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Chapitre 4

Author: dainamimboui
last update publish date: 2026-01-30 17:04:52

Alexandre s’accroupit devant son fauteuil, les mains posées sur ses genoux comme s’il allait faire une annonce importante. Ses yeux sombres brillent d’une douceur étrange, presque forcée.

— Mia… il faut que je te parle de quelqu’un.

Elle relève lentement son regard vers lui. Sa gorge ne produit toujours aucun son, pas même un souffle un peu plus fort. Elle se contente de cligner des yeux, attentive, anxieuse. Son cœur bat plus vite que d’habitude elle le sent vibrer jusque dans ses doigts agités.

Alexandre sourit. Un sourire trop parfait, trop lisse.

— Jérémiah. Notre fils.

Le mot fils résonne comme un écho lointain dans l’esprit vide de Mia. Une image floue tente de se frayer un chemin, un rire d’enfant peut-être, mais rien ne se solidifie. Juste du vide, encore du vide.

Elle force un sourire, un petit mouvement hésitant de la bouche. Parce qu’elle veut bien croire ce qu’il dit. Parce qu’elle n’a rien d’autre auquel se raccrocher. Et surtout parce qu’elle ne veut pas lire la déception dans ses yeux.

Alexandre remarque son effort. Il pose une main sur son visage, caressant sa joue d’un geste lent.

— Tu vas le revoir bientôt. Il est en colonie cette semaine. Ça te laisse le temps de te reposer et de reprendre tes forces.

Il dit cela comme une évidence, comme si elle était impatiente. Comme si elle se souvenait.

Mais elle ne ressent rien. Pas de chaleur, pas de nostalgie, pas cette vibration instinctive qu’une mère devrait sentir… juste un souffle de curiosité mêlé à un malaise diffus.

Elle baisse les yeux sur ses mains tremblantes, honteuse de ne rien éprouver, comme si quelque chose en elle était défectueux.

Alexandre se redresse et contourne le fauteuil. Elle sent ses mains puissantes se poser sur les poignées derrière elle.

— On continue ? murmure-t-il près de son oreille.

Elle hoche doucement la tête. C’est tout ce qu’elle peut faire.

Il la pousse à travers le vaste couloir, et comme depuis son réveil, elle ne reconnaît rien. Pas même les angles, pas même la lumière. La maison — leur maison, dit-il ressemble à un décor impersonnel, trop propre, trop silencieux, trop… surveillé.

Alexandre s’arrête devant une grande horloge fixée au mur.

— Il est onze heures. Ta prise de médicaments est dans une minute.

Elle fronce légèrement les sourcils, surprise par la précision. Mais il ne lui laisse pas le temps de s’interroger. Il pousse le fauteuil vers la cuisine où une petite boîte compartimentée l’attend déjà sur la table. Il la prend et fait tourner lentement les pilules entre ses doigts.

— Tes traitements sont essentiels, Mia.

Sa voix se fait grave, légèrement ferme.

— Tu as eu un traumatisme très lourd. Ton corps a besoin d’aide pour récupérer. Ta mémoire aussi.

Elle tente d’articuler un merci silencieux, mais aucun son ne sort. Alors elle incline un peu la tête, docile. Il semble satisfait.

Il dépose un verre d’eau dans sa main, ajuste ses doigts autour du gobelet, puis approche les pilules de ses lèvres.

— Ouvre la bouche.

Elle hésite une demi-seconde. Une ombre traverse le regard d’Alexandre rapide, mais assez visible pour la glacer. Immédiatement, elle obéit, engouffrant les comprimés. Il la regarde avaler, vérifie, attend le son sec de sa déglutition. Alors seulement son expression se détend.

— Parfait. Comme ça.

Il pousse un soupir, comme si tout cela le fatiguait, comme s’il portait seul un fardeau immense. Mia voudrait lui faire confiance. Il est son mari, non ? C’est lui qui prend soin d’elle, qui la protège de ce monde dont elle ne se souvient pas. C’est lui qui lui raconte sa vie, qui lui explique ce qu’elle a perdu.

— Je t’ai préparé tes vêtements. dit-il ensuite.

— Des choses confortables. Il est important que tu te sentes bien dans ta peau pendant ta rééducation.

Il la roule jusqu’à une chambre qui ressemble à une boutique de luxe. Sur le lit, une tenue est soigneusement étalée : un pull doux, un pantalon ample, des chaussettes épaisses.

Mia effleure le tissu du bout des doigts. Elle ne sait pas si elle aimait ce style avant. Elle ne sait même pas si cette chambre lui appartenait ou si tout cela n’a été préparé qu’après son accident.

Elle voudrait poser des questions. Elle voudrait dire je ne me souviens pas de ça, est-ce vraiment moi ?, pourquoi je ne me reconnais pas ?

Mais ses cordes vocales demeurent muettes.

Alexandre, lui, comble le silence.

— Tu te rappelles, avant, tu adorais porter des choses simples.

Il s’approche d’elle pour ajuster doucement une mèche de cheveux derrière son oreille.

— Tu n’aimais pas qu’on t’habille trop chic à la maison. Tu voulais être naturelle, confortable. Tu disais que c’était ça, le bonheur.

Elle ferme les yeux. Ça sonne vrai. Ça pourrait être vrai. Mais tout pourrait être faux aussi, elle n’a aucun moyen de vérifier. Et c’est ce qui lui fait peur.

Elle rouvre les paupières, et Alexandre lui sourit, un sourire satisfait comme s’il lisait dans son esprit et approuvait ses pensées. Il lui frôle l’épaule, puis s’écarte.

— Maintenant, le repas. dit-il en consultant sa montre.

— Midi et quart, c’est parfait. Il faut que tu manges à des heures régulières pour reprendre du poids.

Il pousse son fauteuil vers la salle à manger où un plateau est déjà prêt : soupe, purée, compote. Rien à mâcher. Rien de solide. Comme pour un enfant ou un patient fragile.

— Je sais que ce n’est pas très varié, mais c’est ce qu’il te faut pour le moment. souffle Alexandre en lui mettant la cuillère en main.

— Ta santé est mon unique priorité. Tu comprends ?

Elle hoche la tête. Elle comprend. Ou peut-être qu’elle se force à comprendre.

Tout est décidé pour elle : l’heure où elle mange, où elle dort, ce qu’elle porte, ce qu’elle avale.

Il appelle ça des « routines ».

Elle, elle appelle ça des murs invisibles.

Mais elle sourit quand même. Parce qu’il la regarde avec l’intensité de quelqu’un qui attend la bonne réponse.

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