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Chapitre 2

Author: dainamimboui
last update Last Updated: 2026-01-30 16:57:54

Mia ouvre les yeux. La chambre respire le luxe et la chaleur, mais rien en elle n’évoque la sécurité.

Elle tente de relever la main : une douleur fulgurante lui traverse l’épaule. Un gémissement brisé s’échappe de ses lèvres. Elle veut demander ce qui se passe.

Aucun mot ne sort.

Sa gorge est sèche, brûlée. Ses cordes vocales semblent dissoutes

La porte s’ouvre avant qu’elle ne puisse essayer encore.

Alexandre apparaît encore.

Toujours impeccable. Toujours composé. Comme si sa présence dans cette pièce orpheline de bruits faisait partie de l’ordre naturel du monde. Il approche, sa silhouette noire tranchant avec la blancheur des draps.

Ses yeux bleus s’illuminent lorsqu’il voit qu’elle est réveillée.

« Ah… Mia, tu t’es bien reposée mon amour ?

Sa voix tombe comme un velours sombre sur sa peau glacée.

Elle tente de parler. Son souffle se brise en poussière. Son visage se crispe, ses doigts tremblent sur le drap.

Alexandre pose un doigt sur ses lèvres. « Chut. Ne force pas. Tu n’as aucune voix pour l’instant. »

La panique bouillonne dans son ventre. Elle voudrait hurler, demander où elle est, qui il est, ce qu’elle fait dans ce lit. Elle voudrait même crier juste pour vérifier qu’elle existe encore.

Mais rien.

Il lui prend la main, l’enserre avec une douceur presque calculée.

« Tu veux comprendre ce qui s’est passé, n’est-ce pas ? »

Elle cligne des yeux, un, deux, trois fois. C’est le seul langage qui lui reste.

Oui.

Oui, elle veut comprendre.

Oui, elle a peur.

Il inspire doucement, comme s’il se préparait à quelque chose d’important, puis s’assoit à côté d’elle, ramenant une chaise pour être plus proche.

« Je t’ai déjà expliqué, mais tu ne t’en souviens pas. Alors je vais recommencer. »

Ses yeux brillent, pas d’émotion… mais d’une sorte de satisfaction silencieuse.

Mia ne sait pas la nommer, mais elle la ressent.

Une vibration mauvaise.

Alexandre poursuit :

« Vous rouliez sur la route de la corniche. Tes parents voulaient te montrer la maison que nous allions acheter. Tu étais épuisée, alors tu t’étais endormie sur la banquette arrière. »

Elle écoute, paralysée, chaque mot comme un clou qui s’enfonce dans son esprit vide.

« Et puis les freins ont lâché. »

Elle tressaille. Son cœur bat plus vite. Une image floue explose dans sa tête : un grondement sourd, des lumières, une sensation de chute. Un cri. Peut-être le sien. Peut-être celui d’un autre.

Alexandre continue.

« Le conducteur a perdu le contrôle. La voiture a dérapé, a basculé dans le ravin.

Quelque chose se déchire en elle, une douleur sourde, profonde, ancienne. Elle n’a aucun souvenir, mais la sensation de perte la transperce malgré tout. Elle tente de parler, de demander comment, pourquoi, mais seule une inspiration sifflante sort de sa gorge.

Alexandre la regarde avec une compassion si parfaite qu’elle en semble fausse.

« Je sais, mon cœur. C’est difficile. Tu ne dois pas essayer de parler. Tu vas te blesser davantage. »

Il lâche sa main juste assez longtemps pour glisser une main dans la poche interne de sa veste. Il en sort son téléphone, le déverrouille, cherche quelque chose. Puis il tourne l’écran vers elle.

« Je veux que tu voies. Ça t’aidera à comprendre. »

Sur l’écran, une photo apparaît.

Mia.

Son visage couvert de sang séché, un œil tuméfié, une joue marquée d’un énorme hématome violet. Son cou immobilisé dans une minerve. Sa bouche entrouverte, inconsciente.

Elle ne la reconnaît pas.

Elle ne se reconnaît pas.

Sa respiration s’accélère brutalement.

Elle secoue la tête, minuscule mouvement, mais tout son corps hurle en dedans.

Alexandre glisse son pouce sur l’écran. Une nouvelle photo.

Son bras gauche, ouvert par une longue coupure recousue.

Encore une autre.

Son torse couvert de marques violettes.

« Tu étais dans un état terrible. »

Il murmure ça comme si c’était un secret intime qu’ils partageaient.

Mia gémit. Ses poumons se serrent. Elle tente d’inspirer mais l’air n’entre plus. Sa vision se brouille. Elle croit s’étouffer sous ses propres battements de cœur. Ses doigts se crispent dans le drap, tirent sans force.

Elle essaie encore d’émettre un son. Une syllabe. Une prière. Un cri. N’importe quoi.

Rien.

Sa voix est un désert.

Alexandre comprend la panique. Il range son téléphone, se penche immédiatement au-dessus d’elle.

« Mia, regarde-moi. »

Sa voix est ferme.

« Regarde-moi. »

Elle le fixe, les yeux pleins de larmes et de terreur.

« Tu es vivante. C’est ce qui compte. Tu t’es réveillée. Tu es revenue à moi. »

Il dit “à moi” avec une gravité qui lui glace les os.

Une larme roule le long de sa tempe, puis une autre. Très vite, son visage entier se déforme sous les sanglots silencieux qu’elle ne peut même pas exprimer. Sa gorge brûle, voulant forcer un cri qui n’arrive pas.

Alexandre attrape une serviette en coton posée sur la table de chevet, se penche et commence à lui essuyer les larmes. Doucement. Lentement. Comme s’il effaçait des traces sur un objet précieux.

Sa main remonte le long de sa joue, essuie l’humidité au coin de ses yeux.

« Shh… ne pleure pas. Je suis là. »

Ses doigts glissent sur sa peau avec une tendresse si maîtrisée que cela la terrorise davantage. Elle voudrait détourner la tête, mais elle est trop faible. Elle n’a aucune force. Elle n’a que la sensation de ses doigts contre elle.

Il lui caresse ensuite les cheveux, replace une mèche derrière son oreille.

« Tu es en sécurité. Ici. Avec moi. »

Elle ne se sent pas en sécurité. Pas du tout.

Elle essaie encore, désespérément, de murmurer quelque chose.

Sa gorge ne produit qu’un souffle brisé.

Alexandre fronce les sourcils, mais sans irritation.

« Arrête d’essayer. Ça reviendra avec le temps. Tu n’as pas besoin de parler pour l’instant. Je sais tout ce que tu veux dire. »

Il repose la serviette, lui prend le menton entre deux doigts, fait glisser son pouce sur sa lèvre inférieure, comme s’il vérifiait elle-même la blessure invisible de sa voix.

« Je m’occuperai de toi. De tout. Comme je l’ai toujours fait.

Tu n’as qu’à te laisser guérir. »

Mia ferme les yeux, incapable de le regarder plus longtemps. Sa poitrine se soulève dans un sanglot muet. Elle ne sait pas si elle est prisonnière de son corps ou de cet homme.

Probablement des deux.

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