LOGINAlec marchait sans but, ses pas avalés par le brouhaha de la ville. Chaque son, chaque visage semblait se refermer sur lui, un étau un peu plus serré. Il avait besoin de fuir, de respirer, mais il n'y avait nulle part où aller. La ville entière n'était qu'un immense rappel d'Erik, un écho constant de ce lien qu'il ne pouvait ignorer.
Ses pas le menèrent finalement au parc, son sanctuaire habituel, le seul endroit où il trouvait un semblant de paix quand le monde devenait trop lourd. Il s'effondra sur un banc, les mains tremblantes, crispées sur ses genoux. Les arbres familiers lui parurent soudain plus grands, plus menaçants ; leurs branches tordues évoquaient des bras squelettiques prêts à l'emprisonner. L'impression d'être enfermé dans une cage invisible était devenue une certitude. Et Erik, forcément Erik, en détenait l'unique clé. Il haïssait cette impuissance, cette sensation d'être à la merci d'une force qu'il ne comprenait pas, qui le dépassait. Il ferma les paupières, s'efforçant de calmer le tumulte dans sa tête. Peine perdue. La voix d'Erik résonnait, claire et nette, comme un murmure juste derrière son oreille. Il tentait de l'ignorer, de la noyer dans le bruit de la ville, mais elle revenait toujours, implacable, obsédante. « Tu ne peux pas fuir, Alec. » La voix, cette fois, n'était pas dans sa tête. Alec sursauta, le cœur cognant douloureusement contre ses côtes. Il n'avait pas entendu Erik arriver. Il se tenait là, derrière lui, telle une ombre silencieuse, comme si le destin s'acharnait à le placer sur son chemin à chaque détour. « Tu n'as pas à me suivre ! » cracha Alec en se levant d'un bond, la peur se muant instantanément en une colère brute, incontrôlable. « Je ne te suis pas, répondit Erik, d'un calme presque surnaturel. Je suis là parce que tu m'as attiré. Et je serai toujours là. » Les mots frappèrent Alec de plein fouet, d'une violence inouïe. L'avait-il attiré ? Comment osait-il prétendre une chose pareille ? Lui n'avait rien demandé, rien fait pour ça. Tout ce qu'il voulait, c'était oublier. « Je ne veux pas de toi dans ma vie ! » riposta-t-il, les poings serrés, le souffle court. « Je ne veux rien de ce lien. C'est trop, Erik ! Tu m'entends ? C'est trop pour moi ! » Erik fit un pas vers lui. Un seul. Il savait qu'Alec n'était pas prêt, qu'un geste de plus le ferait fuir. Mais il ne pouvait pas reculer. « Tu ne comprends pas, Alec. Ce lien ne disparaîtra pas. Tu peux le rejeter, te battre contre lui tant que tu voudras. Il te rattrapera toujours. Ça, tu ne peux pas l'éviter. » Alec serra les dents, chaque mot d'Erik le tirant un peu plus profondément dans un abîme dont il ne voyait pas l'issue. Pourtant, au milieu de la rage et de la peur, une étrange douleur pulsait dans sa poitrine. Une douleur sourde, presque douce, angoissante et étrangement réconfortante à la fois, comme la reconnaissance d'une partie de lui-même qu'il avait toujours ignorée. « Tu veux que je croie que c'est le destin, hein ? » dit Alec, le regard acéré. « Que je n'ai pas le choix, que je dois accepter ça ? » Erik hocha lentement la tête. « C'est plus que le destin. C'est une connexion. Un lien qui dépasse tout ce que tu connais. Et même si tu refuses d'y croire, il est là. Il ne partira pas. » « Je n'ai pas demandé ça, » murmura Alec, la voix brisée. « Et pourtant, tu l'as. Et je serai là, Alec. Parce que c'est ainsi. » Le silence retomba, dense, pesant. Alec se laissa tomber sur le banc, les yeux rivés au sol, l'esprit en feu. Il savait ses paroles vaines. Erik avait raison. Le lien existait, qu'il le veuille ou non. Peut-être qu'il n'avait effectivement pas le choix. Mais comment accepter que celui qui l'avait tant fait souffrir, celui qui hantait ses pensées, soit désormais la seule personne capable de l'aider à affronter ce fardeau ? « Je ne sais pas quoi faire, » finit-il par avouer, la voix éteinte, la fatigue courbant ses épaules. « Je ne comprends rien à tout ça. » Erik s'assit près de lui, sans un mot. Il n'avait pas besoin de répondre. Alec savait déjà que ce lien serait là, toujours, et qu'un jour, il devrait l'accepter. Mais accepter n'était pas pardonner. Il y avait encore tant de choses, tant de blessures, qu'il n'était pas prêt à affronter. Pourtant, pour la première fois depuis longtemps, l'immense solitude qui l'habitait sembla se fissurer. Le poids du lien, toujours aussi lourd, était peut-être un peu plus facile à porter, maintenant qu'ils étaient deux. Il ne comprenait pas pourquoi, mais une infime partie de lui cessait de lutter. Quelque chose d'indicible, une vérité qu'il n'avait pas encore saisie, se cachait au cœur de cette connexion qu'il rejetait. Et même si cela lui faisait mal, même si cela le terrifiait, il savait, au plus profond de lui, qu'il ne pourrait jamais y échapper. Ni à ce lien. Ni à Erik.Les jours suivants furent un tourbillon pour Alec. Chaque pensée, chaque geste semblait ramener à ce lien, à cette présence envahissante qu’Erik occupait dans sa vie. Il avait beau tenter de s’occuper l’esprit avec ses cours, avec ses amis, rien ne parvenait à chasser cette obsession, ce tiraillement constant entre la colère et une irrépressible envie de comprendre.Erik n’était plus un simple souvenir. Il était une ombre, une marque indélébile gravée dans ses pensées, jusque dans ses rêves. Même endormi, il voyait ses yeux perçants, cette lueur de tristesse dans son regard, ce sourire énigmatique à la fois si lointain et si proche. Malgré lui, Alec ne pouvait s’empêcher de le chercher, de le désirer.Mais chaque fois qu’il pensait à ce lien, une rage sourde le consumait. Il haïssait cette impression d’être manipulé par un destin qu’il n’avait pas choisi. Il n’était pas prêt à tout accepter, à se laisser guider sans comprendre. Pourquoi lui ? Pourquoi ce lien avec quelqu’un qui avait
Les jours passèrent, et Alec ne pouvait échapper à l’ombre d’Erik. Même lorsqu’ils se croisaient dans les couloirs de l’université, le monde autour de lui semblait se réduire à ce lien invisible, mais omniprésent. Erik habitait ses pensées, présence constante qu’il ne parvenait pas à fuir, même quand il s’efforçait de l’ignorer.Il s’était peu à peu installé dans un entre-deux, ni vraiment prêt à accepter ce qu’il ressentait, ni capable de le repousser. Une douleur sourde lui serrait la poitrine, un tourment que seule la pensée d’Erik parvenait à apaiser. Mais cette pensée l’effrayait. Chaque fois qu’il se retrouvait seul, la voix d’Erik résonnait dans sa tête, l’invitant à plonger dans ce lien qu’il n’avait pas choisi, mais qui se refermait sur lui comme un étau.Un après-midi, Alec décida de reprendre le contrôle. Il ne pouvait pas continuer à vivre dans cette confusion. Il avait besoin de réponses. Des réponses que seul Erik semblait pouvoir lui donner, même si l’idée de se retrouv
Alec marchait sans but, ses pas avalés par le brouhaha de la ville. Chaque son, chaque visage semblait se refermer sur lui, un étau un peu plus serré. Il avait besoin de fuir, de respirer, mais il n'y avait nulle part où aller. La ville entière n'était qu'un immense rappel d'Erik, un écho constant de ce lien qu'il ne pouvait ignorer.Ses pas le menèrent finalement au parc, son sanctuaire habituel, le seul endroit où il trouvait un semblant de paix quand le monde devenait trop lourd. Il s'effondra sur un banc, les mains tremblantes, crispées sur ses genoux. Les arbres familiers lui parurent soudain plus grands, plus menaçants ; leurs branches tordues évoquaient des bras squelettiques prêts à l'emprisonner. L'impression d'être enfermé dans une cage invisible était devenue une certitude. Et Erik, forcément Erik, en détenait l'unique clé. Il haïssait cette impuissance, cette sensation d'être à la merci d'une force qu'il ne comprenait pas, qui le dépassait.Il ferma les paupières, s'efforç
Alec n'avait plus qu'une seule obsession : fuir. Loin d'Erik, loin de ce lien qui vrillait son esprit comme une lame qu'on retourne sans cesse dans la plaie. Chaque regard échangé était un piège qui se refermait un peu plus sur lui. Il n'avait rien demandé de tout ça. Il n'avait pas choisi de souffrir encore.En cours, il fixait le tableau sans rien voir. Les mots du professeur n'étaient qu'un bourdonnement lointain, noyé sous le tumulte de ses pensées. Ce lien. Ce putain de lien. Il l'obsédait, le hantait, le tirait vers des eaux si troubles qu'il préférait fermer les yeux plutôt que d'affronter ce qui s'y cachait. Toute sa vie, il avait couru après la paix. Et maintenant, Erik se dressait sur sa route, vivant, brûlant, impossible à ignorer.Dès que le cours se termina, Alec fut le premier dehors. Il voulait disparaître avant que quiconque ne l'aperçoive. Mais à peine eut-il poussé la porte du bâtiment que son regard tomba sur une silhouette appuyée contre un arbre, les bras croisés,
Alec avait passé la nuit à fixer le plafond, les yeux grands ouverts dans l'obscurité. Son corps était épuisé, mais son esprit refusait de lâcher prise. Les mêmes questions tournaient en boucle, comme un disque rayé. Pourquoi ce lien ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, pourquoi lui, Erik, parmi tous les êtres sur cette terre ?Quand les premières lueurs de l'aube filtrèrent à travers les rideaux, Alec comprit qu'il n'avait pas dormi une seule minute. Il se leva, le dos raide, la tête lourde, et traversa sa chambre comme un zombie. Il évita soigneusement le miroir. Pas aujourd'hui. Il n'avait pas besoin de voir à quel point il avait l'air aussi brisé qu'il se sentait.Dans la cuisine, sa mère préparait le café sans vraiment y croire. Elle lui jeta un regard en coin, ce regard qu'elle avait adopté depuis quelque temps celui de quelqu'un qui observe un animal blessé sans oser s'approcher.— Tu vas bien ? demanda-t-elle d'une voix trop prudente.Alec haussa les épaules, attrapant une pomm
Quand il rouvrit les yeux, il n’était plus sur le banc.Il était dans sa chambre. Pourtant, il l’avait quittée des heures plus tôt. Ses mains tremblaient. La lumière, l’air, tout semblait flotter à la limite du réel. Il se leva d’un bond et courut vers le miroir posé sur la commode. Son reflet ne semblait pas différent, mais au fond de ses yeux, il y avait un vide nouveau. Une absence.Il se sentait… léger. Mais terrifié.Aucun souvenir ne lui revenait. Il fouilla sa mémoire en vain, comme on cherche une lumière dans une pièce plongée dans le noir. Rien. Le néant. Et pourtant, une sensation persistait, étrange, au fond de sa poitrine. Comme une porte close qu’il ne pouvait pas ouvrir.Il tenta de se rappeler qui il était, mais tout se brouillait. Ses parents ? Des amis ? Des visages flous passaient, mais rien n’avait de poids. Comme si l’essentiel s’était envolé.La porte de la chambre s’ouvrit.Alec se retourna, le souffle coupé. Dans l’encadrement se tenait un homme. Un homme dont l







