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Chapitre 2 : Son côté du dressing

Author: Rarejewel
last update publish date: 2026-07-25 09:22:15

Roman se réveilla à l'odeur du café brûlé.

Il resta immobile un instant, les yeux au plafond. Isabella s'affairait en bas. Des placards qui s'ouvraient. Se refermaient. S'ouvraient à nouveau.

Il consulta son téléphone. 6h51. Il se leva.

Elle se tenait devant le plan de travail dans sa chemise à lui, cheveux détachés, fronçant les sourcils devant le placard au-dessus de la machine à café. Ce n'était pas le bon. C'était celui des verres.

« Tu ranges le café où ? » demanda-t-elle.

Roman s'approcha du comptoir et se posta à côté d'elle. Il regarda le placard qu'elle avait ouvert, puis celui d'à côté, puis celui d'en face. Il réalisa, debout dans sa propre cuisine, qu'il n'en savait rien.

Pendant trois ans, le café avait simplement toujours été là quand il descendait le matin. Déjà prêt. Déjà à la bonne température. Il l'avait pris et était parti sans jamais se demander d'où il venait ni qui s'en était occupé.

« Essaie celui près de la fenêtre », dit-il. Il devinait.

Isabella essaya deux autres placards avant de trouver le bon. Une étagère près du réfrigérateur, organisée par catégorie, chaque section marquée d'un petit bout de ruban adhésif avec une écriture nette. *Classique. Décaféiné. Invités.*

Isabella éclata de rire. « Qui étiquette son placard à café ? »

« Apparemment, nous », dit Roman.

Il se servit un verre d'eau et monta à l'étage.

...

Il resta dans l'embrasure du dressing plus longtemps qu'il ne l'aurait voulu.

Son côté à lui n'avait pas changé. Costumes sombres, chemises classées par couleur, tout exactement où il l'avait laissé. Le côté de Sera était vide. Il le savait déjà. Elle le lui avait dit avant de partir la veille. Il avait hoché la tête, n'avait rien dit, et avait cru comprendre ce que « vide » voulait dire.

Il n'avait rien compris du tout.

Ce n'était pas le genre de vide qui suggère un départ précipité. Chaque cintre était orienté dans le même sens. Le papier d'étagère était lisse, sans un pli. Le porte-chaussures en bas avait été essuyé, chaque compartiment nu et sans poussière. Elle avait vidé trois années de sa vie et laissé l'espace plus net qu'elle ne l'avait trouvé.

Il resta là à regarder.

Il n'aurait pas su dire ce qu'il attendait. Quelque chose de plus désordonné, peut-être. Quelque chose qui ressemble davantage à un départ. Ça, ça ressemblait à quelqu'un qui avait simplement pris une décision, puis l'avait mise en œuvre, et avait refermé la porte derrière elle sans avoir besoin d'en faire toute une scène.

Il entra et fit glisser sa main sur l'étagère vide. Bois frais. Aucune poussière.

C'est là qu'il le vit. Étagère du haut, tout au fond dans le coin. Un petit carnet à la couverture vert foncé, la reliure adoucie par l'usure. Il serait complètement passé à côté si l'étagère avait été pleine.

Il tendit le bras et le descendit.

Il tenait dans une main. Rien d'écrit dessus. Aucun nom, aucune étiquette. La couverture avait cette texture douce, presque veloutée, des objets qu'on transporte depuis longtemps.

Il ne l'ouvrit pas.

Il resta un instant à le tenir, le pouce sur la couverture, puis le posa sur son côté de l'étagère à lui. Il s'en occuperait plus tard. Peut-être.

« Roman ? » La voix d'Isabella, depuis la chambre. « Tu veux des œufs ? J'ai trouvé des œufs. »

« Ça va, merci », répondit-il.

Il s'habilla et descendit.

...

Isabella était à la table de la cuisine avec son café et son téléphone, déjà plongée dans une conversation, riant de quelque chose qu'il n'avait pas entendu. Elle avait l'air à l'aise. Installée. Elle avait posé ses pieds sur la chaise à côté d'elle, comme elle le faisait autrefois dans son propre appartement.

« La lumière ici est incroyable », dit-elle en le voyant. Elle inclina la tête vers les fenêtres. « On devrait quand même se débarrasser de ces rideaux. Ils sont tellement lourds. Cet endroit pourrait être tellement plus ouvert. »

« Ils sont sur mesure », dit Roman.

« Je sais, mais quand même. Quand on redécorera, je veux que tout soit plus léger. Plus aéré. » Elle but une gorgée de café. « Ça va être formidable, Roman. Cet endroit qui devient enfin le nôtre. »

Il attrapa sa veste posée sur le dossier de la chaise. « Je dois aller au bureau. »

« Tu n'as rien mangé. »

« Je prendrai quelque chose là-bas. »

Il se rendit dans son bureau chercher son ordinateur portable. La pièce était silencieuse, comme tout le penthouse semblait l'être maintenant, un genre particulier de silence qu'il n'arrivait pas encore à nommer. Il s'assit au bureau et tendit la main vers un stylo.

Il ouvrit le tiroir du haut.

Il avait été réorganisé.

Son tiroir avait toujours été un chaos maîtrisé. Des stylos mélangés à des trombones, un vieux câble de chargeur qu'il n'utilisait jamais, des cartes de visite qu'il comptait jeter depuis des mois. Il avait son propre système au milieu de ce désordre. Il savait toujours où tout se trouvait.

Maintenant, tout était trié. Des stylos dans une petite tasse en céramique à gauche. Des trombones dans une coupelle à côté. Le câble de chargeur enroulé et maintenu par un clip. Des cartes de visite regroupées par un élastique, au fond du coin.

Il l'observa un instant. Puis il remarqua le petit carré de papier jaune collé à l'intérieur, en haut du tiroir. Petit. L'adhésif tenait à peine sur les bords, le papier ramolli par le temps.

Il se pencha et le lut.

Aspirine, en haut à gauche. Tu oublies toujours.

Son écriture à elle. Des lettres petites et régulières. Le mot était ancien. Le papier avait légèrement jauni sur les coins. Elle l'avait collé là il y a longtemps et n'en avait jamais parlé. Il avait dû ouvrir ce tiroir des centaines de fois sans jamais le remarquer.

Il se laissa retomber contre le dossier de sa chaise.

Il entendait Isabella dans la cuisine, toujours au téléphone, son rire portant facilement à travers l'appartement.

Roman regarda le mot.

Tu oublies toujours.

Elle avait su ça de lui. Elle avait fait quelque chose pour y remédier sans qu'on le lui demande, sans en parler, sans s'attendre à ce qu'il le remarque un jour. Elle s'en était simplement occupée, en silence.

Il resta assis là un long moment sans tendre la main vers son stylo.

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