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CHAPITRE 4 — LE COLLIER

مؤلف: Déesse
last update تاريخ النشر: 2026-07-22 23:27:09

Nora

Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Pas une seconde. La chambre est belle, confortable même, mais chaque craquement de la vieille bâtisse, chaque plainte du vent dans la cheminée, chaque ombre mouvante sur le mur me rappelait où j'étais. Chez elle. Dans son antre. Loin de tout ce que je connais.

Le matin filtre à travers les rideaux de lin, gris et pâle comme un petit jour d'automne. Je m'assois dans le lit, les draps emmêlés autour de mes jambes. Mes vêtements sont pliés sur la chaise , je les ai rangés hier soir avant de me coucher, par habitude, par besoin de contrôle sur quelque chose. Sur n'importe quoi. Ma valise est dans l'armoire. Le coffret de bois est toujours sur la coiffeuse. Je ne l'ai pas rouvert.

Sept heures trente à la pendule de chevet. Le dîner d'hier soir s'est passé dans un silence étrange. Iris, deux autres filles dont j'ignore encore les noms, et moi, autour d'une longue table dans une salle à manger trop grande. Léonora n'était pas là. Iris a présidé le repas comme un général en second. Personne ne m'a adressé la parole. J'ai mangé en regardant mon assiette. La nourriture était bonne. Je n'ai rien goûté.

Un coup frappé à la porte me fait sursauter. Trois coups, secs, précis. Pas la lourdeur d'un poing d'homme. La délicatesse tranchante d'Iris.

— Le petit-déjeuner est à huit heures. Léonora vous attend dans son bureau à neuf heures. Ne soyez pas en retard.

Sa voix traverse le bois comme une lame. J'entends ses pas s'éloigner avant même que j'aie pu répondre. Je me lève. La salle de bains est petite mais fonctionnelle. L'eau chaude me fait du bien. Je reste sous le jet plus longtemps que nécessaire, à laisser la chaleur dénouer mes muscles. Je me savonne méthodiquement, chaque partie du corps, comme si je pouvais effacer le souvenir de son regard sur ma peau. Mais son regard ne s'efface pas. Il est imprimé sous mes paupières. Il pulse dans mon ventre.

Je me sèche, me brosse les dents, me coiffe. J'enfile des vêtements simples , un jean, un pull gris, des chaussures plates. Je ne sais pas ce qu'on attend de moi. Je ne sais pas s'il y a un code vestimentaire, des règles, des usages. Je descends l'escalier de pierre, la main sur la rampe froide, le cœur battant.

La salle à manger est éclairée par des lampes à huile, comme tout le reste du manoir. Les deux filles que j'ai aperçues hier soir sont déjà assises. L'une est brune, le teint mat, les yeux en amande, un air méditerranéen. L'autre est rousse, pâle, constellée de taches de rousseur, les yeux verts. Aucune ne porte de collier comme celui qui m'attend dans le coffret. Je le remarque immédiatement. Leur cou est nu.

— Je m'appelle Nora, je dis en m'asseyant.

La brune lève les yeux de son bol de thé. Son regard est neutre, ni hostile ni chaleureux.

— Alba.

La rousse ne lève même pas les yeux. Elle beurre sa tartine avec une application excessive.

— Maeve.

Iris entre à ce moment-là, une cafetière à la main, comme si elle était la maîtresse de maison autant que la geôlière en chef. Elle me sert un café sans me demander si j'en veux, sans un mot. Je la remercie du bout des lèvres. Elle ne répond pas.

Le petit-déjeuner se passe en silence. Je bois mon café. Je grignote un croissant. Mes doigts tremblent un peu. Alba et Maeve mangent en évitant de me regarder, mais je sens leurs coups d'œil furtifs. La nouvelle. La cinquième. Celle qui a eu droit à une audience privée dès le premier soir. Celle qui a dû se déshabiller devant Léonora, et qui est ressortie du bureau les joues en feu.

À neuf heures moins cinq, je frappe à la porte du bureau.

— Entrez.

Léonora est assise dans le même fauteuil qu'hier. Sa robe aujourd'hui est bleu nuit, sobre, élégante. Ses cheveux sont relevés en chignon. Elle n'a pas l'air fatiguée. Elle n'a jamais l'air fatiguée. Elle est impeccable, impénétrable.

— Assieds-toi.

Je m'assois sur la chaise en face du bureau. Mes mains se posent sur mes cuisses, doigts croisés, dos droit. Je ne sais pas pourquoi je prends cette posture. Peut-être parce que c'est celle qu'elle attend.

— As-tu ouvert le coffret ?

— Oui.

— As-tu compris ce qu'il contient ?

— Un collier.

— Plus que cela. C'est ton collier. Le symbole de ton appartenance.

Le mot claque dans l'air comme une gifle. Appartenance. Elle l'avait déjà dit à l'hôpital, mais là, dans ce bureau, après la nuit sans sommeil, après le regard qu'elle a posé sur mon corps nu, le mot prend une dimension nouvelle. Il pèse. Il brûle.

— Je ne suis pas un objet, je murmure.

— Non. Les objets n'ont pas le choix. Toi, tu l'as.

Elle se lève, contourne le bureau. Comme hier. Comme si ce rituel devait se répéter chaque fois qu'elle voulait me rappeler qui commandait. Mais cette fois, elle ne me fait pas déshabiller. Elle s'adosse au rebord du bureau, juste devant moi, et croise les bras.

— Le collier signifie que tu es sous ma protection, Nora. Sous mes ordres. Tant que tu le portes, personne ne te touchera sans ma permission. Personne ne te fera de mal. En échange, tu m'obéis. Tu apprends. Tu sers.

— Servir comment ?

— Tu le découvriras au fil des jours. Pour l'instant, ta tâche est simple : porter le collier. Le mettre toi-même. Devant le miroir, pour que tu te voies quand tu l'attacheras. Pour que tu comprennes que ce choix est le tien.

Elle se redresse, prend le coffret sur une étagère — elle l'a fait monter de ma chambre sans que je m'en aperçoive — et me le tend. Mes mains le saisissent, mécaniquement.

— Va dans ta chambre. Mets-le. Reviens quand ce sera fait.

Je me lève, le coffret serré contre ma poitrine, et je sors du bureau sans un mot. Mes jambes sont en coton. Je monte l'escalier marche après marche. La porte de ma chambre se referme derrière moi. Je pose le coffret sur la coiffeuse et m'assois sur le tabouret.

Le miroir me renvoie mon reflet. Une fille de vingt-six ans, brune, les traits tirés, les cernes creusés par trois mois d'hôpital et une nuit blanche. Une fille qui n'a pas demandé à être là. Une fille qui a fait un choix impossible pour sauver son frère. Est-ce que je me ressemble encore ? Je ne sais pas.

J'ouvre le coffret. Le collier est là, sur son coussin de velours noir. Cuir souple, anneau d'argent, sobre et discret. Je le prends entre mes doigts. Il est plus lourd qu'il n'en a l'air. L'odeur du cuir monte à mes narines, animale, brute.

Je le passe autour de mon cou. Mes doigts cherchent le fermoir, le trouvent, l'attachent. Le cuir se pose sur ma peau, frais d'abord, puis tiède. Je me regarde dans le miroir. Le collier est là. Il encercle ma gorge sans la serrer. Il est fin, presque élégant, mais il hurle ce que je suis devenue. Une femme à qui on a passé un collier. Une femme qui a accepté de le porter.

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