登入— On peut pleurer de bonheur ?— Oui. C’est même les plus belles larmes du monde.La petite fille réfléchit un instant, puis un sourire espiègle éclaira son visage. Elle lâcha son doudou, s’élança sous la pluie en poussant un cri de joie, et vint se jeter dans les bras de ses parents. Ethan la rattrapa au vol, la souleva dans les airs, et elle éclata de rire, la tête renversée en arrière, les bras tendus vers le ciel.— Je veux danser sous la pluie ! cria-t-elle. Comme dans le film !— Quel film ? demanda Ethan en riant.— Celui où les messieurs chantent et dansent avec des parapluies. Mamie me l’a montré.— Chantons sous la pluie, murmura Elena. Bien sûr.Et ils dansèrent. Tous les trois, sous la pluie qui faiblissait doucement, pieds nus dans les flaques, trempés jusqu’aux os, heureux comme on ne peut l’être que dans ces moments de grâce absolue où le temps semble suspendu. Anna tournoyait sur elle-même en éclaboussant tout le monde, Ethan la poursuivait en feignant d’être un monstr
Quand la pluie cessa, et que les premières étoiles apparurent dans le ciel lavé par l’orage, Ethan et Elena rentrèrent dans la maison. Ils portèrent Anna dans son lit, la bordèrent avec des gestes tendres, et restèrent un long moment à la regarder dormir. Puis ils redescendirent au salon, s’assirent sur le canapé, et restèrent silencieux, main dans la main, à écouter le silence de la nuit.L’orage était passé, comme tous les orages. Et après la pluie, comme toujours, venait le beau temps. Pour toujours.***La pluie tombait sans discontinuer sur les collines de Provence, enveloppant la ferme d’un rideau liquide qui brouillait les contours du paysage. Le tonnerre s’éloignait peu à peu, les éclairs s’espacaient, et le vent faiblissait. L’orage touchait à sa fin, laissant derrière lui un monde lavé, purifié, comme neuf.Ethan et Elena étaient toujours debout sous le porche, enlacés, silencieux. Ils n’avaient pas bougé depuis de longues minutes, comme s’ils craignaient de rompre l’enchant
Quelques instants plus tard, Ethan revint, trempé jusqu’aux os, les cheveux collés sur le front, la chemise plaquée contre son torse. Il riait, de ce rire franc et libéré qu’elle aimait tant, et il s’arrêta sous le porche pour reprendre son souffle. Elena l’attendait sur le seuil, un torchon à la main, prête à le réprimander pour son imprudence.— Tu es complètement trempé, dit-elle en lui tendant le torchon. Tu vas attraper la mort.— On n’attrape pas la mort en courant sous la pluie. C’est un mythe.— Un mythe, vraiment ? Et d’où tu tiens cette information ?— De toi. Tu me l’as dit un jour, sous un porche, dans le Vieux Lyon. Tu te souviens ?Elle se figea, le torchon suspendu en l’air. Le Vieux Lyon. Le porche. La pluie. Le souvenir jaillit dans sa mémoire avec une précision fulgurante, comme s’il datait d’hier. Ce soir-là, après leur premier dîner au restaurant italien, quand l’orage les avait surpris dans la ruelle pavée. Ils s’étaient réfugiés sous un porche, serrés l’un contre
Elena tournait les pages, lentement, religieusement, et les larmes coulaient sur ses joues sans qu’elle cherche à les retenir. Elle savait qu’Ethan avait déjà tenu un carnet pendant sa thérapie, des années plus tôt. Mais celui-ci était différent. Il ne racontait pas ses combats contre ses démons. Il racontait leur vie commune, leur bonheur retrouvé, leur amour consolidé.— Cette fois, je n’oublierai rien, répondit-il simplement. J’ai passé trop d’années à ne pas voir, à ne pas entendre, à ne pas me souvenir. Le premier carnet, celui de ma thérapie, c’était pour me guérir. Celui-ci, c’est pour nous.Elle se leva, contourna la table, et vint s’asseoir sur ses genoux. Elle l’embrassa doucement, longuement, comme pour le remercier de ce cadeau inestimable. Puis elle reprit le carnet, le feuilleta de nouveau, et s’arrêta sur une page qu’elle n’avait pas encore lue.« Aujourd’hui, c’est notre anniversaire de remariage. Cinq ans. J’ai offert ce carnet à Elena, et elle a pleuré en le lisant.
— Je sais. Et c’est pour cela que je suis heureux. Parce que je sais, maintenant, que je ne serai plus jamais seul.Anna poussa un petit cri dans son sommeil, et Elena se leva pour la bercer doucement. La nuit était tombée tout à fait, et les étoiles brillaient par milliers au-dessus des lavandes. Les amis commençaient à prendre congé, s’embrassant, se promettant de revenir bientôt. La maison allait retrouver son calme, mais ce calme n’aurait rien de pesant. Il serait doux, paisible, habité.Ethan resta un moment seul sur la terrasse, à écouter le chant des cigales et le murmure du vent dans les oliviers. Il pensait à tout le chemin parcouru, à toutes ces années de souffrance et de rédemption. Il avait touché le fond, il s’était relevé, il avait changé. Et aujourd’hui, il tenait dans ses bras le plus beau des cadeaux : une seconde chance. Une vie nouvelle, pleine de promesses et d’espoir.Il se leva lentement, rentra dans la maison, et monta dans la chambre où Elena allaitait leur fil
— Je suis tellement heureuse pour toi, murmura-t-elle à son oreille. Tellement, tellement heureuse. Tu le mérites, Elena. Tu le mérites plus que personne au monde.— Merci, Camille. D’être venue, d’être là, d’être toi.— Où est ma nièce ? Je veux la voir tout de suite.Sophie, l’assistante dévouée, débarqua à son tour avec une montagne de provisions – du pain frais, du fromage de chèvre, des fruits du marché, un gâteau aux amandes qu’elle avait préparé elle-même – et s’extasia devant le bébé en poussant des petits cris aigus qui firent sourire tout le monde. Marc et Sylvie, les amis fidèles d’Ethan, arrivèrent en fin d’après-midi, les bras chargés de cadeaux. Marc avait fabriqué de ses mains un petit cheval à bascule en bois, qu’il avait passé des semaines à poncer et à vernir, et il le déposa fièrement dans un coin du salon en annonçant qu’il serait parfait pour quand Anna serait un peu plus grande.Même Maître Serval fit le déplacement, elle qui ne quittait pourtant jamais son cabin
Sa voix était calme. Trop calme, peut-être. Elle avait passé la journée à dompter sa colère, à la transformer en quelque chose de froid et de contenu, une lame qu’elle pouvait manier sans se blesser.Il fronça les sourcils, posa sa mallette près de la porte, et s’avança dans la pièce sans s’asseoir
La vieille dame éclata d’un rire sec, un bruit de porcelaine brisée.« L’amour ! Comme c’est touchant. L’amour ne construit pas un empire, ma petite. L’amour ne donne pas d’héritiers. L’amour ne tient pas une maison. Vous avez épousé un Moreau. Il serait temps de vous comporter comme une Moreau. »
« Il faudrait peut-être consulter. À votre âge, le temps presse. Vous avez vingt-six ans, ce n’est plus le moment de traîner. Quand j’avais votre âge, j’avais déjà deux enfants. »Elena ne répondit rien. Elle savait que toute défense serait interprétée comme de l’insolence, toute explication comme
Elena regardait défiler les rues par la vitre. Les façades austères du Vieux Lyon, les immeubles bourgeois des quais de Saône, puis les pentes de Fourvière avec leurs villas nichées dans la verdure. Le printemps explosait partout, les arbres couverts de bourgeons, les jardins débordant de fleurs. L







