Home / Mafia / Le prix du miracle / Chapitre 2 : Enlevée

Share

Chapitre 2 : Enlevée

Author: L'invincible
last update Huling Na-update: 2026-02-22 18:43:16

Ève

Le vent souffle fort ce soir sur la montagne. Je l'entends siffler entre les planches mal jointes de ma petite maison, celui que mon grand-père m'a laissée avant de partir. Je suis dans la cuisine, assise en tailleur sur la vieille chaise en bois, et je regarde la flamme danser sous la bouilloire. Dehors, c'est le noir complet. Pas un réverbère à des kilomètres à la ronde. Rien que les arbres, la terre, et moi.

La vie est simple ici. Je travaille à la librairie du village, je cueille des herbes dans la forêt, je lis le soir à la lueur des bougies. Personne ne me pose de questions. Personne ne me regarde bizarrement. C'est pour ça que j'ai choisi cet endroit. Pour l'oubli. Pour la paix.

Mais parfois, la nuit, je sens quelque chose. Une vibration sous ma peau, comme un courant électrique qui attend de se libérer. Ça me fait peur. Depuis que je suis petite, il y a eu des incidents. Des oiseaux tombés du nid que je ramassais et qui repartaient en plein vol. Des fleurs fanées qui retrouvaient leurs couleurs sous mes doigts. Et puis cette fois, à seize ans, ce voisin qui s'était brûlé gravement... Je l'avais touché sans réfléchir, et sa peau s'était refermée sous mes yeux. Il avait crié au miracle. Moi, j'avais couru me cacher. Et je n'avais plus jamais recommencé.

Ma grand-mère, avant de mourir, m'avait prise par les épaules. Elle m'avait dit : "Ce don, Ève, c'est un cadeau empoisonné. Chaque fois que tu guéris, tu donnes un peu de ta vie. Alors fais attention. Ne le gaspille pas. Et surtout, ne laisse personne te forcer à l'utiliser."

J'ai promis. Et j'ai tenu parole. Depuis des années, je vis avec ça, enfoui au plus profond, comme un secret honteux. Je ne suis pas une héroïne. Je ne suis pas une sainte. Je suis juste une fille qui a peur de ce qu'elle porte en elle.

La bouilloire siffle. Je me lève pour couper le feu quand un bruit étrange me fige. Des pas. Plusieurs paires de pas, qui écrasent les graviers devant la maison. Des voix d'hommes, étouffées.

Mon cœur s'emballe. Ici, à cette heure, personne ne vient jamais. Je jette un coup d'œil par la fenêtre. Des phares trouent l'obscurité. Deux voitures noires, puissantes, garées devant ma barrière. Des silhouettes en mouvement.

Je recule, le souffle court. Mon premier réflexe, c'est de fuir. La porte de derrière, le sentier dans les bois, je connais chaque pierre. Mais à peine j'ai fait un pas que la porte principale vole en éclats.

Des hommes. Grands, vêtus de noir, le visage dur. Ils entrent sans frapper, sans dire un mot, et leurs yeux se posent sur moi comme si j'étais une proie.

-Eve ? demande l'un d'eux. Eve Lawson ?

Je ne réponds pas. Je recule encore, mais la table m'arrête. L'homme s'approche, et dans son regard, je ne vois rien d'humain. Juste de l'efficacité. Un ordre à exécuter.

-Vous venez avec nous. Ne criez pas, ne résistez pas. Ça se passera mieux pour vous.

Mon corps tremble, mais à l'intérieur, quelque chose se révolte. Une rage froide monte. Qui sont-ils ? De quel droit ?

-Je ne vais nulle part avec vous. Sortez de chez moi.

L'homme soupire, comme s'il avait entendu ça mille fois. Il fait un geste, et soudain deux autres me saisissent par les bras. Je me débats, je griffe, je mords. Je ne suis pas une proie facile. Mais ils sont trop forts, trop nombreux. Une odeur d'éther, un chiffon humide sur mon visage, et le monde qui bascule.

Ma dernière pensée, avant que le noir ne m'emporte, c'est pour ma grand-mère. "Ne laisse personne te forcer à l'utiliser."

Pardon, grand-mère. Je crois qu'ils n'ont pas l'intention de me demander la permission.

La conscience revient par fragments. D'abord, une odeur. Celle du bois humide et de la poussière. Ensuite, une lumière trop vive qui perce mes paupières closes. Puis la douleur. Mes poignets tirent, mes épaules brûlent. J'essaie de bouger et je comprends : je suis attachée. Les bras levés au-dessus de ma tête, fixés à quelque chose de froid et de solide.

J'ouvre les yeux.

La pièce est vaste, presque vide. Des murs en pierre, une fenêtre haute et étroite, condamnée par des barreaux. Un matelas posé à même le sol dans un coin, une cruche d'eau et un seau dans l'autre. L'ampoule nue qui pend du plafond éclaire tout ça d'une lumière crue, sans pitié. Je suis dans une cave. Ou une dépendance. Un endroit fait pour enfermer, pas pour vivre.

Mes chaînes. Je tire sur mes poignets, et le métal mord la chair. Des menottes reliées par une chaîne à un anneau scellé dans le mur. Assez longues pour que je puisse m'asseoir, pas assez pour atteindre la porte. Une cage.

La panique monte, un raz-de-marée dans ma poitrine. Je tire encore, je tire jusqu'à sentir le sang couler le long de mes mains, jusqu'à ce que la douleur devienne insupportable. Et je crie. Je hurle toute ma rage, toute ma peur, toute mon incompréhension. Ma voix rebondit contre les murs de pierre, et personne ne répond.

Personne.

Les heures passent. Je ne sais pas combien. La lumière dehors change à travers la fenêtre, passe du gris de l'aube au bleu pâle du jour. Je finis par m'asseoir, adossée au mur froid, les genoux remontés contre ma poitrine. Mes poignets saignent, la douleur est devenue mon amie, elle m'empêche de sombrer.

Patuloy na basahin ang aklat na ito nang libre
I-scan ang code upang i-download ang App

Pinakabagong kabanata

  • Le prix du miracle    Chapitre 11 : Salvatore se ..

    SalvatoreIl y a cinq ans. Le 14 mars. Un mercredi.Je me souviens de tout. De chaque détail, de chaque seconde, de chaque sensation. C'est gravé en moi comme une marque au fer rouge, une cicatrice qui ne guérira jamais.Maria était sortie avec sa sœur, Elena. C'était l'anniversaire d'Elena, quarante ans, et elles devaient fêter ça dans un petit restaurant italien de Little Italy, celui où on allait quand on était jeunes, avant les enfants, avant les affaires, avant que tout devienne compliqué. Maria m'avait demandé de venir, mais j'avais des choses à régler, des rendez-vous importants. Je lui avais dit que je les rejoindrais pour le dessert.-Je compte sur toi, avait-elle dit en m'embrassant. Tu sais qu'Elena t'adore. Elle sera déçue si tu viens pas.-Je viendrai. Promis.Elle avait souri. Son sourire, ce sourire qui éclairait tout, qui faisait battre mon cœur plus vite même après dix ans de mariage. Elle était belle, Maria. Belle comme le jour, belle comme la vie, belle comme tout c

  • Le prix du miracle    Chapitre 10 : Le désespoir le consume

    SalvatoreLes jours suivants, je deviens fou. Littéralement fou. Il n'y a pas d'autre mot.Je ne dors plus. Je ne mange plus. Je tourne en rond dans l'appartement comme un lion en cage, à écouter les bruits de l'hôpital dans ma tête, les phrases des médecins, leurs regards gênés. Le nouveau protocole ne marche pas. Les métastases progressent. On peut essayer autre chose, mais les chances sont minces.Minces. Ce mot me hante. Minces comme un cheveu. Minces comme une feuille de papier. Minces comme la vie de ma fille.Vito essaie de me parler des affaires. Des livraisons à organiser, des comptes à vérifier, des hommes à recadrer. Je l'envoie paître. Je l'envoie paître avec une violence qui le fait reculer, lui qui me connaît depuis vingt ans.-Laisse-moi tranquille, Vito. Occupe-toi de tout. Je ne veux pas être dérangé.-Patron, je comprends, mais il y a des choses qui ne peuvent pas attendre. Vittorio commence à grignoter du terrain, on a des entrepôts à sécuriser, des...-J'ai dit lai

  • Le prix du miracle    Chapitre 9 : New York, nuit 2

    Il me regarde, interloqué. Comme s'il ne comprenait pas ce que je viens de dire. Comme s'il cherchait le piège.-Pourquoi tu ferais ça ?-Parce que j'ai une fille. Et que si je meurs demain, j'aimerais que quelqu'un veille sur elle.Je n'attends pas sa réponse. J'appuie sur la détente. Le bruit est étouffé par le silencieux, une sorte de toussotement mat, presque dérisoire. Le corps de Carlo s'effondre sur le côté, la tête dans une flaque d'huile. C'est fini.Je range l'arme. Je regarde Vito.-Occupe-toi du corps. Et trouve un moyen de faire parvenir de l'argent à ses gamins. Je veux pas de trace, je veux pas de lien avec nous. Juste que ça arrive.Vito hoche la tête. Il ne pose pas de question. Il est le seul à qui je fais vraiment confiance, et il sait que quand je prends une décision, elle est irrévocable.Je sors de l'entrepôt. L'air de la nuit me frappe au visage, chargé des odeurs du fleuve. Je reste là un moment, à regarder les lumières de Manhattan au loin. Ces putains de lumi

  • Le prix du miracle    Chapitre 8 : New York, nuit

    SalvatoreLa nuit tombe sur Brooklyn comme une chape de plomb. Je suis dans l'entrepôt, au bout de la jetée. L'odeur du fleuve mélangée à celle de la rouille et de l'huile de vidange. Mes hommes ont amené Carlo Ferrante ici il y a trois heures. Il est à genoux au milieu du cercle de lumière que projettent les projecteurs, les mains liées dans le dos, le visage tuméfié par le voyage et par ce que Vito lui a fait subir en chemin pour le faire parler.Carlo a volé. Il a volé dans mes caisses, dans mes affaires, dans ce qui m'appartient. Deux cent mille dollars qu'il a détournés vers des comptes au Panama, croyant que je ne le saurais jamais. Et le pire, le vrai crime, c'est qu'il a parlé à Vittorio. Il a vendu des informations sur mes circuits d'approvisionnement. Il a trahi.-Agenouille-toi correctement, Carlo. T'as perdu ta dignité ou t'essaies de me faire de la peine ?Il lève la tête vers moi. Ses yeux sont deux fentes gonflées, à peine ouvertes. Il a du sang séché au coin des lèvres

  • Le prix du miracle    Chapitre 7 : Meilleure condition 3

    SalvatoreElle rentre dans sa chambre et ferme la porte. Je reste là, dans le couloir, à regarder le bois verni qui me sépare d'elle. Une prisonnière qui dicte ses conditions. Une victime qui promet son aide. Une inconnue qui pourrait sauver ma fille.Le monde est devenu fou. Mais pour la première fois depuis l'annonce du diagnostic, j'ai un espoir. Fragile, ténu, minuscule. Mais un espoir.ÈveLes jours suivants, j'apprends à connaître Isabella. Je viens la voir chaque après-midi. Je m'assieds près de son lit, et je lui parle. Elle me parle de ses livres préférés, de ses rêves, de sa vie d'avant la maladie. Elle me parle de son père aussi. Avec des mots si tendres, si remplis d'amour, que j'en oublie presque qui il est vraiment.-Mon Papà, il est fort, dit-elle. Le plus fort du monde. Mais avec moi, il est tout doux. Il me racontait des histoires, quand j'étais petite. Il me faisait des dessins. Il me chantait des chansons napolitaines.-Et maintenant ?-Maintenant, il me regarde. To

  • Le prix du miracle    Chapitre 6 : Meilleure condition 2

    ÈveLa nuit est étrange. Pour la première fois depuis des jours, je ne suis pas dans une cave. Je suis dans un lit moelleux, propre, et pourtant je ne dors pas. Je regarde le plafond, je compte les ombres que la lune dessine sur les murs, et je pense à demain.Isabella a seize ans. Elle aime les livres et les histoires de fées. Elle va mourir.Pourquoi est-ce que je fais ça ? Pourquoi est-ce que j'accepte de me jeter dans cette folie ? Parce que je peux la sauver, peut-être. Parce que j'ai ce pouvoir, et que le garder pour moi, dans ma petite maison au fond des bois, c'est peut-être égoïste. Ma grand-mère disait que c'était un cadeau empoisonné. Mais un cadeau, ça se partage, non ?Ou alors je me mens à moi-même. Peut-être que je fais ça parce que ses yeux, à lui, quand il a parlé d'elle... ces yeux-là, je ne les avais jamais vus chez personne. Pas même chez ma mère. Une douleur si absolue qu'elle en devient presque belle.Je finis par m'endormir aux premières lueurs de l'aube.Le len

Higit pang Kabanata
Galugarin at basahin ang magagandang nobela
Libreng basahin ang magagandang nobela sa GoodNovel app. I-download ang mga librong gusto mo at basahin kahit saan at anumang oras.
Libreng basahin ang mga aklat sa app
I-scan ang code para mabasa sa App
DMCA.com Protection Status