Se connecterElle appela Maître Valois.« Qu’est-ce que je risque vraiment ?– Rien, si on tient bon. Il peut demander la restitution de la moitié des fonds que vous avez retirés, mais c’est compliqué. Vous étiez mariés, l’argent était commun. Vous aviez le droit de l’utiliser.– Et la maison ?– La maison est à son nom. Je vous ai dit de ne pas y retourner. Vous n’y êtes pas retournée. Il ne peut rien vous reprocher. »Elle raccrocha, un peu rassurée, mais pas totalement. La peur, c’était comme une ombre. Même quand le soleil brille, elle reste, tapie.Les jours suivants, les lettres continuèrent. Des mises en demeure, des demandes de médiation, des offres à l’amiable. Gabriel ne voulait pas la voir en face. Il utilisait des avocats, des huissiers, des courriers recommandés. Il construisait un mur de papier, espérant qu’elle s’y briserait.Elle ne se brisa pas. Elle tint. Anthony était à ses côtés, Sarah aussi. Maître Valois répondait à chaque courrier, démontait chaque argument, dénonçait chaque
Au sortir de l’audience, Yvana ne se retourna pas. Derrière elle, les amis de Gabriel parlaient à voix basse, gênés, honteux peut-être. Elle ne le saurait jamais. Et elle n’en avait cure.Anthony l’attendait dans la voiture.« Ça va ?– Ça va. »Ils rentrèrent. Le jardin était en fleurs. Les roses, toujours, éclatantes.Elle s’arrêta devant le rosier.« Je ne leur en veux pas, dit-elle.– À qui ?– À ceux qui ont cru Gabriel. Ils ne savent pas. Ils ne savent rien.– Ce n’est pas une excuse.– Non. Mais c’est une explication. »Ce soir-là, elle ne répondit à personne. Elle s’endormit paisiblement. Le silence, enfin, était complet. Les amis de Gabriel ne l’appelaient plus. Ils avaient compris. Ou ils avaient renoncé. Ou ils avaient oublié. Yvana ne cherchait pas à savoir.Elle avançait. Pas à pas. Seule, mais accompagnée. Sans lui. Sans ses relais. Sans ses mensonges.La flamme, fragile, continuait de brûler.***L’audience préparatoire avait laissé un goût amer dans la bouche d’Yvana. P
Un après-midi, elle reçut une visite. Une femme, la cinquantaine, visage fermé. L’épouse d’un collègue de Gabriel. Elle toqua à la porte, entra sans y être invitée.« Tu dois arrêter cette procédure, dit-elle. Tu détruis sa vie. Il perd ses patients, ses collègues le regardent mal. Pense à ce que tu fais. »Yvana resta figée. L’audace, le mépris, l’ignorance. Tout cela en une seule phrase.« Il m’a frappée, dit-elle.– Il dit que c’est toi qui as provoqué.– Il m’a donné des contraceptifs pendant dix ans sans me le dire.– Il dit que tu exagères.– Il me trompait avec une autre femme. Il a deux enfants avec elle.– Il dit que tu es jalouse, que tu inventes. »Yvana ne répondit pas. Elle ne servait à rien. La femme partit, mécontente, sans refermer la porte. Anthony la referma.« Il va falloir porter plainte pour harcèlement, dit-il.– Je ne veux pas. Ça ferait trop d’affaires. Trop de procédures. Je suis déjà épuisée. »Il n’insista pas.Les jours suivants, elle changea de numéro. Une
Le blocage du numéro de Gabriel avait apporté un silence précieux, mais fragile. Yvana savait qu’il ne renoncerait pas. Il n’était pas de ceux qui lâchent prise. Il était de ceux qui trouvent toujours une autre porte, une autre fenêtre, une autre faille. Elle s’y attendait. Pourtant, quand le premier message arriva, sur un numéro inconnu, elle sentit son cœur se serrer.« Yvana, c’est Philippe. Tu veux qu’on se parle ? Gabriel est désespéré. »Philippe. Un des amis de Gabriel, rencontré lors de dîners, de soirées, d’anniversaires. Un homme poli, souriant, qui ne l’avait jamais défendue, jamais interrogée, jamais crue. Un témoin silencieux des humiliations, des regards en coin, des rires étouffés. Il n’avait pas bronché quand Gabriel l’avait traitée de « fatigante » devant tout le monde. Il n’avait pas bronché quand elle était apparue avec des bleus qu’elle cachait sous ses manches. Il n’avait jamais bronché. Et maintenant, il s’improvisait messager, médiateur, ami.Elle ne répondit pa
Le chat les suivait. Les roses étaient encore rouges, malgré l’automne qui avançait.« Tu penses à lui ? demanda Anthony.– Parfois. De moins en moins.– C’est bien.– Ce n’est pas encore assez. Mais ça viendra. »Ils marchèrent un moment. Yvana pensait à Gabriel, à ses messages, à ses « je t’aime » jetés comme des pierres dans son silence. Il n’aimait pas. Il ne l’avait jamais aimée. Il aimait le pouvoir, la sensation de posséder, la rage de perdre. Il voulait la reconquérir pour la détruire encore. Elle ne lui donnerait pas cette chance.« Tu sais ce que j’ai compris ? dit-elle.– Non.– Qu’il ne changera jamais. Qu’il ne changera pas parce qu’il ne se croit pas en tort. Il pense qu’il est la victime. Il pense que c’est moi qui l’ai abandonné. »Anthony ne répondit pas. Il avait compris cela bien avant elle. Mais il ne le lui avait pas dit. Certaines vérités doivent être découvertes par soi-même.Ils rentrèrent. La maison était douce, éclairée par la petite lampe du salon. Le chat s
Ce soir-là, elle ouvrit les messages. Le premier était un énième « je suis désolé, reviens ». Le second, une photo d’eux à leur mariage. Elle souriait, une robe blanche, des fleurs dans les cheveux. Il avait les yeux brillants, la main posée sur sa taille. Une photo de façade, comme toutes les photos de façade. Un bonheur de pacotille. Le troisième message disait : « Souviens-toi de qui tu étais avant de me haïr. »Avant de me haïr. Il ne disait pas « avant que je te fasse du mal ». Il ne disait pas « avant les gifles, avant les “vitamines”, avant l’autre femme ». Il disait « avant de me haïr ». Comme si sa haine à elle était la cause de tout. Comme s’il était la victime.Elle ne répondit pas. Mais elle ne supprima pas non plus. Elle garda. Elle gardait tout, désormais. Les messages de Gabriel, les analyses, les certificats, les photos des bleus. Toute sa vie était devenue une preuve.Le lendemain, il envoya un message différent. « Je veux juste te parler. Une fois. Pas pour te convai







