ログイン**Steven Watson**
TROIS ANS PLUTÔT Le hall d’immeuble sent le café froid et la lessive bon marché. Je reste figé devant l’ascenseur en panne, mon bagage à la main, contemplant le panneau scotché de travers. Il est écrit : “En maintenance depuis le 14 mars”. Là, nous sommes en juillet. Charmant. Je monte les quatre étages à pied, en grommelant. Ils ne sont même pas foutus d’avoir un ascenseur en marche. Alors, qu’est-ce qu’ils ont de bon ici ? Quand j’arrive devant la porte de l’appartement de Sarah, j’ai déjà perdu dix pour cent de ma patience habituelle. Mais, la porte s’ouvre avant même que je puisse frapper. _ Steven ! Elle me saute presque dans les bras avec un grand sourire au visage. Je me fige une demi-seconde avant de répondre maladroitement à son étreinte. L’enthousiasme, chez Sarah, a toujours été une arme redoutable. _ Tu as trouvé facilement ? demande-t-elle en reprenant son souffle. _ Disons que G****e Maps a fait le gros du travail. Et que ton immeuble aurait besoin d’une rénovation… ou d’une implosion. Elle lève les yeux au ciel. _ Entre, monsieur le critique immobilier. Je la suis dans ce qui est manifestement un loft réaménagé à la va-vite. Pas de murs véritables, juste un grand espace où cohabitent salon, cuisine et chambre, séparés par une bibliothèque bancale. Des plantes bleues envahissent les rebords de fenêtre, un vélo est suspendu au mur, et un chat obèse me fixe depuis le canapé élimé. _ C’est… pittoresque, je commente après un silence. _ Pittoresque ? répète-t-elle avec amusement. Je vais prendre ça comme un compliment. Je retire ma veste et la pose sur le dossier d’une chaise en métal. _ Tu vis ici seule ? _ Avec Marvin. Je fronce les sourcils. _ Qui est Marvin ? Elle désigne le chat qui s’étire paresseusement. _ Parfait. Tu partages un deux-pièces avec un félin obèse. _ Il n’est pas obèse, il est… dodu de bonheur. Je ne réponds rien. Mon regard s’attarde sur la cuisine, minuscule, où un grille-pain se bat pour survivre entre une cafetière et une micro-onde. Il y a des dossiers empilés sur la table, des croquis d’intérieurs, des factures et un mug à moitié vide. _ Tu pourrais au moins te payer quelque chose d’un peu plus… convenable, dis-je finalement. _ Convenable ? Tu veux dire luxueux, impersonnel et hors de prix ? Non merci. Ici, je me sens chez moi. _ Sarah, ton “chez toi” a une fuite au plafond. _ Juste quand il pleut. Je secoue la tête, exaspéré. _ Pourquoi t’infliger ça ? Je t’aurais donné de quoi t’installer confortablement. Elle se fige. _ Justement. C’est pour ça que je ne l’ai pas fait. Le ton est calme, mais la réplique me cloue sur place. Je passe une main sur ma nuque, cherchant une réplique intelligente. Mais, elle reprend, plus douce : _ Steven, tout ne doit pas s’acheter. J’avais besoin de partir, de créer quelque chose de moi-même, pas de rester une “Watson” sous perfusion de comptes en banque familiaux. Je la regarde, incapable de masquer mon désaccord. _ Et ton “quelque chose”, c’est une boîte de design coincée entre un pressing et un kebab ? Elle sourit. _ Oui. Et figure-toi que les affaires marchent plutôt bien. On a décroché deux nouveaux contrats ce mois-ci. Je hausse un sourcil, sceptique. _ Des vrais clients, ou des amis compatissants ? Elle éclate de rire. _ Des vrais clients, espèce de snob. Un silence plus léger s’installe. Elle attrape deux verres et me tend une bière artisanale. _ Détends-toi un peu. Ce n’est pas un audit. _ C’est difficile de “me détendre” quand le thermostat indique trente degrés et que la climatisation semble purement décorative. _ Parce qu’elle l’est, confirme-t-elle avec un clin d’œil. Et pour ce soir, inutile de sortir ton costume trois pièces, on va manger dans mon resto préféré. _ Je crains le pire. _ C’est un petit bistrot au bord du lac. Il n’a rien de superficiel, Steven, mais ça te changera. Je la regarde, partagée entre l’agacement et une affection que je déteste ressentir. Elle a ce don insupportable de me désarmer. _ Très bien. Mais si je tombe malade après ça, je te fais envoyer la facture médicale. _ Marché conclu, dit-elle en attrapant sa veste. Et pendant que tu râles, fais-moi une faveur, essaie de comprendre pourquoi les gens normaux aiment vivre, et pas seulement posséder. _ Epargne-moi tes discours philosophiques, je m’en passerais. Elle rit et prends son sac. _ J’aimerais bien te tenir un peu plus compagnie mais… _ Vas-y, lui lance-je. _ Merci de comprendre. Elle se penche et me fait une bise sur la joue. _ Et, repose-toi un peu. Fais une petite sieste au moins. Elle sort, me laissant seul avec Marvin le chat, qui me fixe avec un mépris parfaitement assumé. Je m’assois sur le canapé, attrape mon téléphone… puis le repose. Peut-être qu’elle a raison. Peut-être. Mais bon sang, ce taudis a sérieusement besoin d’un architecte. Je reste immobile, observant le vide autour de moi. J’ai l’impression d’être dans un mauvais rêve rien qu’en pensant au nombre de moustiques qui piquent ma sœur chaque nuit. Je soupire et tire mon MacBook de mon porte-documents. C’est vrai que je suis ici pour Sarah mais si elle travaille, je dois travailler aussi. Il est hors de question que je me repose ou me tourne les pouces en attendant. Les entreprises Watson ne se dirigent pas en dormant. Trois heures plus tard, je suis toujours planté dans ce sauna de béton, en chemise, sans climatisation digne de ce nom. Le soleil brille intensément dans le ciel et ma patience fond comme la glace dans mon café. Les appels s’enchaînent, et malgré la connexion bancale, j’ai réussi à conclure un contrat que trois directeurs régionaux n’avaient pas su décrocher. Je jette un œil à ma montre et remarque qu’il se fait tard. Sarah finit bientôt et j’ai encore juste assez de temps pour me doucher avant d’aller dîner avec elle et “rencontrer ses associés”, ce Léo et cette Diana, dont elle parle comme si elle avait découvert les nouveaux Steve Jobs. Je veux m’assurer que ma sœur n’est pas entourée de doux rêveurs sans colonne vertébrale. La douche crache une eau tiède et presque brûlante, mais au moins, elle fonctionne. L’eau ruisselle sur ma peau, et je ferme les yeux, profitant du seul luxe disponible dans cet appartement. Enfin, un moment de répit. Ou presque. Je suis en train de me savonner lorsque j’entends un bruit. Je tends l’oreille tandis que l’eau continue à ruisseler sur mon corps. Je suis sur le point de me dire que c’est le fruit de mon imagination lorsqu’un autre bruit me parvient. Je me fige puis j’entends des pas. Je ferme l’eau et là, une voix féminine parvient à mon oreille. Ce n’est pas la voix de Sarah… Non, impossible. Elle m’aurait prévenu si quelqu’un devait passer. En plus, la personne a l’air pressé. J’attrape la serviette la plus proche… qui, évidemment, est de la taille d’une nappe à thé. Super. Je la noue rapidement à ma taille tandis que mon regard tombe sur un balai appuyé contre le mur. Je le saisis sans hésiter, ce n’est pas l’arme la plus élégante, mais j’ai fait pire avec moins que ça. Je me glisse silencieusement hors de la salle de bain et fais quelques pas vers l’endroit d’où venait le bruit. Plus j’avance, plus je distingue le léger froissement du papier et le cliquetis d’un trousseau. Et puis je la vois. Penchée sur la table, le dos tourné et concentrée sur une pile de documents, une femme se tient. Ses cheveux sombres s’échappent d’un chignon mal ficelé, et le tailleur qu’elle porte paraît beaucoup trop bien pour cet endroit. Son parfum me parvient alors que je l’observe. Mon cerveau analyse la situation, comme toujours. C’est une inconnue qui n’a pas frappé avant d’entrer et qui fouille dans les affaires de ma sœur. Je la regarde de haut en bas mais mon regard s’attarde quelques secondes de trop sur son petit cul rebondi. C’est ridicule. Je serre plus fort le manche du balai et lui lance :Le lendemain matin, Diana quitta l'appartement de bonne heure.Steven l'avait suppliée de rester la veille.Il lui avait expliqué qu'il ne voulait pas vivre loin d'elle. Qu'il avait besoin de la voir, de la savoir près de lui. Mais Diana avait refusé de changer d'avis.Cette opportunité professionnelle représentait beaucoup pour elle.Même si cela signifiait quitter la ville.Même si cela signifiait quitter Steven.Avant de partir, elle avait déposé un dernier baiser sur ses lèvres.Puis elle était partie.Steven n'avait pas essayé de la retenir davantage.Il savait que cela ne servirait à rien.Cependant, lorsqu'elle franchit la porte, il eut l'impression qu'une partie de lui s'en allait avec elle.Toute la matinée, il resta assis dans le salon.Le silence de l'appartement lui paraissait insupportable.Chaque objet lui rappelait Diana.Son parfum flottait encore dans l'air.Son mug préféré était toujours sur la table.Son plaid était encore posé sur le canapé.Steven passa une main s
**Steven Watson** Je serre Loretta contre moi une dernière fois, avec une étrange impression que quelque chose se termine définitivement. Son corps tremble légèrement entre mes bras. Elle enfouit son visage contre ma chemise, comme pour dissimuler ses larmes, mais je les sens malgré tout. Elle ne veut pas que je la voie pleurer, alors je ne dis rien. Je la laisse juste s’accrocher encore quelques secondes. Puis, doucement, elle se détache. Elle me tourne le dos un instant, essuie précipitamment ses joues, et prend une inspiration comme pour reprendre contenance. Quand elle me fait à nouveau face, ses yeux sont encore embués mais elle tente de sourire. Son frère est déjà à Dallas donc elle part seule. Je lui ai proposé de l’y emmener en jet privé pour lui éviter ces adieux larmoyants... mais elle a refusé. Elle veut faire ça à sa manière. _ Tu vas me manquer, dis-je finalement, la gorge un peu serrée. Elle laisse échapper un petit rire étouffé. _ Pas autant que tu vas me
**Diana Moran** L’amour... Je ne pensais pas qu’une émotion pouvait être aussi apaisante et en même temps aussi intense. Cette sensation de compter plus que tout pour quelqu’un... et de ressentir la même chose en retour. Se réveiller dans ses bras, sentir sa chaleur, sa présence... savoir, sans même ouvrir les yeux, que l’on est en sécurité. Je pourrais m’y habituer. Non... je m’y suis déjà habituée. Je dirais même que je suis devenue accro à lui. Allongée sur le flanc, le dos collé contre le torse de Steven, je profite du petit moment de calme entre le sommeil et l'éveil. Sa respiration régulière me caresse lentement la nuque tandis que ses doigts glissent lentement sur mon ventre et remontent avec une douceur paresseuse... jusqu’à se poser sur ma poitrine. J'en frissonne. Lorsqu’il pince légèrement mon mamelon, un gémissement m’échappe à mon insu. _ Steven... ah... Ma voix est encore endormie. Il se rapproche encore et dépose un baiser lent sur mon cou. ses lèvres effl
Ses yeux s’écarquillent mais ce n’est pas à cause de la peur. Mais je comprends trop tard. Dans un geste brusque, elle attrape le premier objet à portée, une lourde boîte en verre posée sur la commode, et me la jette en plein visage. _ Merde ! Je recule d’un pas, aveuglée une fraction de seconde. Mais c'est suffisant pour qu'elle se jette sur moi. Sa main heurte violemment mon poignet. Mon arme m’échappe, glisse sur le sol et disparaît sous la table basse. _ Non ! Nous nous précipitons toutes les deux dans la même direction, essayant de prendre l'arme. Elle m’agrippe par les cheveux et tire violemment en arrière. Un cri m’échappe à mon insu tandis que je perds l’équilibre et m'écroule sur le sol. _ Tu pensais vraiment que ce serait aussi facile ? crache-t-elle. Je tente de me dégager, mais elle est déjà sur moi. Ses doigts se referment autour de ma gorge et serrent tellement fort que je sens mon souffle se couper. Je plante mes ongles dans son bras et la griffe, mais elle
Sa voix se brise légèrement sur la fin. Elle détourne le regard et essuie rapidement une larme qui s’échappe de son œil. _ Je suis humaine, Steven... murmure-t-elle, plus bas. Et même si j’essaie d’accepter que tu aimes quelqu’un d’autre... ça ne change rien au fait que je sois toujours amoureuse de toi. Le silence qui suit est assourdissant. Je ne sais pas quoi dire. C'est vrai que dernièrement, tout ce qui m'importait était Diana, même devant elle. _ Je ne te demande pas de ne pas l’aimer, ajoute-t-elle, plus doucement. Et je ne te demande pas de ne pas l’embrasser... Je te demande juste de respecter ma douleur. Je la regarde, sans trouver la force de détourner les yeux. Je me sens vraiment coupable de lui faire ça. Je passe lentement une main dans mes cheveux, cherchant mes mots. _ Loretta... Je ne voulais pas te faire du mal. Elle lâche un rire sans joie et essuie une nouvelle larme. _ Mais, tu le fais. Je baisse les yeux un instant. _ Tu as raison, finis-je par
**Diana Moran** Deux jours sont passés depuis le jour où j'ai expliqué mon plan à Steven. Inutile de vous dire que ces deux jours ont été les plus longs et les plus stressants de ma vie. J'avais l’impression d’être entrée dans quelque chose qui me dépasse complètement. Mais on a commencé et il faut aller jusqu'au bout. Faire venir les Murphy à Miami ne sera pas une mince affaire, et on le savait. Mais le faire sans éveiller le moindre soupçon relevait presque de l’impossible. Malgré tout, c’est exactement ce que nous avons entrepris. Et pour y parvenir, il a fallu que Steven, Loretta, moi et les autres trouvions le plan parfait. Oui, Loretta s'est joint à nous. Elle a catégoriquement refusé au départ mais elle a fini par changer d’avis lorsque Steven lui a exposé les conséquences possibles s'ils s'attaquaient directement à Amanda. Elle a accepté à condition que ce soit elle qui tue Amanda. C'était ça où il n'y a pas de plan alors je n’ai pas cherché à discuter. Nous nous som







