les genoux, les yeux fixés sur les mots sans les voir. Les tessons du vase étaient toujours éparpillés sur le parquet, les fleurs fanées dans une flaque d'eau qui commençait à s'infiltrer entre les lattes de bois. Elle n'avait pas eu la force de les ramasser.La colère était toujours là, brûlante, mais elle avait changé de nature. Ce n'était plus cette flamme vive qui la poussait à crier, à se défendre, à frapper du poing sur la table. C'était une braise sourde, enfouie sous la fatigue, qui réchauffait sa poitrine d'une chaleur lourde et persistante.Elle en voulait à Cameron. Elle en voulait à Marcus. Elle en voulait à son père, quelque part, pour être parti sans laisser de traces, pour avoir disparu sans explication, pour l'avoir laissée seule avec tous ces mensonges.Mais surtout, elle en voulait à elle-même. De ne pas s
Je suis assise sur le canapé de l'appartement, les jambes ramenées contre moi, enveloppée dans un plaid doux que j'ai trouvé dans le dressing encore un de ces détails luxueux qu'il a pensé à fournir, comme si tout ici était calculé pour me garder confortable dans ma cage dorée. Mes doigts caressen
Silence.Pendant tout le trajet, pas un mot. Le moteur ronronne, les pneus crissent sur l’asphalte aux virages, la radio reste éteinte. Rien que ce silence épais, pesant, qui s’installe entre nous comme un mur infranchissable.Moi, à l’arrière, je tremble. La rage s’est dissipée, laissant place à un
L’ascenseur continue sa descente silencieuse. Les chiffres défilent, 30, 25, 20, et je ne sais plus si je tremble de rage, de peur, ou de cette étrange excitation qui pulse dans mes veines malgré tout. La main de Cameron serre toujours mon bras, ses doigts imprimés dans ma chair comme un bracelet de
« Travaillé ensemble ? » Je secoue la tête, incrédule. La colère reprend le dessus, chasse la peur. « Qu'est-ce que tu racontes ? Mon père travaillait dans l'immobilier, des projets respectables, des trucs propres ! Il ne trempait pas dans des affaires comme les tiennes, Cameron ! Mon père n'aurait







