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CHAPITRE 5 — LE COLLIER 2

Auteur: Déesse
last update Date de publication: 2026-07-22 23:30:17

Nora

Je devrais pleurer. Je devrais m'arracher ce collier et m'enfuir par la fenêtre. Mais je ne pleure pas. Je ne fuis pas. Je reste là, assise devant ce miroir, à fixer cette fine bande de cuir noir sur ma peau blanche. Ma respiration est lente. Mon pouls est calme. Mes doigts effleurent le collier, le suivent, s'arrêtent sur l'anneau d'argent.

Et, lentement, presque malgré moi, je le serre.

Pas fort. Juste assez pour sentir la pression sur ma trachée. Juste assez pour que mon souffle devienne un peu plus difficile. Juste assez pour que la chaleur monte en moi, insidieuse, incompréhensible. Mes cuisses se serrent. Mes tétons se durcissent contre le tissu de mon soutien-gorge. Je ferme les yeux.

L'image de Léonora s'impose derrière mes paupières. Son regard noir. Sa voix grave. Ses doigts effleurant ma clavicule. Tu es belle. Tu es terrorisée. Et tu es excitée. Elle avait raison. Sur tout. Même sur ce que je ne voulais pas admettre.

Je rouvre les yeux brusquement et relâche le collier. Mon reflet est rouge, les pupilles dilatées. Je suis en sueur. Je me lève, les jambes flageolantes, et sors de la chambre sans un regard en arrière.

Je redescends l'escalier. Mes doigts ne quittent pas le collier. Ils le touchent, l'effleurent, vérifient qu'il est toujours là. Comme un nouveau membre qu'on ne cesse de palper.

Je frappe à la porte du bureau. La voix de Léonora s'élève, calme.

— Entrez.

J'entre. Elle lève les yeux de ses papiers. Son regard se pose sur mon cou, s'y attarde. Elle ne sourit pas. Mais quelque chose dans ses yeux change. Une satisfaction froide. Une approbation muette.

— Bien. Assieds-toi.

Je m'assois. Cette fois, ma posture est naturelle. Mes mains ne sont plus crispées sur mes cuisses. Je porte son collier. Je suis à elle. L'information circule dans mon sang comme une drogue douce.

— Tu as des questions, dit Léonora.

— Des centaines.

— Pose-les.

Je réfléchis. Par où commencer ? Par la plus urgente, celle qui me hante depuis que j'ai franchi la grille.

— Gabriel. Le spécialiste est venu ? Il a commencé ?

— Il est à l'hôpital depuis hier soir. Il a déjà prélevé de nouveaux échantillons. Les premiers résultats arriveront dans une semaine. Je te tiendrai informée.

— Je peux lui rendre visite ?

— Quand tu auras gagné ce droit.

— Comment je le gagne ?

— En obéissant. En apprenant. En prouvant ta valeur.

Ma valeur. Le mot me hérisse. Mais je ravale ma réplique. Léonora tient Gabriel dans sa main. Tant que je ne sais pas exactement à quel point, je dois avancer prudemment. Comme sur de la glace. Comme dans un champ de mines.

— Qui sont les autres ? je demande. Alba, Maeve ?

— Des protégées, comme toi. Elles sont ici pour différentes raisons. Certaines remboursent une dette, comme toi. D'autres cherchent une protection. D'autres encore veulent apprendre.

— Apprendre quoi ?

— Le pouvoir. Le contrôle. La maîtrise de soi. Tout ce que je peux enseigner.

— Vous dirigez une école ?

Léonora esquisse ce sourire mince, ce sourire qui n'en est pas un.

— Je dirige un réseau. Mes activités sont variées. Légales pour certaines, moins pour d'autres. Tu n'as pas besoin de tout savoir tout de suite. Pour l'instant, tu as besoin d'une seule chose : comprendre ta place.

— Et ma place, c'est quoi ?

— Pour l'instant, c'est tout en bas.

Elle se lève. Contourne le bureau. S'arrête devant moi. Je lève la tête vers elle. Mon cou s'incline naturellement, exposant le collier, offrant ma gorge. Je ne l'ai pas fait exprès. Mon corps a réagi avant ma volonté.

— Tu vois ? dit-elle doucement. Tu apprends déjà.

Elle tend la main et effleure le collier. Ses doigts sont tièdes. Le cuir est chaud maintenant, imprégné de ma chaleur corporelle. Elle glisse un doigt sous le collier, vérifie qu'il n'est pas trop serré, le réajuste d'un geste précis. Son pouce caresse ma jugulaire. Je sens mon pouls battre contre sa peau.

— Ce soir, tu serviras le dîner. C'est ta première tâche. Iris t'expliquera le protocole. Tu écouteras, tu obéiras, tu ne parleras pas. Compris ?

— Oui.

— Oui qui ?

J'hésite. Mes yeux cherchent les siens. Elle attend. Patiente. Implacable.

— Oui... Léonora.

Elle hoche la tête, retire sa main. Le contact me manque immédiatement. C'est absurde. C'est terrifiant. C'est réel.

— Va trouver Iris. Elle t'attend dans la cuisine.

Je me lève. Mes jambes sont plus stables maintenant. Le collier est toujours là. Mon ancre et ma chaîne, a-t-elle dit. Je commence à comprendre. Je sors du bureau et me dirige vers la cuisine, perdue dans mes pensées, mes doigts effleurant machinalement le cuir noir.

Dans le couloir, je croise Alba. Elle porte un plateau avec du thé et des biscuits. Nos regards se croisent. Le sien glisse sur mon cou, s'arrête sur le collier. Quelque chose passe dans ses yeux — de la surprise, de l'envie, de la pitié, je ne sais pas. Puis elle détourne le regard et continue son chemin.

Le collier. Tout le monde voit le collier. Tout le monde sait ce qu'il signifie. Et moi, je marche dans les couloirs de ce manoir, le dos plus droit qu'à mon arrivée, la nuque exposée, la peau brûlante, en me demandant quand exactement j'ai cessé d'avoir peur et quand j'ai commencé à avoir envie.

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