Home / Romance / MANIPULATION / Chapitre 5

Share

Chapitre 5

Author: dainamimboui
last update publish date: 2026-01-30 17:07:39

Mia tapote doucement l’accoudoir de son fauteuil pour attirer l’attention d’Alexandre. Elle ne peut pas parler, mais son regard, lui, tremble d’une demande silencieuse. Alexandre s’interrompt, tourne la tête vers elle. Il connaît déjà cette expression, il sait qu’elle veut quelque chose.

— Qu’est-ce qu’il y a, ma douce ?

Elle pointe du doigt un dessin collé sur le mur du couloir : un petit soleil jaune maladroit, entouré de traits bleus. Un dessin d’enfant. Ou censé l’être. Elle incline ensuite la tête, question muette. Alexandre sourit, se penche pour lui caresser la joue.

— Tu veux voir la chambre de Jérémiah ?

Elle hoche la tête immédiatement. Une pointe d’anxiété lui serre la poitrine. Elle n’a aucun souvenir de cet enfant. Aucun. Pas même une émotion floue ou une image perdue. Rien. Et pourtant… si c’est vraiment son fils, alors elle devrait reconnaître quelque chose, sentir quelque chose.

Alexandre pose ses mains sur les poignées du fauteuil et commence à la pousser.

— Bien sûr que je peux t’y emmener. C’est normal que tu veuilles.

Sa voix est douce, trop douce.

— Je suis content que tu t’intéresses à lui. Ça veut dire que ta mémoire travaille.

Elle serre les doigts sur ses genoux. Est-ce vraiment ça ? Ou est-ce du désir d’y croire, parce qu’elle n’a plus rien d’autre ?

Il tourne au bout d’un long couloir et s’arrête devant une porte blanche. Elle n’a rien de particulier : pas de dessins accrochés, pas de traces de doigts, rien qui dise « un enfant vit ici ». Alexandre pose la main sur la poignée, hésite une seconde juste assez pour que Mia le remarque. Puis il ouvre.

Une odeur de lessive froide flotte dans l’air. La pièce est impeccable, parfaitement rangée, presque trop. Mia avance le regard, son cœur cogne fort.

Un petit lit.

Des draps bleu ciel.

Une étagère remplie de livres alignés comme des soldats.

Un bureau minuscule.

Quelques jouets, mais posés avec une précision presque chirurgicale : un camion rouge impeccable, un ours en peluche sans un seul poil froissé, une boîte de Lego fermée comme neuve.

Tout est là… mais tout semble figé.

Comme si un décorateur avait créé une chambre d’enfant sans jamais laisser un enfant y entrer.

Alexandre pousse le fauteuil au centre de la pièce.

— Voilà. C’est sa chambre.

Sa voix a perdu un peu de chaleur. Elle est plus basse, plus contrôlée.

Mia observe tout en silence. Elle se sent étrangère, spectatrice. Rien ne réveille un souvenir, pas même un souffle de nostalgie. Elle fixe le lit, puis regarde Alexandre. Elle voudrait lui dire il ne dort pas ici, il n’y a aucune trace de lui, où est notre fils ?

Mais sa gorge refuse encore d’émettre le moindre son.

Alors elle lève la main et pointe le lit, interrogative. Alexandre comprend immédiatement.

— Il… range très bien ses affaires. dit-il en s’approchant du bureau.

Il passe un doigt sur le bois : pas un grain de poussière.

— Tu l’as éduqué comme ça. Tu voulais qu’il soit discipliné, responsable. Tu disais que c’était important.

Elle fronce les sourcils. Est-ce qu’elle aurait voulu ça ? Elle n’en sait rien. Elle ne se reconnaît pas dans ces mots. Et pourtant, elle ne se reconnaît dans rien, alors tout est possible.

Alexandre continue :

— Il reviendra de la colonie après le week-end.

Il sourit en ouvrant un tiroir.

— Je suis sûr qu’il sera heureux de te revoir.

Le tiroir est vide.

Complètement vide.

Mia sent un frisson remonter le long de sa colonne. Alexandre le referme d’un geste sec, comme s’il regrettait de l’avoir ouvert devant elle.

Elle pointe le tiroir, la gorge serrée. Une vague d’angoisse monte dans son ventre. Pourquoi n’y a-t-il rien ? Un enfant laisse toujours quelque chose derrière lui : un crayon cassé, une bille, un papier froissé, n’importe quoi. Là… rien. Pas un vécu. Pas une trace.

Alexandre rit doucement, mais le son est faux, forcé.

— Tu sais comment il est… il déteste le désordre.

Il pose la main sur son épaule, appuie un peu trop.

— Et puis je nettoie beaucoup, ces temps-ci. Pour toi. Pour que tout soit parfait quand tu te réveillerais.

Il contourne le fauteuil, son ombre glisse devant elle. Ses gestes deviennent mécaniques, trop maîtrisés, comme si chaque seconde était minutieusement réfléchie. Mia n’arrive pas à lire son expression, mais elle y sent quelque chose d’oppressant.

Elle désigne cette fois l’étagère remplie de livres. Elle se penche légèrement pour mieux les regarder. Beaucoup sont neufs, encore rigides. Des collections d’histoires classiques pour enfants. Mais elle remarque un détail : les tranches ne sont même pas usées. Aucun n’a été ouvert plus d’une fois.

Alexandre intervient avant même qu’elle ne puisse poser la question silencieuse.

— Il aime surtout écouter des histoires audio. explique-t-il rapidement.

— Il est… très moderne.

Mia baisse les yeux, incertaine. Ses doigts tremblent. Elle essaie de respirer plus lentement pour calmer la panique qui bourgeonne en elle. Elle regarde à nouveau la chambre, chaque détail l’étrangle un peu plus. Tout semble artificiel. Stérile. Comme si quelqu’un avait effacé toute présence.

Comme si un enfant n’avait jamais vécu ici.

Elle se retourne vers Alexandre. Son regard est une question brûlante qu’elle ne peut formuler. Pourquoi y a-t-il tant de vide ? Pourquoi je ne ressens rien pour lui ? Pourquoi tout semble faux ?

Alexandre s’approche lentement, se penche vers elle, ses mains saisissent les accoudoirs du fauteuil, l’encadrant comme une prison. Il plonge ses yeux dans les siens, trop intensément.

— Tu n’as pas à t’inquiéter de ça. murmure-t-il.

Sa voix est douce, mais quelque chose de froid y serpente.

— Ta mémoire reviendra. Et quand elle reviendra… tu te souviendras de lui. De nous.

Mia détourne les yeux. Elle sent qu’elle n’a pas le droit de douter. Pas en face de lui.

Alexandre se redresse et referme la porte derrière eux. Le claquement sec résonne dans le couloir.

Il pousse doucement le fauteuil, mais sa main tremble légèrement.

Mia, elle, reste pétrifiée.

La chambre de leur fils n’a pas l’odeur d’un enfant.

Elle a l’odeur d’un mensonge parfaitement rangé

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • MANIPULATION    Chapitre 64

    Alexandre ne répond pas. Il prend Jérémiah dans ses bras avec une aisance surprenante. Le bébé se calme immédiatement, comme s’il reconnaissait cette présence. Alexis observe la scène, partagé entre malaise et fascination. — Tu as changé, murmure-t-il. Alexandre baisse les yeux vers l’enfant. — Non. J’ai simplement ce que je voulais. Il se dirige vers la chambre d’amis. — Fais préparer une chambre d’enfant. Et préviens mon assistante. Je veux un planning allégé pour les deux prochaines semaines. Alexis reste seul dans le salon, encore sonné. — Alexandre… lance-t-il une dernière fois. Alexandre s’arrête sans se retourner. — Quoi ? Alexis hésite, puis : — Fais attention. Un silence. Puis Alexandre répond, d’une voix calme, glaciale : — C’est moi le danger. Il entre dans la chambre et referme la porte. À New York, Alexandre est de retour. Avec son fils. Et rien ni personne ne l’en séparera. Un mois passe. Un mois de nuits hachées, de cris qui déchirent

  • MANIPULATION    Chapitre 23

    Il regarde Mia. — Tu n’as même pas besoin de t’en occuper, dit-il doucement. Tu n’as rien à faire. Je m’en charge. Mia ne répond pas. Elle ne le regarde pas. Elle est immobile. Comme figée dans son propre corps. — Mia… dit Emilie en se tournant vers elle. Dis quelque chose. Dis-lui de partir. Mia inspire lentement.Elle ouvre enfin les yeux. Mais elle ne regarde ni Alexandre, ni sa mère, ni Jules. Elle regarde le plafond. — Faites ce que vous voulez, murmure-t-elle d’une voix éteinte. Ces mots claquent comme une sentence. Jules la regarde, bouleversé. — Mia… Elle ferme les yeux. — Je ne veux pas le voir, ajoute-t-elle. Je ne veux pas… Sa voix se brise. Alexandre sourit. Il se détourne et sort de la chambre quelques minutes plus tard. Quand il revient, il tient le bébé dans ses bras. Mia sent l’air changer. Elle n’ouvre pas les yeux. Elle n’ose pas. Elle entend le souffle léger de l’enfant. Elle sent presque sa présence, si proche, si réelle. Son cœur se serre

  • MANIPULATION    Chapitre 62

    Il regarde Mia apparaître derrière la vitre. Il connaît désormais ses habitudes. Les heures où elle sort. Les moments où elle reste longtemps immobile à la fenêtre. Il sait quand Jules est là. Quand il ne l’est pas. Il a choisi un appartement à quelques rues de distance. Suffisamment proche pour voir. Suffisamment loin pour ne pas être vu. Il s’est installé à Chicago. Pas par hasard. Alexandre ne se montre pas. Il ne s’approche pas. Il attend. Il observe. Comme un prédateur patient. Il note mentalement chaque détail : la façon dont Mia se tient le ventre, les vêtements amples qu’elle porte, la lenteur de ses pas. Elle est à lui. Dans son esprit, ça n’a jamais changé. Mia frissonne soudainement. Une sensation étrange lui parcourt l’échine, comme si quelqu’un venait de prononcer son nom sans qu’elle l’entende. Elle recule légèrement de la fenêtre, instinctivement. — Qu’est-ce qu’il y a ? demande Jules. — Rien… j’ai cru… Elle s’interrompt. Elle secoue la tête. — Rien.

  • MANIPULATION    Chapitre 61

    Un matin, Mia décide d’aller faire des courses seule. Sa mère travaille. Jules est en cours. Elle veut acheter quelques affaires pour le bébé : des bodies, une couverture, des biberons. Des choses simples. Concrètes. Des preuves de normalité. Le magasin est grand, lumineux, rempli de couleurs douces. Mia pousse le chariot lentement entre les rayons. Elle touche les tissus, imagine. Son ventre est bien rond maintenant. Les gens lui sourient parfois. Une femme enceinte parmi d’autres. Elle ne voit pas l’ombre se rapprocher. Elle ne sent pas la présence derrière elle tout de suite. Une main se referme sur son bras.Fermement. — Mia. La voix lui traverse le corps comme une lame. Son cœur s’emballe. Le monde bascule. Elle se retourne. Alexandre est là. Plus mince. Plus dur. Son regard est inchangé. — Lâche-moi, souffle-t-elle. Il sourit légèrement. — On doit parler. — Tu n’as rien à faire ici. Il resserre sa prise. — Tu crois vraiment que changer de ville allait suffire

  • MANIPULATION    Chapitre 60

    La porte de la maison claque derrière eux. Le bruit résonne dans le salon comme un coup de tonnerre. Mia sursaute malgré elle. Ses jambes sont molles, son corps vidé. Elle avance de quelques pas, puis s’arrête, incapable d’aller plus loin. L’air lui semble trop lourd. Chaque respiration lui coûte. Son père explose. — Pourquoi tu n’as rien dit ce jour-là ?! Sa voix est forte, brisée par la rage et l’impuissance. Il fait les cent pas dans le salon, les mains crispées, le visage rouge. — Pourquoi, Mia ?! Le jour même, on aurait pu faire un certificat médical ! On aurait eu des preuves ! On aurait pu l’arrêter ! Mia baisse la tête. Les mots la frappent comme des pierres. Elle ne répond pas. Elle ne peut pas. — Tu te rends compte de ce que ça change ?! continue-t-il. — Tout ça aurait été différent ! Émilie se place immédiatement devant lui. — Arrête, s’il te plaît. Sa voix est ferme, protectrice. — Tu ne vois pas dans quel état elle est ? Elle est traumatisée. Tu ne

  • MANIPULATION    Chapitre 59

    La justice détournée Le bâtiment du tribunal est froid. Mia le sent dès qu’elle en franchit les portes. Les murs sont trop blancs, trop lisses. Tout y résonne : les pas, les murmures, le froissement des dossiers. Elle marche entre ses parents. Sa mère serre son bras comme pour l’empêcher de tomber. Son père avance droit devant, la mâchoire crispée, les traits tirés par une colère qu’il contient mal. Ils ont dénoncé Alexandre. Ils ont fait ce qu’il fallait faire. Sur le papier. Dans la salle d’audience, Alexandre est déjà là. Assis calmement. Costume sombre parfaitement ajusté. Posture droite. Visage détendu. Il ne ressemble pas à un homme accusé. Il ressemble à un homme sûr de lui. Sûr de ce qu’il a préparé. Quand ses yeux croisent ceux de Mia, il esquisse un sourire imperceptible. Elle détourne le regard aussitôt. Son cœur bat trop vite. Le procureur prend la parole. Les faits sont énoncés. Les mots sont techniques, froids : abus d’autorité, relations inappropriées, plai

  • MANIPULATION    Chapitre 11

    Quelques jours passent , un soleil timide traverse les rideaux et réchauffe la chambre. Mia ouvre les yeux avec un nœud dans la gorge. Aujourd’hui, selon Alexandre, Jeremiah doit revenir de sa colonie.Elle ne sait pas pourquoi, mais elle s’est réveillée avec un mélange d’appréhension et d’espoir.

    last updateLast Updated : 2026-03-19
  • MANIPULATION    Chapitre 7

    Le lendemain, la maison semble plus grande, presque étrangèreAlexandre est parti très tôt. Il a embrassé le sommet de sa tête, ajusté sa couverture, vérifié deux fois ses médicaments… puis il a disparu derrière la porte d’entrée, laissant un vide étrange derrière lui.Mia reste immobile quelques

    last updateLast Updated : 2026-03-17
  • MANIPULATION    Chapitre 22

    La porte de la chambre se referme derrière Jeremiah.Alexandre inspire profondément, comme s’il devait reprendre son masque avant d’aller retrouver Mia.Son expression se lisse, ses épaules se détendent, mais quelque chose dans son regard tremble.Une fissure.Une inquiétude nouvelle.Il traver

    last updateLast Updated : 2026-03-24
  • MANIPULATION    Chapitre 17

    Le matin se lève, gris et lourd. Mia sort du lit avant Alexandre, Elle n’a presque pas dormi.Elle a passé la nuit à écouter sa respiration, à craindre chacun de ses mouvements, à réfléchir encore et encore à ce qu’elle a découvert dans la pièce verrouillée.Les carnets , Les dossiers , Les photos

    last updateLast Updated : 2026-03-22
More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status