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Chapitre 4

last update 게시일: 2026-05-21 17:02:54

Chapitre 4

Livia

Je me réveille dans une chambre inconnue.

L'odeur est la première chose qui me frappe. Une odeur de pierre humide, de cendre froide, de métal rouilli et de renfermé. Mes narines se pincent. Ma gorge se serre. J'ouvre les yeux lentement, avec peine, comme si mes paupières étaient en plomb. La chambre est obscure. Une faible lueur orangée vacille dans la cheminée, mais le feu est mourant, réduit à quelques braises qui crépitent à peine. Les ombres dansent sur les murs. Des murs de pierre. Grossiers. Froids. Gigantesques. Je cligne des yeux, plusieurs fois, espérant que le cauchemar se dissipe.

Il ne se dissipe pas.

Je suis allongée sur un lit étroit, dur, recouvert d'une couverture de laine rêche qui gratte ma peau à travers ma robe. Ma robe. La robe bleu nuit de voyage. Je suis encore habillée. Mes cheveux sont défaits, en désordre, collés à mes tempes par une sueur froide. Ma nuque me fait mal. Mes poignets aussi. Je lève mes mains devant mes yeux. Pas d'entailles. Pas de sang. Juste une légère rougeur, comme si on les avait attachés puis détachés.

Mes souvenirs reviennent par fragments. Le carrosse. La route. Les hommes masqués. Les gardes neutralisés. L'homme qui m'avait hissée sur son cheval. La chevauchée interminable dans la nuit noire. Puis le noir total. On m'avait bandé les yeux. On m'avait donné à boire quelque chose. Et puis plus rien. On m'a endormie. Empoisonnée. Droguée. Peu importe le mot. On m'a rendue inconsciente pour m'emmener ici. Où ?

Je me redresse sur le lit. Mes vertèbres craquent. Mes muscles protestent. La chambre tourne une seconde, puis se stabilise.

Je me réveille dans une chambre inconnue.

Je regarde autour de moi. Les murs sont en pierre grise, suintants d'humidité par endroits. Des traînées sombres coulent le long des joints, comme des larmes de pierre. Le sol est dallé, froid, inégal, chaque pas à venir promet une morsure glaciale à travers mes fines bottines. Une unique fenêtre, étroite comme une meurtrière, laisse filtrer un filet de lumière grisâtre. L'aube. Il est presque l'aube. La pièce est meublée sobrement : le lit sur lequel je repose, une table de bois grossier dont le plateau est couvert de poussière et d'échardes, une chaise bancale aux pieds inégaux, une cruche d'eau posée par terre sur les dalles nues.

Et puis il y a les chaînes.

Des chaînes aux murs.

Je les vois soudain. Elles pendent du mur opposé, lourdes, rouillées, ternies par le temps et l'abandon. Trois chaînes. Peut-être quatre. Terminées par des menottes ouvertes, béantes, prêtes à refermer leur mâchoire de métal sur des poignets. Sur mes poignets. Des chaînes pour attacher un prisonnier. Pour attacher une prisonnière.

Mon cœur s'arrête de battre une seconde. Puis il repart, trop vite, trop fort, cognant contre mes côtes comme un oiseau affolé dans une cage. Je sens les battements dans ma gorge, dans mes tempes, dans mes doigts qui se mettent à trembler.

Pierre froide. Feu mourant. Des chaînes aux murs.

Je me lève du lit. Mes jambes flageolent. Je titube jusqu'à la cheminée, posant mes mains sur les pierres du manteau pour me stabiliser. Les braises sont presque éteintes, quelques points rouges dans un lit de cendre grise. Je tends mes mains vers cette chaleur résiduelle. Rien. Une tiédeur insuffisante, à peine perceptible. Le froid de la pierre me glace la plante des pieds à travers mes fines bottines de voyage. Je frissonne. Mes bras se couvrent de chair de poule. Mes dents claquent légèrement. Je serre les mâchoires pour les arrêter.

Je hurle.

Le cri m'échappe comme une chose vivante, déchirant le silence épais de la pièce. Un cri aigu, puissant, désespéré, qui rebondit contre les murs de pierre, qui se répercute en échos mourants dans les couloirs invisibles au-delà de la porte, qui monte vers des plafonds que je ne vois pas, qui se perd dans des étages que je n'imagine même pas. Ma voix est rauque, presque animale. Je n'ai jamais entendu ce cri avant. Il sort de moi comme si mon corps le vomissait.

— À l'aide ! Quelqu'un ! Répondez-moi !

Ma voix se brise sur le dernier mot. Je hurle de nouveau. Plus fort. Jusqu'à ce que ma gorge la brûle, jusqu'à ce que des larmes me montent aux yeux, non pas de tristesse mais d'effort, de rage, de terreur pure.

Personne ne vient.

Le silence retombe. Lourd. Oppressant. Absolu. Aucun pas dans le couloir. Aucune voix qui répond. Aucun grincement de porte. Rien que le souffle rauque de ma propre panique et le crépitement quasi inaudible des braises qui meurent, une à une, dans l'âtre froid.

J'attends. Une minute. Deux. Cinq. Dix peut-être. Le temps n'a plus de sens. Je fixe la porte en bois massif, sans poignée de mon côté, condamnée à être ouverte par quelqu'un d'autre. Personne ne vient.

Personne ne vient.

Je recule. Mon dos heurte le mur de pierre. Le froid traverse ma robe, ma chemise, ma peau. Je sens chaque grain de la pierre à travers le tissu. Je me laisse glisser le long du mur jusqu'à m'accroupir par terre, les genoux contre ma poitrine, les bras enroulés autour de mes jambes. Je serre mes propres bras. Je me serre moi-même. C'est la seule chaleur que j'ai.

Je hurle encore. Un cri plus court, rauque, épuisé. Puis un autre, plus faible. Puis un sanglot. Le sanglot monte du fond de ma poitrine, là où j'avais enfoui toutes mes peurs, tous mes renoncements, toutes mes larmes non versées pendant des années. Et soudain, c'est la rupture. Le barrage cède.

Les sanglots montent en moi, me submergent, me secouent. Je pleure. De rage. De peur. D'épuisement. Je pleure le mariage qui n'aura pas lieu, la liberté que je n'ai jamais eue, l'inconnu qui m'attend, les chaînes aux murs. Je pleure sur ma mère que je ne reverrai peut-être jamais, sur mon père qui m'a vendue, sur Sterling que je n'épouserai pas, sur cette vie qui n'a jamais été la mienne et qui maintenant m'est volée.

Mes larmes coulent sur mes joues froides. Je les essuie du revers de ma main. Je les essuie encore. Mais elles continuent de couler. Mes joues sont brûlantes de sel. Ma bouche a un goût amer. Mes narines coulent. Mon visage est un masque de larmes et de désespoir.

Personne ne vient.

Je finis par me taire. Par m'épuiser. Par me blottir contre le mur de pierre, les yeux grands ouverts dans la pénombre, fixant les chaînes suspendues. Je ne pleure plus. Je n'ai plus de larmes. Je suis vidée. Sèche. Creuse.

Le feu meurt complètement. La dernière braise s'éteint avec un minuscule sifflement. La lumière orangée disparaît. Il ne reste qu'un filet gris par la meurtrière. L'aube. Elle grandit lentement, impitoyablement, jetant une clarté pâle sur la pierre froide, sur les chaînes rouillées, sur la cruche d'eau, sur moi recroquevillée comme un animal blessé.

Je me réveille dans une chambre inconnue. Pierre froide. Feu mourant. Des chaînes aux murs.

J'ai hurlé. J'ai pleuré. J'ai attendu.

Personne n'est venu.

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