FAZER LOGINChapitre 41
Elena
Depuis plusieurs jours, quelque chose a changé dans l'atmosphère du palais, une modification subtile et insidieuse que je suis la seule à percevoir, comme un changement de pression avant un orage, comme une note fausse dans une mélodie jusque-là familière. Les couloirs sont toujours aussi silencieux, les domestiques toujours aussi empressés, les gardes toujours aussi nombreux à
Chapitre 84DamonLes documents sont étalés sur mon bureau. Trois dossiers épais. Des copies de registres, des rapports d'enquête, des témoignages signés. Viktor se tient debout près de la fenêtre, les bras croisés, le visage fermé. Il attend que je parle. Mais je ne parle pas. Je lis. Je relis. Je tourne les pages. Et chaque page confirme ce que le prisonnier a dit. Chaque ligne enfonce un peu plus le couteau.Je repousse le premier dossier. Je prends le deuxième. Acte de naissance falsifié. Signature d'un médecin mort depuis dix ans. Tampon d'une clinique qui n'a jamais eu de service de maternité. Le nom de Charles Hart apparaît partout, mais toujours en marge, jamais comme père biologique. Jamais comme tuteur légal. Un simple dépositaire. Un homme payé pour garder un secret.Je jette le dossier sur la table. Je
Chapitre 83ElenaLa maison est petite, vieille, perdue au fond d'une ruelle que je n'aurais jamais trouvée sans l'adresse que Viktor m'a donnée. Les murs sont lézardés, la peinture s'écaille, et l'odeur de renfermé me saisit à la gorge dès que la porte s'ouvre. Une femme âgée m'attend, assise dans un fauteuil près de la fenêtre. Ses mains sont noueuses, son dos voûté, mais ses yeux sont clairs, vifs, et ils me fixent avec une intensité qui me glace.— Vous êtes Elena, dit-elle. Je le vois. Vous avez ses yeux.— Ses yeux ? demandé-je en m'asseyant en face d'elle.— Ceux de votre mère. Natalia. Je l'ai servie pendant dix ans. Je l'ai vue mourir.Mon cœur se serre. Je serre les poings sur mes genoux. Je ne dis rien. J'attends.— Vous voulez savoir qui vous êtes. Qui &
Chapitre 82DamonJe convoque Viktor et trois de mes meilleurs hommes dans mon bureau. La porte se referme. Personne ne parle. Ils attendent mes ordres.— Je veux toutes les archives concernant la naissance d'Elena. Actes de naissance, registres d'hôpitaux, dossiers d'adoption, certificats de baptême, tout. Remontez aussi loin que possible. Fouillez les mairies, les églises, les cliniques privées. Je veux savoir qui a accouché, où, quand, et qui a signé les papiers.Viktor hoche la tête.— Vous pensez que le prisonnier a dit la vérité ?— Je pense que quelque chose ne colle pas. Charles Hart n'a jamais traité Elena comme sa fille. Il l'a vendue sans hésiter. Sa femme ne l'a jamais aimée. Et ce mariage avec moi n'a jamais été qu'un arrangement. Tout ça sent le mensonge à plein nez.— Et si c'était vrai ? Si elle était vraiment la fille de Corsetti ?— Alors ça change tout. Pour elle. Pour nous. Pour toutes les fami
Chapitre 81ElenaJe marche dans les couloirs du palais, sans but, sans direction. Mes pas résonnent sur le marbre, et chaque écho me renvoie les mots du prisonnier. Charles Hart n'est pas ton père. La femme qui t'a élevée n'est pas ta mère. Toute ta vie est un mensonge. Je voudrais les chasser, ces mots. Je voudrais les arracher de ma tête, les brûler, les enterrer. Mais ils sont là. Ils tournent en boucle. Ils me poursuivent. Comme une malédiction.Je m'arrête devant une fenêtre. Dehors, les jardins s'étendent, indifférents à ma détresse. Les jardiniers taillent les haies. Les gardes patrouillent. Le monde continue. Le monde ne sait pas que je viens de perdre mon nom. Mon histoire. Mon identité. Je regarde mon reflet dans la vitre. Le même visage. Les mêmes yeux. Les mêmes cheveux blonds. Mais ce n'est plus moi. Ou plutôt, ce n'est plus la personne que je croyais être. Elena Hart. Cette femme n'existe pas. Elle n'a jamais existé. Elle était un pe
Chapitre 80DamonLa cellule est un trou de béton sans fenêtre, éclairé par une ampoule nue qui grésille au plafond. Le prisonnier est attaché à une chaise, les poignets menottés dans le dos, la tête baissée. Je suis seul avec lui. Viktor attend derrière la porte. Je n'ai pas voulu d'autres témoins. Ce qu'il va dire ne regarde personne d'autre que moi.Je m'assois en face de lui, à quelques pas. Je ne le touche pas. Je ne le menace pas. Pas encore.— Tu vas me répéter ce que tu as dit devant Elena. Mot pour mot. Et cette fois, tu ne t'arrêtes pas au milieu.Il lève la tête. Son visage est tuméfié, sa lèvre fendue, mais ses yeux brillent d'une lueur que je connais. La lueur de ceux qui n'ont plus rien à perdre.— Pourquoi je te le répéterais ? Pour que tu puisses pr&eac
Chapitre 79ElenaLe bonheur est une chose fragile. Je l'ai appris à mes dépens. Ces derniers jours, pourtant, j'ai commencé à y croire. Damon m'aime. Je l'aime. Nous avons choisi ce mariage, enfin. Les cauchemars sont encore là, mais moins forts. Les blessures ne guérissent pas, mais elles saignent moins. J'ai osé penser que le pire était derrière nous.Je me trompais.Damon est dans son bureau, penché sur des rapports. Viktor est là, ainsi que deux gardes. Au centre de la pièce, un homme est assis, les poignets liés, le visage tuméfié. Un prisonnier. Un des hommes capturés pendant la guerre. Il lève les yeux quand j'entre, et je vois dans son regard quelque chose qui me glace. Une lueur de jouissance malsaine.— Elena, tu devrais sortir, dit Damon sans se retourner. Ce n'est pas un spectacle pour toi.— Je veux





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