FAZER LOGINChapitre 55
Matteo
Je la regarde se placer face à moi, les pieds nus sur le plancher, les poings levés, et je sens cette tension qui monte entre nous, cette tension qui n'a rien à voir avec l'entraînement, cette tension qui s'installe chaque fois que nos corps se rapprochent un peu trop.
— Encore.
Elle frappe. Je pare. Sa main glisse contre la mienne, sa peau contre ma peau, et
Chapitre 60AlessiaJe rêve de lui.Je ne sais pas comment je le sais, je ne sais pas comment je le reconnais, mais je le sais. C'est lui. C'est sa silhouette, ses épaules larges, sa nuque penchée, ses mains qui savent tuer et qui savent dessiner. Il est là, dans mon rêve, et il ne me parle pas. Il me regarde, simplement, avec ses yeux bleus presque blancs, et ce regard-là me transperce plus que tous les mots qu'il pourrait prononcer.Nous sommes dans la cabane. Le feu crépite. La neige tombe dehors. Et lui, il est debout devant moi, immobile, les bras le long du corps, les poings ouverts, les cicatrices exposées sur son torse nu. Je tends la main vers lui. Je veux le toucher, je veux sentir sa peau sous mes doigts, je veux vérifier qu'il est réel, qu'il est vivant, qu'il est là. Mais ma main ne l'atteint pas. Elle traverse le
Chapitre 59MatteoJe ne dors pas.La nuit est trop longue, trop silencieuse, trop pleine d'elle. Je suis assis contre le mur, les genoux remontés, les bras croisés sur ma poitrine, et je fixe le plafond de planches sans le voir. Le feu s'est éteint depuis des heures, les braises rougeoient à peine dans la cheminée, et le froid s'est infiltré dans la cabane, ce froid qui mord les doigts et engourdit les membres et qui ne réussit pas à me faire fermer les yeux.Je pense à elle.Je ne veux pas. Je lutte. Je me répète que c'est une erreur, que c'est dangereux, que c'est exactement ce que je m'étais juré de ne jamais faire. Mais rien n'y fait. Elle est là, dans ma tête, dans ma poitrine, dans chaque battement de mon cœur qui refuse de ralentir. Elle est là, avec ses ye
Chapitre 58AlessiaJe le regarde partir.Il ouvre la porte, il ne se retourne pas, et la neige s'engouffre dans la cabane, des flocons qui tourbillonnent autour de lui comme un adieu silencieux. La porte se referme. Le bruit de ses pas décroît dans la nuit. Et je reste seule.Seule avec le feu qui crépite.Seule avec le silence qui retombe.Seule avec cette chaleur qui persiste sur ma peau, là où il m'a tenue, là où ses doigts ont serré ma taille, là où sa main a recouvert la mienne.Je touche ma poitrine.Ma paume se pose là où son cœur battait contre le mien, là où j'ai senti ce rythme fou qui n'était pas le mien, qui n'était pas le sien, qui était le nôtre, ce battement à l'uniss
Chapitre 57MatteoJe m'éloigne brusquement.— Assez pour aujourd'hui.Ma voix est plus dure que je ne le voudrais, plus sèche, plus tranchante, et je vois Alessia tressaillir, comme si je l'avais giflée. Elle ne dit rien. Elle reste assise sur le matelas, les genoux remontés contre la poitrine, la couverture serrée autour de ses épaules, et elle me regarde avec ces yeux noirs qui voient tout, qui comprennent tout, qui me dépouillent de toutes mes défenses.Je ne peux pas rester ici. Je ne peux pas continuer à la regarder. Je ne peux pas sentir mon cœur s'emballer chaque fois qu'elle est près de moi. Je ne peux pas me permettre cette faiblesse. Pas maintenant. Pas alors que tout est en jeu. Pas alors que la vengeance est à portée de main.— Tu pars ?&
Chapitre 56AlessiaJe sens mon cœur s'accélérer.C'est une sensation que je connais, que j'ai apprise à reconnaître au fil des années, ce battement qui s'emballe, cette poitrine qui se serre, ce souffle qui devient court. Mon corps réagit avant ma tête, toujours, et cette réaction-là, je la déteste plus que tout.Je déteste cette sensation.Je la déteste parce qu'elle me rappelle que je ne contrôle rien. Parce qu'elle me rappelle que je ne suis pas cette femme forte que je prétends être, cette survivante que j'ai construite couche après couche, cette guerrière que Matteo est en train de former. Parce qu'elle me rappelle que sous l'armure, sous les cicatrices, sous les poings serrés, il y a encore cette petite fille qui a peur, qui tremble, qui attend qu
Chapitre 55MatteoJe la regarde se placer face à moi, les pieds nus sur le plancher, les poings levés, et je sens cette tension qui monte entre nous, cette tension qui n'a rien à voir avec l'entraînement, cette tension qui s'installe chaque fois que nos corps se rapprochent un peu trop.— Encore.Elle frappe. Je pare. Sa main glisse contre la mienne, sa peau contre ma peau, et ce contact me brûle plus qu'il ne devrait.— Bien. Recommence.Elle recommence. Son poing part, je l'esquive, et elle perd l'équilibre. Son corps bascule vers moi. Je la rattrape par la taille pour l'empêcher de tomber.Sa poitrine contre la mienne. Son souffle contre mon cou. Ses mains qui s'agrippent à mon sweat.Le temps s'arrête.Je la tiens. Elle es
Chapitre 2AlessiaCette robe est une cage de soie.Je la regarde suspendue au portant, blanche et cruelle, avec ses dentelles qui ressemblent à des toiles d'araignée. Dans trois heures, on va me la mettre sur le corps comme on habille une poupée pour une vitrine. Dans huit heures, je serai devant
Chapitre 1MatteoLa douleur est une carte qui me dessine de l'intérieur.Je rampe. Chaque mouvement arrache un morceau de moi que je ne savais pas encore posséder. Mes paumes glissent sur la terre humide de Val Sombre, cette terre qui a bu mon sang pendant trois jours, cette terre que je croyais ê
Chapitre 6AlessiaL’air de la nuit est une lame froide contre mes joues brûlantes.J’ai fui la salle de réception sous prétexte d’un malaise, un mouchoir pressé sur mes lèvres, un sourire d’excuse balbutié à l’oreille de Rosa qui s’est aussitôt inquiétée de la pâleur de mon teint. Je lui ai menti a
Chapitre 5MatteoLa taverne s’appelle « Il Cane Nero ». Le Chien Noir.C’est un bouge enfumé au cœur du quartier portuaire, là où les marins échoués viennent noyer leur solde dans du vin coupé à l’alcool de pomme, là où les informateurs vendent leurs secrets pour une assiette de pâtes et une prome







