LOGINAlec n'avait plus qu'une seule obsession : fuir. Loin d'Erik, loin de ce lien qui vrillait son esprit comme une lame qu'on retourne sans cesse dans la plaie. Chaque regard échangé était un piège qui se refermait un peu plus sur lui. Il n'avait rien demandé de tout ça. Il n'avait pas choisi de souffrir encore.
En cours, il fixait le tableau sans rien voir. Les mots du professeur n'étaient qu'un bourdonnement lointain, noyé sous le tumulte de ses pensées. Ce lien. Ce putain de lien. Il l'obsédait, le hantait, le tirait vers des eaux si troubles qu'il préférait fermer les yeux plutôt que d'affronter ce qui s'y cachait. Toute sa vie, il avait couru après la paix. Et maintenant, Erik se dressait sur sa route, vivant, brûlant, impossible à ignorer. Dès que le cours se termina, Alec fut le premier dehors. Il voulait disparaître avant que quiconque ne l'aperçoive. Mais à peine eut-il poussé la porte du bâtiment que son regard tomba sur une silhouette appuyée contre un arbre, les bras croisés, le visage fermé mais les yeux... les yeux tellement ouverts sur lui. Erik. — Qu'est-ce que tu veux encore ? lança Alec d'une voix tranchante comme du verre. Erik se détacha de l'arbre et fit un pas en avant. Un seul. Comme s'il mesurait chaque mouvement pour ne pas l'effrayer. — Je t'ai laissé du temps. J'ai essayé de respecter ta bulle, même si ça m'a tué à l'intérieur. Mais ce lien, Alec... il me tire vers toi sans arrêt. Je peux pas faire semblant. — Alors fais semblant ! explosa Alec, les poings serrés, les épaules tendues comme un arc prêt à rompre. Je t'ai jamais demandé d'être là ! Je veux juste qu'on me foute la paix ! Erik soutint son regard sans ciller. Il y avait quelque chose dans ses yeux, une patience inébranlable qui contrastait avec la tempête qui faisait rage en Alec. — Je sais que t'as pas choisi ça. Mais moi non plus, je l'ai pas choisi. Pourtant, il est là. Et plus tu luttes, plus ça te bouffe de l'intérieur. Crois-moi, je vois ce que ça te fait. Je le sens. Alec voulut nier, mais les mots restèrent coincés. Parce qu'au fond, il savait qu'Erik disait vrai. Chaque nuit, chaque instant de solitude, cette présence invisible mais oppressante lui rappelait qu'il n'était plus seul dans sa tête. Et cette idée le terrifiait autant qu'elle l'attirait. — Alors quoi ? souffla-t-il, la voix brisée. Je dois juste... accepter ? Laisser ce truc me dévorer ? — Non, répondit doucement Erik. Tu dois arrêter de te battre contre toi-même. Contre nous. Parce que c'est pas le lien qui te détruit, Alec. C'est ta peur de l'accepter. Un silence électrique s'installa entre eux. Alec sentait son cœur cogner si fort qu'il en avait mal aux tempes. Il détestait cette sensation, cette vulnérabilité qu'il n'arrivait plus à cacher. Mais en même temps... en même temps, il y avait un réconfort étrange à voir Erik si proche, si présent, comme un phare dans la nuit. — Je veux juste être normal, murmura-t-il, les yeux brillants. Juste... normal. Erik secoua lentement la tête. — Y a rien de normal dans ce monde. Et toi, t'as toujours été spécial, même avant tout ça. Même avant moi. Le problème, c'est que t'as passé ta vie à essayer de rentrer dans des cases qui sont pas faites pour toi. Alec leva les yeux vers lui, surpris par la sincérité de ses paroles. Il y avait quelque chose dans la voix d'Erik, une tendresse brute, maladroite, mais réelle. — Pourquoi tu fais ça ? demanda-t-il dans un souffle. Pourquoi tu t'accroches à moi alors que je te repousse sans arrêt ? Erik baissa les yeux un instant, comme s'il cherchait ses mots au fond de lui-même. — Parce que je te vois, Alec. Pour de vrai. Pas juste le mec qui se cache sous sa capuche. Pas juste la victime ou le solitaire. Je te vois, toi. Et je sais qu'au fond, t'as juste besoin que quelqu'un reste. Même quand tu cries de partir. Les larmes montèrent, brûlantes, injustes. Alec les refoula de toutes ses forces, mais une seule parvint à s'échapper, roulant sur sa joue glacée. Il l'essuya d'un geste rageur, honteux. — Je ne sais pas si je suis prêt, avoua-t-il dans un murmure. Je ne sais pas si je le serai un jour. Erik s'approcha encore, jusqu'à n'être qu'à quelques centimètres de lui. Assez près pour qu'Alec sente sa chaleur, son odeur, cette chose indéfinissable qui les reliait. — J'attendrai, dit-il simplement. Aussi longtemps qu'il faudra. Parce que toi, tu vaux toutes les attentes du monde. Alec leva les yeux vers lui, perdu, submergé, mais pour la première fois depuis longtemps... pas complètement seul. Quelque chose venait de changer. Il ne savait pas encore quoi, ni où ça le mènerait. Mais pour la première fois, l'idée d'avancer avec Erik ne lui semblait plus totalement impossible.Les jours suivants furent un tourbillon pour Alec. Chaque pensée, chaque geste semblait ramener à ce lien, à cette présence envahissante qu’Erik occupait dans sa vie. Il avait beau tenter de s’occuper l’esprit avec ses cours, avec ses amis, rien ne parvenait à chasser cette obsession, ce tiraillement constant entre la colère et une irrépressible envie de comprendre.Erik n’était plus un simple souvenir. Il était une ombre, une marque indélébile gravée dans ses pensées, jusque dans ses rêves. Même endormi, il voyait ses yeux perçants, cette lueur de tristesse dans son regard, ce sourire énigmatique à la fois si lointain et si proche. Malgré lui, Alec ne pouvait s’empêcher de le chercher, de le désirer.Mais chaque fois qu’il pensait à ce lien, une rage sourde le consumait. Il haïssait cette impression d’être manipulé par un destin qu’il n’avait pas choisi. Il n’était pas prêt à tout accepter, à se laisser guider sans comprendre. Pourquoi lui ? Pourquoi ce lien avec quelqu’un qui avait
Les jours passèrent, et Alec ne pouvait échapper à l’ombre d’Erik. Même lorsqu’ils se croisaient dans les couloirs de l’université, le monde autour de lui semblait se réduire à ce lien invisible, mais omniprésent. Erik habitait ses pensées, présence constante qu’il ne parvenait pas à fuir, même quand il s’efforçait de l’ignorer.Il s’était peu à peu installé dans un entre-deux, ni vraiment prêt à accepter ce qu’il ressentait, ni capable de le repousser. Une douleur sourde lui serrait la poitrine, un tourment que seule la pensée d’Erik parvenait à apaiser. Mais cette pensée l’effrayait. Chaque fois qu’il se retrouvait seul, la voix d’Erik résonnait dans sa tête, l’invitant à plonger dans ce lien qu’il n’avait pas choisi, mais qui se refermait sur lui comme un étau.Un après-midi, Alec décida de reprendre le contrôle. Il ne pouvait pas continuer à vivre dans cette confusion. Il avait besoin de réponses. Des réponses que seul Erik semblait pouvoir lui donner, même si l’idée de se retrouv
Alec marchait sans but, ses pas avalés par le brouhaha de la ville. Chaque son, chaque visage semblait se refermer sur lui, un étau un peu plus serré. Il avait besoin de fuir, de respirer, mais il n'y avait nulle part où aller. La ville entière n'était qu'un immense rappel d'Erik, un écho constant de ce lien qu'il ne pouvait ignorer.Ses pas le menèrent finalement au parc, son sanctuaire habituel, le seul endroit où il trouvait un semblant de paix quand le monde devenait trop lourd. Il s'effondra sur un banc, les mains tremblantes, crispées sur ses genoux. Les arbres familiers lui parurent soudain plus grands, plus menaçants ; leurs branches tordues évoquaient des bras squelettiques prêts à l'emprisonner. L'impression d'être enfermé dans une cage invisible était devenue une certitude. Et Erik, forcément Erik, en détenait l'unique clé. Il haïssait cette impuissance, cette sensation d'être à la merci d'une force qu'il ne comprenait pas, qui le dépassait.Il ferma les paupières, s'efforç
Alec n'avait plus qu'une seule obsession : fuir. Loin d'Erik, loin de ce lien qui vrillait son esprit comme une lame qu'on retourne sans cesse dans la plaie. Chaque regard échangé était un piège qui se refermait un peu plus sur lui. Il n'avait rien demandé de tout ça. Il n'avait pas choisi de souffrir encore.En cours, il fixait le tableau sans rien voir. Les mots du professeur n'étaient qu'un bourdonnement lointain, noyé sous le tumulte de ses pensées. Ce lien. Ce putain de lien. Il l'obsédait, le hantait, le tirait vers des eaux si troubles qu'il préférait fermer les yeux plutôt que d'affronter ce qui s'y cachait. Toute sa vie, il avait couru après la paix. Et maintenant, Erik se dressait sur sa route, vivant, brûlant, impossible à ignorer.Dès que le cours se termina, Alec fut le premier dehors. Il voulait disparaître avant que quiconque ne l'aperçoive. Mais à peine eut-il poussé la porte du bâtiment que son regard tomba sur une silhouette appuyée contre un arbre, les bras croisés,
Alec avait passé la nuit à fixer le plafond, les yeux grands ouverts dans l'obscurité. Son corps était épuisé, mais son esprit refusait de lâcher prise. Les mêmes questions tournaient en boucle, comme un disque rayé. Pourquoi ce lien ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, pourquoi lui, Erik, parmi tous les êtres sur cette terre ?Quand les premières lueurs de l'aube filtrèrent à travers les rideaux, Alec comprit qu'il n'avait pas dormi une seule minute. Il se leva, le dos raide, la tête lourde, et traversa sa chambre comme un zombie. Il évita soigneusement le miroir. Pas aujourd'hui. Il n'avait pas besoin de voir à quel point il avait l'air aussi brisé qu'il se sentait.Dans la cuisine, sa mère préparait le café sans vraiment y croire. Elle lui jeta un regard en coin, ce regard qu'elle avait adopté depuis quelque temps celui de quelqu'un qui observe un animal blessé sans oser s'approcher.— Tu vas bien ? demanda-t-elle d'une voix trop prudente.Alec haussa les épaules, attrapant une pomm
Quand il rouvrit les yeux, il n’était plus sur le banc.Il était dans sa chambre. Pourtant, il l’avait quittée des heures plus tôt. Ses mains tremblaient. La lumière, l’air, tout semblait flotter à la limite du réel. Il se leva d’un bond et courut vers le miroir posé sur la commode. Son reflet ne semblait pas différent, mais au fond de ses yeux, il y avait un vide nouveau. Une absence.Il se sentait… léger. Mais terrifié.Aucun souvenir ne lui revenait. Il fouilla sa mémoire en vain, comme on cherche une lumière dans une pièce plongée dans le noir. Rien. Le néant. Et pourtant, une sensation persistait, étrange, au fond de sa poitrine. Comme une porte close qu’il ne pouvait pas ouvrir.Il tenta de se rappeler qui il était, mais tout se brouillait. Ses parents ? Des amis ? Des visages flous passaient, mais rien n’avait de poids. Comme si l’essentiel s’était envolé.La porte de la chambre s’ouvrit.Alec se retourna, le souffle coupé. Dans l’encadrement se tenait un homme. Un homme dont l







