LOGINChapitre 41ElenaDepuis plusieurs jours, quelque chose a changé dans l'atmosphère du palais, une modification subtile et insidieuse que je suis la seule à percevoir, comme un changement de pression avant un orage, comme une note fausse dans une mélodie jusque-là familière. Les couloirs sont toujours aussi silencieux, les domestiques toujours aussi empressés, les gardes toujours aussi nombreux à chaque intersection, mais leurs regards ne sont plus les mêmes, leurs attitudes ne sont plus les mêmes, et cette différence imperceptible pour un étranger est pour moi un signal d'alarme qui ne cesse de retentir dans le silence de mes journées.Quand je traverse le hall principal pour me rendre au petit salon où je prends mon petit-déjeuner, les deux gardes postés au pied de l'escalier baissent les yeux à mon passa
Chapitre 40DamonLe silence de mon bureau est troublé uniquement par le tic-tac de l'horloge comtoise et le crépitement des braises dans la cheminée, un silence lourd que je n'ai pas cherché à rompre depuis que j'ai quitté le balcon où Elena et moi sommes restés jusqu'à l'aube. Les premiers rayons du soleil percent à travers les rideaux de velours, striant la pièce de lames dorées qui n'éclairent rien mais qui soulignent la fatigue de mes traits dans le miroir en pied. Je n'ai pas dormi, je n'ai pas mangé, je n'ai fait que penser à cette accalmie trompeuse qui suit toujours les tempêtes, à ce silence de mort qui précède les attaques les plus violentes.La porte s'ouvre sans bruit, et Viktor entre, le visage plus fermé que jamais, une expression que je connais trop bien
Chapitre 39ElenaLe palais s'est vidé de ses invités, les lustres se sont éteints, et le silence est retombé sur les couloirs comme une chape de plomb. Je n'arrive pas à dormir, les mots de Bianca tournent encore dans ma tête, les rires des femmes résonnent encore à mes oreilles, et malgré l'intervention de Damon, malgré sa déclaration publique qui a glacé l'assemblée, je ne parviens pas à trouver la paix. Je me lève, je passe une robe de chambre sur mes épaules, et je marche sans but à travers les galeries obscures, mes pas nus sur les tapis d'Orient ne faisant pas plus de bruit que les battements de mon cœur.C'est sur le grand balcon de la façade est que je le trouve, une silhouette solitaire découpée par la clarté de la lune, les mains posées sur la balustrade
Chapitre 38DamonLa colère est une bête froide qui se réveille dans ma poitrine quand Viktor, le visage sombre, se penche à mon oreille pour me rapporter les paroles qui circulent dans la salle de bal, les rumeurs empoisonnées que Bianca a lancées contre Elena avec la complicité des épouses de mes propres capos. Je n'ai pas entendu les rires, j'étais en conciliabule avec trois chefs de clan dans le fumoir adjacent, mais à l'instant où Viktor prononce les mots « héritier », « incapable », « fragile », je sens un froid polaire envahir mes veines et une détermination absolue se substituer à toutes les considérations diplomatiques qui m'avaient retenu jusqu'alors.Je traverse le fumoir en trois enjambées, j'ouvre les portes de la salle de bal d'un geste si violent qu'elles claque
Chapitre 37ElenaLa réception bat son plein dans la salle de bal du palais, une nuit de cristal et de musique qui réunit les grandes familles mafieuses sous les lustres étincelants, et je me tiens près des portes-fenêtres qui donnent sur la terrasse, un verre de champagne intact entre les doigts, le sourire figé aux lèvres, cette expression polie que j'ai apprise à porter comme un masque de carnaval. Les femmes des parrains évoluent autour de moi sans me voir, leurs robes de haute couture balayant le marbre dans un bruissement de soie et de taffetas, leurs bijoux jetant des éclats froids sous la lumière des candélabres, et je suis au milieu d'elles comme une île déserte au centre d'un océan de mondanités, entourée de toutes parts et pourtant absolument seule.Bianca est là, resplendissante dans une
Chapitre 36DamonJe la trouve dans sa chambre, assise sur le bord du lit, les mains croisées sur les genoux, le regard fixé sur le vide comme une statue de cire abandonnée dans un musée désert. Elle n'a pas pleuré, du moins pas devant les autres, mais ses yeux rougis et ses cils humides trahissent les larmes qu'elle a retenues, et son visage est plus pâle que le marbre de la cheminée. Je n'ai pas besoin de lui demander ce qui s'est passé, je le sais déjà, je l'ai su à l'instant où j'ai vu Bianca disparaître dans les jardins et Elena revenir seule quelques minutes plus tard, les épaules voûtées, la démarche brisée.— Que vous a-t-elle dit ? demandé-je en m'asseyant en face d'elle, ma voix plus douce que d'ordinaire.Elle lève vers moi des yeux où







