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Chapitre 3 : Enlevée 2

Auteur: L'invincible
last update Date de publication: 2026-02-22 18:44:03

Ève

Des bruits de pas. Une clé dans la serrure. La porte s'ouvre.

L'homme qui entre est vieux, le visage marqué par des années difficiles, mais ses yeux sont doux. Pas comme ceux des autres. Il porte un plateau.

-Mangez, dit-il simplement. Il pose le plateau à terre, hors de ma portée, puis le pousse vers moi du bout du pied avant de reculer.

-Je veux savoir où je suis, je crache. Je veux savoir qui m'a enlevée et pourquoi.

Il secoue la tête, une lueur de regret dans le regard.

-Mangez. Vous aurez besoin de forces.

Il sort. La clé tourne dans la serrure. Je reste là, à fixer le plateau. De la soupe, du pain, de l'eau. Mes mains tremblent quand j'attrape le bol. Je déteste leur obéir, même pour ça. Mais mon corps a besoin de vivre, alors je mange.

Salvatore

Je suis dans la maison, à l'étage, et je regarde par la fenêtre la dépendance au bout du chemin. C'est une vieille grange que j'ai fait aménager à la hâte. Solide, isolée, impossible de s'en échapper. Vito m'a dit qu'elle s'était débattue comme une lionne. Qu'elle avait envoyé deux de mes hommes au tapis avant qu'ils réussissent à la maîtriser.

Je devrais être content. Je l'ai. La fille au miracle. La seule chance d'Isabella. Alors pourquoi cette boule au fond de mon ventre ?

-Patron. Vito est derrière moi, discret comme toujours. Isabella a demandé après vous. Elle voudrait vous voir.

Mon cœur se serre. Je hoche la tête et je pars, laissant la grange dans mon dos.

La chambre d'Isabella est à l'autre bout de la propriété, dans la grande maison, celle où j'ai toujours vécu. C'est une pièce claire, avec des murs roses et des peluches partout. Ma fille est dans son lit, si pâle, si frêle. Ses cheveux, qu'elle avait si longs et si beaux, commencent à tomber par poignées à cause des traitements.

-Papà, murmure-t-elle quand elle me voit entrer.

Je m'assieds près d'elle, je prends sa main si fine que j'ai peur de la briser.

-Piccola, je suis là. Je suis toujours là.

-Papà, j'ai fait un rêve bizarre. Je rêvais qu'il y avait une fée, une fée qui venait me guérir. Elle avait des yeux verts, comme de l'herbe après la pluie. Et elle me prenait la main, et tout devenait chaud, et je n'avais plus mal.

Mes doigts se crispent sur les siens. Des yeux verts. Je ne sais même pas de quelle couleur sont les yeux de la fille enfermée dans la grange. Je n'ai pas pris la peine de le demander.

-C'est un beau rêve, ma chérie.

-Tu crois que les fées existent, Papà ?

Je regarde son visage creusé par la maladie, ses yeux immenses qui cherchent une réponse, un espoir. Et je mens.

-Oui. Je crois que oui.

Ève

Le deuxième jour, on m'a détachée. Plus de chaînes. La porte reste fermée à clé, mais je peux marcher, m'étirer, utiliser le seau sans avoir à le faire devant eux. Une concession. Un calcul. Ils veulent que je sois docile.

Le vieux qui m'apporte à manger s'appelle Vito. Il parle peu, mais je sens qu'il n'est pas comme les autres. Un jour, je lui demande :

-Pourquoi moi ? Qu'est-ce que je suis censée avoir fait ?

Il me regarde longuement, et pour la première fois, je vois une hésitation dans ses yeux.

-C'est pas ce que vous avez fait. C'est ce que vous êtes. Ce qu'on dit que vous êtes.

Je sens le sang se glacer dans mes veines. Ils savent. Ils savent pour le don.

-Je ne suis rien, je mens. Je ne sais pas de quoi vous parlez.

-Bien sûr que non, dit-il doucement. Mais ça ne change rien. Le patron a besoin de vous. Sa fille va mourir.

Sa fille. Une fille. Comme moi, comme j'aurais pu être. Pendant une seconde, quelque chose vacille en moi. Une mère ? Non, il a dit "patron". Un homme. Un père.

-Et il croit que je peux la sauver ?

-Il le sait.

-C'est un fou.

-Non. C'est un père désespéré. C'est pire.

Il sort. Je reste là, le cœur battant. Un père désespéré. Est-ce que ça excuse d'enlever une femme, de l'enfermer comme un animal ? Non. Mille fois non. Et pourtant...

Le troisième jour, la porte s'ouvre sur un autre homme. Je le reconnais tout de suite. C'est lui. Le chef. Le patron. Il est grand, massif, habillé avec une élégance sombre. Son visage est dur, taillé à la serpe, mais ses yeux... ses yeux sont deux puits de douleur. Une douleur si profonde, si brute, que malgré moi, je recule d'un pas.

Il reste sur le seuil. Il me regarde. Je le regarde. Le silence s'étire comme un fil prêt à casser.

-Vous êtes Ève, finit-il par dire. Sa voix est grave, rauque, comme s'il n'avait pas parlé depuis des jours.

-Et vous êtes un criminel, je réponds. Un kidnappeur. Un lâche, peut-être, si vous avez besoin d'enfermer les femmes pour vous sentir fort.

Ses mâchoires se serrent. Un muscle tressaute dans sa joue. Mais il ne répond pas à l'insulte. Il entre, ferme la porte derrière lui, et s'approche. Je recule jusqu'à toucher le mur.

-Ma fille va mourir, dit-il. Elle a seize ans. Elle s'appelle Isabella. Elle aime la musique, les livres, les histoires de fées. Elle n'a rien fait de mal. Rien. Et vous pouvez la sauver.

-Je ne peux rien sauver du tout. Vous faites erreur.

-Ne mentez pas. Je sais pour le cousin de mon informateur. Je sais pour le voisin brûlé. Je sais pour les oiseaux, pour les fleurs. Je sais tout.

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