LOGINUn silence. La salle retint son souffle. Yvana sentit son cœur manquer un battement. Elle regarda Maître Valois, qui haussa les sourcils, étonnée.« De quel adultère parlez-vous ? demanda le juge.– Madame Vernier entretient une relation adultérine avec un certain Anthony L., qu’elle a retrouvé après avoir quitté le domicile conjugal. Cette relation a débuté bien avant la séparation officielle. »Yvana ouvrit la bouche pour protester. Maître Valois lui serra le bras discrètement.La défense déposa des photos. Des photos d’Yvana et Anthony, prises à son insu. Dans le jardin, sur le pas de la porte, dans la voiture. Des photos volées, de loin, de mauvaise qualité. Mais assez nettes pour qu’on les reconnaisse.« Ces photos ont été prises après mon départ, dit Yvana, la voix tremblante.– Pas toutes, répliqua Maître Delcourt. Certaines datent d’avant la séparation. »Il sortit d’autres clichés. Une photo d’Yvana et Anthony dans un café, l’air complice. Un autre, devant le musée, un jour d
Sa voix était blanche, presque mécanique.« Des mensonges ? répéta le juge.– Cette femme est jalouse. Je l’ai éconduite, elle se venge. Elle invente des histoires pour me nuire.– J’ai des preuves, dit Élisabeth en se tournant vers lui. Des messages, des photos, des relevés bancaires. Nos voyages, nos nuits, nos enfants. Tu ne peux pas tout nier. »Le visage de Gabriel se décomposa. Pas complètement. Juste une fissure. Une fêlure dans le mur.Maître Valois déposa les preuves. Les messages doux, les photos d’eux en famille, les billets d’avion. Tout y était. Les heures, les dates, les lieux. Gabriel ne pouvait pas nier.« Ces preuves sont amplement suffisantes, commenta le juge. L’adultère de Monsieur Vernier est établi. »Gabriel ne réagit pas. Il n’avait plus de mots.Élisabeth continua son témoignage. Elle parla des mensonges de Gabriel, des promesses non tenues, des manipulations. Elle parla de ses enfants, qu’elle ne voulait pas voir souffrir. Elle parla de Yvana, qu’elle avait l
En sortant du tribunal, Yvana croisa Élisabeth dans le couloir. Les deux femmes se regardèrent, un long moment. Puis Élisabeth s’approcha.« Je suis désolée, dit-elle.– De quoi ?– De ne pas avoir compris plus tôt. De vous avoir fait du mal. »Yvana secoua la tête.« Ce n’est pas vous qui m’avez fait du mal. C’est lui. »Elles ne se dirent rien de plus. Élisabeth sortit. Yvana la regarda s’éloigner, les épaules basses, les cheveux grisonnants. Elle n’avait pas d’enfant. Mais elle avait ses preuves, sa liberté.Anthony l’attendait devant la voiture.« Tu as parlé à Élisabeth ?– Oui.– Qu’est-ce que tu ressens ?– Je ne sais pas. Pas de haine. Pas de joie. Juste de la fatigue. »Il ouvrit la portière. Elle monta.Le soir, Yvana sortit le carnet. Elle écrivit :« Élisabeth a témoigné. Contre lui. Pour elle. Pour ses enfants. Je ne lui en veux pas. Je ne l’ai jamais haïe. C’était sa prison, aussi. »Elle referma le carnet. Le jardin était calme. Les bulbes qu’elle avait plantés commença
Le coup de téléphone arriva un dimanche matin, alors qu’Yvana était seule dans le jardin, en train de planter des bulbes de printemps. Ses mains étaient dans la terre, ses genoux sur un vieux coussin. Il faisait froid, mais le soleil, timide, réchauffait ses épaules. Elle reconnut le numéro sur son téléphone. Élisabeth. Elle essuya ses mains sur son jean, décrocha.« Allô ? dit-elle, la voix calme.– C’est moi », répondit Élisabeth.Sa voix était fatiguée, presque éteinte. Yvana attendit.« Il est venu me voir. Hier soir. Il était ivre. Il m’a dit que si je témoignais, il me ferait perdre mes enfants. Il a dit qu’il dirait au juge que je suis une mère indigne, que je le trompais aussi, que j’étais instable. »Silence.« Il m’a frappée ? demanda Yvana.– Non. C’est pire. Il m’a prise dans ses bras. Il m’a dit qu’il m’aimait, qu’il ne pourrait pas vivre sans moi. Et il m’a dit que si je l’aimais, je devais le protéger. »Élisabeth pleurait, maintenant. Des sanglots étouffés, qu’elle ten
Yvana hocha la tête. Elle le savait. Le témoignage d’Élisabeth était crucial. Il prouverait l’adultère, les nuits passées ailleurs, les enfants cachés. Il montrerait le vrai visage de Gabriel.Les jours suivants, Yvana n’eut pas de nouvelles. Le silence d’Élisabeth pesait. Maître Valois tentait de la joindre, sans succès. Gabriel, lui, continuait à nier. Il n’avait jamais eu de relation suivie avec Élisabeth. Une collègue, une amie. Rien de plus.Yvana savait. Elle avait vu les messages. « À ce soir, mon cœur. » « Tu me manques. » « Les enfants te demandent. » Des mots qui ne s’adressent pas à une collègue. Mais sans le témoignage d’Élisabeth, ils resteraient des captures d’écran.Un soir, Yvana prit son téléphone. Elle composa le numéro d’Élisabeth. Elle l’avait noté des années plus tôt, en secret. La sonnerie retentit. Une fois, deux fois, trois fois.« Allô ? » La voix était fatiguée, méfiante.« C’est Yvana. »Le silence. Puis :« Je n’ai rien à vous dire. »« Je ne vous demande p
Le juge prit note. Gabriel ne regardait toujours pas Yvana. Il fixait la table, les mains croisées.Cette nuit-là, Yvana rêva de Clara. Elles étaient jeunes, elles couraient dans un champ, elles riaient. Pas de Gabriel, pas de procès, pas de peur. Juste elles, libres, légères.Au réveil, elle écrivit à Clara.« Merci. Pour être venue. Pour avoir témoigné. Pour être restée. »Clara répondit quelques heures plus tard.« C’est normal. C’est l’amitié. »Yvana rangea son téléphone. Le jardin était calme. Les roses, malgré l’hiver, gardaient des couleurs.Elle pensa à Clara, à son témoignage, à sa voix brisée. À toutes ces années où elle s’était tue, par peur, par loyauté, par amitié. Les amis de Gabriel n’avaient rien dit. Ceux d’Yvana, si.« Le témoignage de Clara a pesé, dit Maître Valois lors de la conférence préparatoire. Le juge y a été sensible.– Et Gabriel ?– Gabriel n’a pas réagi. C’est son avocat qui parlait pour lui.– Il n’a donc rien dit.– Rien. »Yvana n’était pas surprise.
Quatre nuits par semaine. Quatre. Le calcul était implacable.Elle ne dormit pas, cette nuit-là. Elle resta éveillée, à écouter la maison grincer, le vent souffler, le silence lui bourdonner aux oreilles. De l’autre côté du mur, Gabriel dormait – peut-être chez Élisabeth, peut-être dans la chambre
Yvana resta figée. Ses mains serraient le volant. Autour d’elle, la campagne était calme, paisible, indifférente. Les oiseaux chantaient. Le vent agitait les branches. Une voiture passa, puis une autre. Personne ne remarqua cette femme qui pleurait en silence, cachée derrière un fourré, son cœur en
Elle sortit la lettre qu’elle ne lui avait jamais envoyée, la relut à voix basse, dans le noir de la chambre. Les mots étaient toujours là, intacts, lourds de sens.« Si un jour tu lis ces mots, sache que je n’ai pas cessé de penser à toi. Pas une minute. Pas une seconde. »Elle replia la lettre, l
Ailleurs. Le mot résonnait dans sa tête, sinistre.Elle fouilla machinalement les poches des costumes suspendus, à la recherche de rien de précis. Une habitude qu’elle avait prise, sans espoir. Mais cette fois, sa main rencontra un morceau de papier froissé, au fond de la poche intérieure d’une ves







