LOGINChapitre 6
Éléna
La tempête a tout effacé.
Le ciel et la terre ne font plus qu'un, une seule étendue blanche, mouvante, aveuglante, et ma voiture roule dans ce néant depuis des heures – ou peut-être seulement depuis quelques minutes, je ne sais plus. Le temps s'est brisé comme le reste. Comme moi.
Mes doigts sont crispés sur le volant, les jointures blanches, la peau tendue sur les os. La chaleur du véhicule lutte contre le froid extérieur, mais c'est une bataille perdue d'avance, exactement comme toutes celles que j'ai menées ces sept dernières années. Le pare-brise est un rideau de flocons furieux, et les essuie-glaces grincent, poussifs, impuissants face à l'avalanche silencieuse qui s'abat sur le monde.
Je ne sais pas où je vais.
Je ne sais pas pourquoi je conduis encore.
La route défile sous mes pneus, ou peut-être que c'est moi qui défile, emportée par ce mouvement absurde vers un ailleurs que je ne trouverai jamais. Mon corps est là, dans ce siège en cuir, mes mains sur ce volant, mes yeux rivés sur cette route invisible. Mais mon esprit est resté à Eryndor, collé à cette vitre derrière laquelle mon mari riait avec une autre femme et mon fils s'endormait dans ses bras.
Le mariage d'Éléna Noctryn n'a été qu'une longue parenthèse vide.
La phrase tourne dans ma tête comme une rengaine, un refrain cruel que je n'arrive pas à chasser. Je l'ai lue dans un de ces carnets intimes que Soren découvrira peut-être un jour, ces pages noircies de ma main où j'ai confessé, nuit après nuit, l'humiliation silencieuse de mon existence. "Tu es une prisonnière de luxe, Éléna. Une captive en robe saphir. Une morte qui respire encore."
La voiture tangue.
Une rafale de vent frappe la carrosserie, et le véhicule dévie légèrement sur la chaussée verglacée. Je rattrape la trajectoire d'un geste machinal, sans peur, sans sursaut. La peur a déserté mon corps il y a longtemps, remplacée par cette lassitude infinie qui engourdit mes membres et brouille mes pensées.
Mes yeux quittent la route une seconde, dérivent vers le siège passager. Mon manteau de fourrure est posé là, celui que mon père m'a offert le jour de mon départ. Il a taché le cuir clair, je ne sais pas avec quoi – peut-être le vin renversé dans la panique du départ, peut-être autre chose, je ne me souviens plus. Une tache sombre, irrégulière, qui ressemble à une carte de territoires inconnus. Une carte vers nulle part.
Je devrais m'arrêter.
L'idée surgit, fragile, comme une bougie dans le brouillard. Je devrais trouver un relais, une auberge, n'importe quel endroit où poser ma tête et attendre que la tempête passe. Mais mes doigts ne bougent pas du volant, mes yeux ne cherchent pas les bas-côtés. Je continue d'avancer, poussée par une force que je ne contrôle pas, un élan suicidaire que je n'assume pas tout à fait.
La route commence à monter.
Je reconnais ce chemin, maintenant. La pente raide, les sapins noirs qui bordent la chaussée de part et d'autre, leurs branches ployant sous le poids de la neige. C'est la route des falaises, l'ancienne voie côtière que les habitants évitent l'hiver, trop dangereuse, trop étroite, trop proche du vide.
Pourquoi suis-je venue ici ?
Ma conscience émerge lentement du brouillard de fatigue, et la question me frappe de plein fouet. Je n'ai pas choisi cette direction. Mon corps a décidé pour moi, guidé par un instinct que je ne veux pas nommer. La falaise. Le précipice. La mer déchaînée cent mètres plus bas, ses vagues noires dévorant la roche depuis des millénaires.
La voiture franchit une bosse, et mes dents s'entrechoquent. Je freine, doucement, trop doucement, et le véhicule glisse sur quelques mètres avant de s'immobiliser. Le moteur tourne au ralenti, un grondement sourd qui vibre dans ma cage thoracique. Dehors, la tempête hurle, et les flocons frappent les vitres comme des milliers de petits coups de poing.
Mes mains lâchent le volant.
Elles tombent sur mes genoux, inertes, et je regarde mes doigts. Ces doigts qui ont tenu Kael nouveau-né contre ma poitrine. Ces doigts qui ont écrit des pages et des pages d'amour pour un homme qui ne les a jamais lues. Ces doigts qui ont caressé des perles d'ambre, ajusté des robes de soie, essuyé des larmes silencieuses dans l'obscurité des nuits sans sommeil.
Mon alliance brille à mon annulaire.
Un cercle d'or, simple, élégant, que Soren a glissé à mon doigt devant l'autel il y a sept ans. "Je te prends pour épouse, Éléna Noctryn, pour le meilleur et pour le pire." Le pire a duré plus longtemps que le meilleur. Le meilleur n'a peut-être jamais existé, n'était qu'un mirage, une illusion que j'ai inventée parce que j'avais trop besoin d'y croire.
Je fais tourner l'anneau sur mon doigt, lentement, et la sensation du métal contre ma peau est étrangement douloureuse. Comme une brûlure froide. Comme une chaîne qu'on déplace sans parvenir à la briser.
Dehors, la nuit est totale maintenant.
Seuls les phares de la voiture percent l'obscurité, deux cônes jaunâtres qui se perdent dans le rideau de neige. Je coupe le moteur, et le silence m'engloutit. Un silence absolu, vibrant, presque organique, celui des grands espaces blancs où plus rien ne vit, plus rien ne bouge, plus rien ne souffre.
J'ouvre la portière.
Le froid me frappe comme une gifle. Il s'infiltre sous mes vêtements, dans mes poumons, jusqu'au plus profond de mes os. Ma robe de laine grise n'est pas assez épaisse pour cette température, pas assez chaude pour ce vent qui cisaille la peau. Mais je ne referme pas la portière. Je sors, lentement, mes bottes s'enfonçant dans la neige fraîche qui monte déjà jusqu'à mes chevilles.
La falaise est là, à quelques mètres.
Je la vois, ou plutôt je devine sa présence, cette absence brutale du sol, ce vide que même la neige ne parvient pas à combler. Les flocons tombent dans le gouffre, avalés par l'obscurité, disparaissant sans laisser de trace, exactement comme je voudrais disparaître.
Tu es lâche, Éléna.
La voix dans ma tête est celle de ma mère, ou peut-être celle de ma belle-mère, ou peut-être la mienne, déformée par des années de silence imposé. Tu es lâche, tu fuis, tu n'as jamais su te battre. L'épouse idéale, la femme docile, l'ombre silencieuse. Tu t'es effacée toi-même avant que quiconque ait besoin de le faire.
Mes jambes me portent vers la barrière de sécurité, une simple rambarde métallique rouillée qui sépare la route du vide. Je pose mes mains gantées sur le tube glacé, et je regarde en bas. Rien. Le noir absolu. La mer déchaînée que j'entends sans la voir, grondement lointain de bête blessée.
La tache sur mon manteau.
Je me retourne vers la voiture, et l'idée germe, monstrueuse, évidente. Le manteau de fourrure de mon père, avec sa tache sombre qui pourrait être du sang. Une tache qui raconterait une histoire, une chute, un corps emporté par les flots. Une preuve pour ceux qui chercheraient, plus tard. Un indice pour Soren, s'il daigne chercher.
Je retourne au véhicule, saisis le manteau par une manche, le tire hors de l'habitacle. Il est lourd, imprégné d'humidité et du parfum entêtant de la fourrure animale. Je le porte jusqu'à la rambarde, et mes bras tremblent – de froid, ou de ce que je m'apprête à faire, je ne sais plus.
Un dernier regard vers la voiture.
Mon téléphone portable est sur le siège conducteur, son écran noir, éteint depuis des heures. Je le prends, le tourne entre mes doigts. Cet objet qui vibrait si souvent pour des messages que Soren ne m'envoyait jamais, pour des nouvelles du monde qui continuait de tourner sans moi. Je devrais garder la batterie, quelqu'un pourrait me localiser. Mais je ne veux pas être localisée. Je ne veux plus être trouvée.
Le téléphone tournoie dans l'air une fraction de seconde avant de disparaître dans le gouffre. Je n'entends pas l'impact, couvert par le hurlement du vent.
Mon alliance, ensuite.
Je retire l'anneau d'or de mon doigt, et la peau en dessous est plus pâle, marquée par sept années de présence continue. Le cercle est chaud de ma chaleur, presque vivant, et je le regarde briller dans la lumière blafarde des phares. Soren Drakhar, seigneur de Valdoria. Éléna Noctryn, son épouse fantôme. L'alliance est le seul lien qui nous unit encore, ce cercle ridicule qui ne retient rien, qui ne protège rien, qui n'empêche rien.
Je le lance dans le vide.
Il brille une dernière fois, un éclat d'or contre la nuit, puis il disparaît, avalé par les ténèbres comme tout le reste.
Le manteau, ensuite.
Je le suspends à la rambarde, le drapant sur le métal rouillé comme un épouvantail abandonné. La fourrure brune se fond dans l'obscurité, mais la tache sombre est visible, presque trop évidente, presque théâtrale. On trouvera ça, plus tard. On pensera que je suis tombée, ou que j'ai sauté. On pensera ce qu'on voudra. L'important, c'est qu'on ne me cherche pas là où je vais.
Où vais-je ?
La question me traverse sans que j'aie de réponse à lui offrir. Je sais seulement que je ne veux plus être Éléna Noctryn. Je ne veux plus être l'épouse de Soren Drakhar, la dame de Valdoria, la mère silencieuse, la femme effacée. Je veux devenir quelqu'un d'autre. Quelqu'un que personne n'attend, que personne ne juge, que personne n'ignore.
Mes bottes s'enfoncent dans la neige tandis que je m'éloigne de la voiture. Les phares éclairent ma silhouette qui s'éloigne, ombre vacillante dans le rideau blanc. Je ne me retourne pas vers la falaise, vers le manteau vide, vers ce symbole de mort que j'ai fabriqué de toutes pièces. Je regarde devant moi, vers la forêt noire qui s'ouvre comme une bouche, vers les sapins qui ploient sous leur fardeau glacé.
Le froid est absolu maintenant.
Il pénètre ma chair, paralyse mes muscles, embue ma vision. Chaque pas est un effort surhumain, mes cuisses qui brûlent, mes poumons qui se déchirent à chaque inspiration. La neige monte à mes genoux, parfois à ma taille, et je marche, je marche, je marche, poussée par cette volonté absurde de survivre alors que j'ai tout abandonné.
Les branches des sapins fouettent mon visage, et je sens le sang perler sur ma joue, vite gelé par l'air glacial. Ma robe de laine est trempée, collée à ma peau, et des frissons spasmodiques secouent mon corps. Bientôt, je ne sentirai plus rien. Bientôt, l'hypothermie fera son office, et je m'endormirai dans cette blancheur infinie, comme dans un linceul.
Mais avant de m'endormir, je veux marcher.
Je veux m'enfoncer assez loin pour qu'on ne me retrouve pas, assez loin pour qu'on me croie morte, assez loin pour renaître sous une autre identité. Je ne sais pas comment. Je ne sais pas si c'est possible. Mais je refuse que cette nuit soit la dernière. Je refuse que ma vie se résume à ces sept années de silence et d'humiliation.
Soren ne m'aimera jamais. Je le sais maintenant. Je l'ai vu rire avec Lysandra, je l'ai vu heureux sans moi, je l'ai vu libre loin de mon ombre pesante. Il ne m'a jamais voulue, il m'a subie, et la seule chose que je puisse lui offrir aujourd'hui est mon absence définitive.
Qu'il me croie morte.
Qu'il pleure, peut-être, un jour, une heure, une minute. Qu'il ouvre mes carnets intimes et découvre la femme qu'il a ignorée. Qu'il lise ces lignes d'amour suppliant que j'ai noircies à la lueur des chandelles, dans les nuits sans sommeil où j'attendais son retour. Qu'il souffre, ne serait-ce qu'un instant, ne serait-ce que l'ombre d'une douleur. C'est tout ce que je lui souhaite.
Mes jambes flanchent.
Je tombe à genoux dans la neige, et la fraîcheur m'enveloppe comme une mère berçant son enfant. Je devrais me relever, continuer d'avancer, mais mes muscles refusent d'obéir. Mon corps s'abandonne, lentement, inexorablement, et mes paupières s'alourdissent.
Dors, Éléna. Dors, et renaîtra demain.
La neige tombe sur moi, me recouvre, m'ensevelit. Mes doigts s'enfoncent dans la poudreuse, et je me laisse glisser, lentement, jusqu'à ce que ma joue repose sur le sol glacé. Les flocons dansent devant mes yeux, de plus en plus lents, jusqu'à s'immobiliser tout à fait.
Puis plus rien.
Le noir.
Le silence.
La mort que j'ai choisie, pour mieux ressusciter.
Chapitre 33ÉlénaÉléna suit Soren quand il s’éloigne pour répondre.Le téléphone vibre une quatrième fois. Soren jette un regard vers moi, vers Kael, vers l'appareil noir qui ne cesse de clignoter. Sa mâchoire se crispe. Il se lève, murmure une excuse, et s'éloigne vers la fenêtre, le dos tourné à la table.Je devrais rester assise. Je devrais continuer à manger, à sourire à Kael, à faire comme si de rien n'était. Mais mes jambes me portent sans que je les commande. Je me lève, traverse la pièce à pas feutrés, m'arrête à quelques mètres de lui.Il ne me voit pas. Il est trop concentré sur sa conversation, sur la voix qui sort du combiné, sur cette femme qui l'appelle encore et
Chapitre 32SorenNous dînons tous les trois pour la première fois depuis l'anniversaire maudit.La table est dressée dans le petit salon privé de l'hôtel. Une nappe blanche, des bougies, des fleurs fraîches. J'ai demandé qu'on prépare les plats préférés de Kael – du poulet rôti, des pommes de terre sautées, du chocolat fondant pour le dessert. Et pour Éléna, j'ai fait servir ce vin qu'elle aimait autrefois, un Bourgogne léger, fruité, qu'elle buvait le soir sur la terrasse de Valdoria.Elle l'a reconnu. Je l'ai vu dans ses yeux, ce bref éclat de surprise, de nostalgie, de souvenir.Kael est assis entre nous, les mains posées sur la table, le dos bien droit. Il a encore les yeux un peu gonflés par les larmes, mais il sourit. Un petit sourire timide, hésitant, mais un sourire.— Ça sent bon, dit-il.— C'est ton père qui a choisi le menu, dis-je.— Ah.Il me regarde, étonné. Comme s'il ne m'imaginait pas capable de me souvenir de ce qu'il aimait.— Je me souviens de tout, Kael. De ce que
Chapitre 31ÉlénaKael revient.Je l'ai vu entrer, sa main dans celle de son père, son visage grave, ses yeux rouges. Il a traversé la pièce d'un pas lent, presque solennel, et il s'est arrêté devant moi. Il m'a regardée, longuement, comme s'il me voyait pour la première fois."Ce n'est pas ta faute, maman. Ce n'est jamais à cause de toi."Ses bras se sont ouverts. J'ai pris ses mains. Ses doigts minuscles se sont refermés sur les miens, chauds, vivants, réels.Il s'assoit près de moi en silence.Il ne dit rien. Il se contente de s'asseoir à côté de moi, sur le canapé, à me toucher, à me sentir. Son épaule contre la mienne, sa jambe contre la mienne, sa main qui ne lâche pas la mienn
Chapitre 30SorenJe rattrape Kael dans le couloir.Il court, ses petites jambes le portent aussi vite qu'elles le peuvent, ses poings serrés, ses joues ruisselantes de larmes. Il ne me voit pas arriver, ou peut-être qu'il me voit mais ne veut pas s'arrêter. Il fuit. Comme sa mère. Comme toujours.— Kael !Je l'attrape par l'épaule, doucement, le force à se retourner. Son visage est un chaos de douleur, de colère, de chagrin. Ses yeux gris sont rouges, gonflés, ses lèvres tremblent, son menton frémit.— Lâche-moi, père !— Non.— Je veux rentrer. Je veux retourner à Valdoria. Je ne veux plus la voir.— Tu ne rentres nulle part. Pas avant d'avoir parlé.— Il n'y a rien à dire. Elle m'a abandonné. Elle ne m'aime pas.Il sanglote que sa mère ne l'aime pas assez.La phrase sort dans un sanglot, étranglée, presque inaudible. Il tremble de tout son corps, secoué de spasmes qui le plient en deux. Ses poings frappent ma poitrine, sans force, sans conviction, juste pour évacuer la douleur.— E
Chapitre 29ÉlénaVoir Kael après cinq ans me coupe le souffle.Il est là, dans le salon de l'hôtel neutre, debout près de la fenêtre, les mains croisées dans le dos, le dos trop droit, les épaules trop hautes. Il porte un costume sombre, trop sérieux pour son âge, les cheveux coiffés en arrière, le visage grave.Mon fils.Mon bébé.Il a grandi.Plus grand que je ne l'imaginais. Plus mince aussi, plus anguleux. Les joues rondes de l'enfance ont disparu, remplacées par des traits plus marqués, une mâchoire plus carrée, un nez plus affirmé. Il ressemble à Soren, tellement. La même couleur de cheveux, la même ligne des sourcils, la même courbe des lèvres.Il ressemble à Soren en plus doux.Ses yeux. Ce sont ses yeux qui lui ressemblent le moins. Des yeux gris, comme ceux de son père, mais où la douceur d'antan – la mienne – n'a pas tout à fait disparu. Elle est là, quelque part, dans la manière dont il cligne des paupières, dont il relève la tête, dont il me regarde.Il me regarde.Ses y
Chapitre 28SorenJe me confie à Kael.Il est assis sur son lit, les jambes croisées, un livre ouvert sur ses genoux, mais il ne lit pas. Il regarde par la fenêtre, vers le jardin d'hiver, vers ce bassin où sa mère trempait ses pieds nus, cette nuit-là. Il a douze ans, mais ses yeux sont ceux d'un adulte, vieux, fatigués, trop grands pour son visage d'enfant.— Kael, dis-je en m'asseyant à côté de lui.— Père.— Je dois te dire quelque chose.Il tourne la tête vers moi. Ses yeux gris – mes yeux – me fixent avec une intensité qui me serre la gorge.— Tu as vu maman, à Dubaï.— Oui.— Tu lui as parlé.— Oui.— Elle va bien ?Sa voix se brise sur le dernier mot. Il retient ses larmes, je le vois. Il se mord la lèvre, serre les poings sur ses genoux. Il est si courageux, mon fils. Si fort. Si fragile.— Elle va bien, dis-je. Elle est... différente. Plus forte. Plus dure. Mais elle va bien.— Pourquoi elle ne revient pas ?— Parce qu'elle a souffert, Kael. Ici, avec nous. Avec moi.— Tu lu







