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Chapitre 03

Author: Beugre
last update publish date: 2026-03-18 22:01:38

Alec avait passé la nuit à fixer le plafond, les yeux grands ouverts dans l'obscurité. Son corps était épuisé, mais son esprit refusait de lâcher prise. Les mêmes questions tournaient en boucle, comme un disque rayé. Pourquoi ce lien ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, pourquoi lui, Erik, parmi tous les êtres sur cette terre ?

Quand les premières lueurs de l'aube filtrèrent à travers les rideaux, Alec comprit qu'il n'avait pas dormi une seule minute. Il se leva, le dos raide, la tête lourde, et traversa sa chambre comme un zombie. Il évita soigneusement le miroir. Pas aujourd'hui. Il n'avait pas besoin de voir à quel point il avait l'air aussi brisé qu'il se sentait.

Dans la cuisine, sa mère préparait le café sans vraiment y croire. Elle lui jeta un regard en coin, ce regard qu'elle avait adopté depuis quelque temps celui de quelqu'un qui observe un animal blessé sans oser s'approcher.

— Tu vas bien ? demanda-t-elle d'une voix trop prudente.

Alec haussa les épaules, attrapant une pomme qu'il ne mangerait pas.

— Ouais.

Sa voix était plate, dénuée de toute émotion. Il attrapa son sac et quitta la maison sans un mot de plus, laissant sa mère seule avec ses inquiétudes.

Le trajet jusqu'à l'université fut un brouillard. Alec marchait sans vraiment voir où il allait, ses pieds connaissant le chemin mieux que son esprit. Il était coincé, prisonnier d'un lien qu'il n'avait pas choisi, d'un passé qu'il ne pouvait plus fuir, d'un avenir qui le terrifiait. Chaque pas lui donnait l'impression de s'enfoncer un peu plus dans des sables mouvants.

Le campus grouillait d'étudiants, tous absorbés dans leurs propres vies, leurs propres drames. Alec se faufila entre eux comme un fantôme, évitant les regards, les sourires, tout contact humain. Il voulait disparaître, se fondre dans le décor, devenir aussi invisible qu'il se sentait.

— T'es en retard.

La voix le frappa en pleine poitrine comme une décharge électrique. Alec s'arrêta net, le souffle coupé. Il n'avait pas besoin de se retourner. Il aurait reconnu cette voix entre mille. Sa voix.

Erik était adossé contre le mur du couloir, bras croisés, une expression indéchiffrable sur le visage. Il avait l'air calme, presque détaché, mais ses yeux disaient tout autre chose. Ils parlaient de nuits blanches, de doutes, de cette même douleur qu'Alec ressentait au creux de son ventre.

— Tu me suis, maintenant ? lança Alec d'une voix glaciale.

Erik haussa une épaule, un geste qui se voulait désinvolte mais qui sonnait faux.

— Je te suis pas. Je suis là, c'est tout. Et toi aussi. C'est un peu le principe, non ?

— Je ne veux pas de ce principe, gronda Alec en serrant les poings. Je ne veux pas de toi. Je ne veux pas de ce lien. Je ne veux pas de tout ça.

Il s'entendait parler, et sa voix tremblait malgré lui. Il détestait ça. Il détestait montrer ses faiblesses, surtout devant lui.

Erik ne broncha pas. Il se contenta de le regarder, avec une patience qui semblait infinie. Cette patience, justement, rendait Alec encore plus furieux. Pourquoi n'était-il pas en colère ? Pourquoi ne ripostait-il pas ? Pourquoi restait-il là à encaisser sans rien dire ?

— Je sais, murmura enfin Erik. Je sais que t'es pas prêt. Je sais que tu veux pas de moi. Je sais tout ça, Alec. Mais ça change rien.

— Qu'est-ce que tu veux dire par "ça change rien" ? explosa Alec, attirant quelques regards curieux dans le couloir. Il baissa la voix, mais son ton resta acéré. Tu crois que parce que t'as décidé de jouer au mec bien maintenant, tout va s'arranger ? Tu crois que je vais oublier ce que tu m'as fait ?

Les mots flottèrent entre eux, lourds comme du plomb. Erik encaissa sans ciller, mais Alec vit quelque chose vaciller dans son regard. Une faille, minuscule, presque imperceptible.

— Je te demande pas d'oublier, répondit Erik doucement. Je te demande pas de me pardonner. Je te demande rien du tout, en fait. Je suis juste là. Parce que c'est là que je dois être.

Alec voulait hurler. Il voulait le frapper, le repousser, le faire disparaître. Mais ses bras restaient collés le long de son corps, trahissant chaque pensée de son esprit. Il était paralysé, cloué sur place par ce regard qui le transperçait jusqu'à l'os.

— Je n'ai pas le temps pour ça, articula-t-il enfin, la voix étranglée. Je ne veux rien avoir à faire avec toi.

Il tourna les talons et s'éloigna d'un pas rapide, presque une fuite. Il sentait le regard d'Erik dans son dos, brûlant comme une braise. Il continua d'avancer, traversa le hall, sortit du bâtiment, marcha encore jusqu'à ce que ses jambes le mènent dans un coin isolé du campus, derrière la bibliothèque.

Là, il s'adossa contre le mur de briques et ferma les yeux. Son cœur battait si fort qu'il croyait qu'il allait exploser.

Je serai là. Toujours.

Les mots d'Erik résonnaient dans sa tête, refusant de partir. Et le pire, le plus terrible, c'est qu'au fond de lui, dans ce chaos d'émotions contradictoires, une toute petite partie de lui une partie qu'il refusait d'écouter n'était pas aussi en colère qu'elle aurait dû l'être.

Je veux pas de toi, se répéta-t-il, comme un mantra.

Mais les mots sonnaient creux, même à ses propres oreilles.

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