Se connecterChapitre 41
Livia
Mes mains tremblent, le papier froissé danse devant mes yeux comme une feuille morte dans le vent d'automne, les mots se brouillent et se précisent tour à tour, et je dois m'asseoir sur le bord du lit pour ne pas m'effondrer sur les dalles de pierre froide, les jambes coupées par la violence de la découverte. Je relis le mot pour la troisième fois, pour la dixième fois, pour la centième fois, et chaque lecture confirme ce que la préc
Chapitre 51LiviaLe Duc vacille, je le vois chanceler comme un homme ivre, comme un boxeur qui vient de recevoir un coup en pleine tempe et qui ne sait plus où il se trouve, et je sens mon cœur se serrer dans ma poitrine à la vue de cet homme si fort, si fier, si implacable, qui s'effondre devant moi comme un château de cartes balayé par le vent. Il ne me croit pas, il refuse de me croire, il s'accroche à ses certitudes comme un naufragé à une épave au milieu de l'océan, et je ne peux pas lui en vouloir, je ne peux pas lui reprocher son incrédulité, car ce que je viens de découvrir est si énorme, si bouleversant, si impossible, que moi-même j'ai du mal à y croire, que moi-même je me demande si je ne suis pas en train de rêver éveillée dans cette cave obscure qui sent la moisissure et le désespoir.
Chapitre 50AlexanderLes mots de Livia s'abattent sur moi comme des coups de massue, ils percent mes défenses une à une, ils pulvérisent mes certitudes, ils font voler en éclats le monde que j'avais construit sur les cendres de ma famille, ce monde de vengeance et de haine qui était ma seule raison de vivre. Une femme dans les souterrains. Une femme qui signe de la lettre E. Une femme qui se cache derrière Livia, recroquevillée sur une paillasse de paille moisie, et qui lève vers moi des yeux bleus que je reconnaîtrais entre mille, des yeux que j'ai vus sourire sur un portrait, des yeux que j'ai vus se fermer dans mon imagination le soir de l'incendie, des yeux que j'ai crus fermés à jamais, réduits en cendres avec le reste de son corps. Je pâlis, je sens le sang se retirer de mon visage comme une marée qui reflue, comme un fleuve qui remonte ver
Chapitre 49LiviaLa voix du Duc a claqué dans le silence de la cave comme un coup de tonnerre, elle a fait vibrer les murs de pierre suintants d'humidité, elle a fait trembler la flamme de ma bougie, et je me suis retournée pour lui faire face, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine, les mains moites serrées sur le chandelier d'argent, mais la détermination plus forte que la peur, plus forte que la prudence, plus forte que tout ce qui aurait dû me pousser à me taire et à courber l'échine. Il est là, debout à quelques pas de moi, silhouette noire surgie des ténèbres comme un démon de glace, le visage à moitié éclairé par la lueur vacillante de ma bougie qui sculpte ses pommettes hautes et creuse des ombres sous ses yeux gris. Ses yeux gris, justement, ces yeux que j'ai appris à connaît
Chapitre 48AlexanderJe descends l'escalier en colimaçon derrière elle, silencieux comme un spectre qui n'a pas besoin de faire de bruit pour se déplacer dans les ténèbres, mes bottes de cuir noir ne produisent aucun son sur les marches de pierre usées par les siècles, polies par les pas de tous ceux qui les ont foulées avant moi, et je la suis dans les entrailles de Thornfield, ces souterrains que je n'ai pas visités depuis des années, ces souterrains que mon père m'avait montrés quand j'étais enfant en me faisant jurer de ne jamais y revenir. L'air est glacé, humide, chargé d'une odeur de moisissure ancienne et de quelque chose d'autre que je ne veux pas identifier, une odeur de chair et de souffrance et d'abandon qui me prend à la gorge et me soulève le cœur. La flamme de sa bougie danse devant moi co
Chapitre 47LiviaDerrière la porte, un escalier en colimaçon, un escalier de pierre étroit et usé par les siècles, dont les marches sont creusées en leur milieu par les pas de tous ceux qui les ont foulées avant moi, et qui s'enfonce dans les entrailles du château comme une spirale sans fin. L'air est froid, humide, chargé d'une odeur de moisissure et de quelque chose d'autre, une odeur que je ne reconnais pas mais qui me hérisse les poils sur la nuque, une odeur de renfermé et de souffrance, une odeur de cachot et d'abandon. Ma bougie vacille dans le courant d'air qui monte des profondeurs, elle menace de s'éteindre à chaque marche, et je la protège de ma main libre en descendant lentement, prudemment, les doigts de mon autre main effleurant le mur de pierre suintant d'humidité qui dégouline sous mes paumes comme de la sueur froid
Chapitre 46AlexanderJe ne dors pas, je ne dors jamais vraiment, le sommeil est un art que j'ai désappris il y a dix ans dans les flammes de mon manoir familial, et cette nuit je suis plus éveillé que jamais, assis dans le fauteuil de cuir usé de ma chambre, les yeux fixés sur le portrait d'Eleanor posé sur le chevet comme un reproche silencieux, comme une accusation muette qui me poursuit depuis la nuit de l'incendie. La bougie sur la table de chevet achève de se consumer dans un dernier crépitement, la flamme vacille, menace de s'éteindre, se ravive une dernière fois avec une intensité presque désespérée avant de rendre l'âme dans un mince filet de fumée blanche qui monte en spirale vers le plafond de pierre, et je ne la remplace pas, je laisse l'obscurité m'envahir, m'engloutir, me digérer comme elle le fait chaque
Chapitre 9AlexanderJe reviens dans la chambre une heure plus tard, comme je l'ai promis, comme je l'ai ordonné, et cette fois je ne suis pas seul. Gideon m'accompagne, silhouette noire et silencieuse qui se tient en retrait près de la porte, et dans mes mains gantées de cuir noir, je tiens le con
Chapitre 8LiviaIl est parti. La porte s'est refermée sur lui avec ce bruit sec et définitif que je commence à connaître, ce claquement de loquet qui est devenu la bande-son de mon cauchemar éveillé, et je reste seule dans la chambre glacée, debout près de la fenêtre ogivale, les doigts crispés su
Chapitre 7AlexanderLa question de Livia flotte dans l'air glacé de la chambre, et je la vois, cette femme qui me défie du regard malgré la terreur qui fait trembler ses mains, malgré la pâleur de ses joues, malgré les cernes violettes qui soulignent ses yeux verts et trahissent une nuit de larmes
Chapitre 6LiviaLe nom claque dans l'air glacé de la chambre comme un coup de fouet, et tout mon être se fige, se cristallise, se transforme en une statue de sel et d'effroi. Blackthorn. Ashford. Les deux noms sont une seule et même malédiction dans la bouche de cet homme, et je les reconnais avec







